Les vrais politiques ont un sens inné de la récupération des idées des autres. Sans sourciller, sans barguigner, avec un aplomb incomparable ils sont capables de prétendre avoir inventé la poudre ou plus modestement dire le contraire de tout ce qu’ils ont refusé antérieurement. Leur pouvoir de retourner leur veste est impressionnant.

Pour avoir suivi au sein du conseil départemental le revenu de base proposé par la majorité après que Benoît Hamon en ait esquissé les principes, il est époustouflant de voir les députés affolés par la misère qui monte dans le pays revenir sur les rebuffades et les condamnations méprisantes portées contre ce projet.

L’explosion des inscriptions au revenu de solidarité active, l’annonce d’une paupérisation et d’une précarité inégalées à quelques mois de l’élection présidentielle semble inquiéter celles et ceux qui continuent à prétendre que les initiateurs d’un revenu minimum garanti tout au long de sa vie est absurde, coûteux et dangereux.

Or dans un élan de solidarité sans grand effet les mêmes député.e.s qui ont honni la proposition de Benoît Hamon et de presqu’une vingtaine de départements ont demandé au gouvernement de réagir face à  la crise de la Covid qui a démontré à quel point le système de protection sociale était « plein de trous ».

Les jeunes, les indépendants, les ménages modestes n’ont quasiment rien quand l’activité s’arrête. Pas possible ils ont enfin lu les livres de Timothée Duverger (1) consacré à ces situations et aux réponses apportée par le revenu universel.

Il n’y a pas de mécanisme réellement efficace pour garantir à chacun qu’il ne tombera pas dans la pauvreté. Le revenu universel leur paraît tout à coup (illumination divine?) être la bonne réponse. Ouf ! Mais au fait qui est responsable de ces trous… dans une raquette qui n’a cessé d’être détruite depuis le début du quinquennat !

Ils ne souviennent pas que le Président les a incités le 13 septembre 2018 à mettre en œuvre le « revenu universel d’activité » ce qui les avait conduits en février à repousser sans débat en commission de l’Assemblée nationale, la proposition de loi socialiste sur l’expérimentation d’un revenu de base et d’éviter une discussion dans l’hémicycle.

Le RUA n’avait aucun intérêt si ce n’est de fusionner diverses aides qui sont actuellement attribuées pour pourvoir les moduler nationalement à la guise du gouvernement via la loi des finances. Une caricature du revenu de base qui garantit un niveau de revenu à chacun, ajusté selon les situations constatées.

Alors là on a changé les mots pour faire du neuf dans l’urgence mais ce n’est qu’un nouveau subterfuge politicien destiné à mobiliser l’aile « non à droite toute » d’une majorité présidentielle qui éclate de tous les cotés. Froidement ces parlementaires proposent « un débat national et citoyen sur la création, l’expérimentation, le financement, la mise en ouvre et l’évaluation » d’un tel mécanisme.

Ils veulent refaire le coup du Grand Débat dont on sait ce qu’il est devenu…Une manière de préparer les élections départementales et à masquer le fait que ces gens qui ne savent que compter ont manqué un vrai rendez-vous social.

L’Allemagne, toujours en avance, vient en effet de décider de mener une expérimentation. Le but étant de générer des données tangibles afin d’analyser l’efficacité de la mesure au niveau national en période de crise. Dès février 2021, 120 citoyens allemands recevront ainsi un revenu de base de 1200 euros mensuel durant trois années.

L’Espagne a mis en place en pleine crise sanitaire «un revenu minimum vital» de 440 euros par mois pour les plus démunis ne pouvant prétendre aux allocations-chômage. Outre-Manche, quelque 170 parlementaires britanniques ont aussi soutenu l’idée auprès du gouvernement Johnson à l’orée du confinement en mars dernier. Bref il n’y avait qu’en France que l’on avait repoussé d’un revers de main partisan une expérimentation bien avant que l’on s’enfonce chaque jour un peu plus dans la pauvreté pour des jeunes et le désespoir pour des familles.

Benoît Hamon a relancé cette idée qui sera inéluctablement mise en œuvre. Le député socialiste des Landes Boris Vallaud a également fait des propositions concrètes, précises. Les 19 présidents de conseils départementaux partant pour l’expérimentation méprisée au Palais Bourbon ont relancé leur proposition.

Bercy va s’ingénier comme sur tout ce qui peut représenter un progrès social à démontrer que c’est de l’utopie alors que des milliards sont déversés de manière ponctuelle sans vraiment préparer l’avenir.

(1) Lire « L’invention du revenu de base » Éditions « Le Bord de l’eau »