Tous les enfants ne sont pas des rois

La protection de l’enfance devient chaque jour davantage un sujet préoccupant dont on ne parle malheureusement que quand des « affaires » critiquables viennent sur e devant de l’actualité. Ila fallu des reportages en caméra cachée et sans véritable explications de fond pour que l’opinion dominante se révulse de ces situations ponctuelles.

En 2018 ce sont plus de 328 000 enfants ou adolescent.e.s qui relèvent de services palliant la défaillance des responsables légaux ou tentant de réparer les dégâts commis par des milieux familiaux en difficulté ou dangereux. Le Département de la Gironde à nettement plus de 3 800 situations à gérer.

La Cour des Comptes vient de se pencher sur cette donnée sociétale et sociale particulièrement préoccupante. Elle souligne que la hausse des « cas » est de 12 % en dix ans ! Une bien triste réalité que l’on feint d’ignorer. La dépense aura été en 2018 de près de 8,5… milliards d’euros dont 8 sont à la charge des départements.

Il s’agit, il faut le rappeler, d’un compétence obligatoire pour ces derniers qui nécessite de plus en plus de personnels qualifiés et de crédits de fonctionnement. Bien entendu ce contexte tendu, exigeant, pesant n’apparaît jamais puisque le secret absolu doit accompagner chaque prise en charge et chaque cas.

Le travail autour de ces gamin.e.s très souvent troublés et traumatisés est extrêmement complexe puisqu’il faut à la fois dans beaucoup de cas protéger le mineur mais tout faire pour ne pas rompre les liens familiaux. La protection de l’enfance fait l’objet d’une organisation héritée de l’histoire, que les deux lois récentes [en mars 2007 et mars 2016) n’ont pas simplifiée, et qui fait intervenir de multiples acteurs… de statuts différents.

Il y a des les approches par mesures provisoires, afin de préserver la possibilité d’un retour dans la famille naturelle qui selon le rapport « est contradictoire avec la recherche de continuité dans le parcours de l’enfant et peut être à l’origine de ruptures et d’insécurité préjudiciables pour le mineur ».

Les juges de la cour des comptes déplorent le manque de mesures de soutien à la parentalité et estiment que « l’avenir des enfants protégés doit également être mieux préparé ».

En effet après 18 ans ces jeunes sont dans certains départements livrés à aux-mêmes sous prétexte qu’ils sont majeurs et donc autonomes, responsables et solides psychologiquement. Le Département de la Gironde fait exception car il poursuit son accompagnement tant qu’il paraît nécessaire. Dans le fameux Pacte de Cahors présenté comme une avancée dans la qualité de gestion alors qu’il pénalise les collectivités mettant en œuvre ces mesures courageuses et donc recommandées par les sages de la rue Cambon.

Ils découvrent que « la protection de l’enfance se caractérise par un empilement de délais qui se cumulent, retardant d’autant le moment de la prise en charge : délais de traitement des informations préoccupantes, délais internes aux juridictions, délais d’exécution des décisions de justice, délai pour trouver une orientation durable après un accueil d’urgence, etc. qui peuvent nuire gravement à l’enfant ».

En l’occurrence, la remarque de la Cour vise plus particulièrement les délais de traitement des informations préoccupantes et ceux de mise en œuvre des décisions de justice (un enfant n’est « placé » que si un juge en décide ainsi) parfois compliqués par le manque de solutions locales.

Le système a atteint une complexité effarante. Deux Ministères (affaires sociales et justice) ont en charge ce sujet et pas moins de cinq instances se concurrencent, se surveillent et paralysent l’avancée des réformes possibles.

Les « défaillances du pilotage qui souffre d’une trop grande complexité et d’une insuffisante coordination des acteurs, tant au niveau national qu’au niveau local ». La Cour appelle donc à une clarification et à une simplification de la gouvernance (on peut rêver!) alors que des milliers de fonctionnaires participent à une mise en œuvre parcellisée et lente avant que le Département intervienne.

Sur le niveau local, le rapport reconnaît que « le rôle de chef de file confié par les textes au département est accepté », mais juge insuffisante la coordination entre le département et les services judiciaires. La Cour estime que cette situation tient notamment au fait que « l’État, qui devrait être en mesure de garantir l’égalité de traitement des enfants protégés sur le territoire mais n’assure pas dans les faits ce rôle aujourd’hui ».

En fait ce rapport ne parle pas tellement du bien les plus précieux : l’enfant… qui devrait toujours être au cœur de toutes les politiques. Mais il en va ainsi depuis tellement longtemps qu’il a été oublié. Les souffrances sont réelles, les situations sont parfois angoissantes, les avenirs deviennent préoccupants.

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6 réponses à Tous les enfants ne sont pas des rois

  1. GRENE CHRISTIAN dit :

    Comme on ne peut pas tout savoir sur tout; avoir un trône à l’Elysée ou un fauteuil à l’Assemblée après avoir ciré les bancs de l’ENA ou de Polytechnique, je me suis tourné vers une amie très proche répondant au nom de Sandrine Bonnat, assistante sociale de son état, qui m’a dit souscrire à 100% au texte pondu par ce satané blogueur de JMD.
    Il est quand même fort ce Jean-Marie qui vous fait passer de la mort de Maradona à la survie de l’aide sociale à l’enfance en passant par l’humour en danger! Pour avoir lu tous ses précédents livres, j’ai hâte de suivre les pas d’Ezio si Bakounine me prête vie…

    • François dit :

      Bonjour @GRENE CHRISTIAN !
      Désolé de vous contredire ainsi que votre amie, mais merci de lire avec attention mon commentaire …comme je l’ai fait pour vous !
      Amicalement.

  2. François dit :

    Bonjour !
    Voilà un feuillet qui, lu par un quidam en adoration, paraît plein de vérités …de façade car la Réalité est tout autre.
    Il te faut, J-M, pour cela faire un effort de …citoyen responsable pour certainement découvrir ce que tu sembles ignorer.
    En effet, puisque tu as, pour quelques temps encore, un statut d’élu départemental, toi l’ancien instituteur aux trente-cinq années et demi passées face à des écoliers, je te conseillerai de prendre au hasard deux ou trois dossiers de ces gamins, d’enfiler un costume de « Super Papy » qui te siéra bien pour aller voir l’envers du décor. Tu seras alors surpris de découvrir que le travail des éducateurs et des travailleurs sociaux que tu cautionnes par tes écrits et paies en gérant nos impôts est loin …très loin de tes dires car ces gens à la formation douteuse sont plus enclins à émarger sur ton budget et à apprécier la qualité du café familial qu’à accomplir un travail de fond sur les enfants dont tu leur confies la charge, travail qui demande investissement personnel et compétences parentales pour être « productif » comme, j’en suis certain, tu le conçois.
    Si j’emploie ces termes qui peuvent te paraître indécents, c’est que j’ai …la malchance de voir de près leurs actions dans un autre département et que ma situation de conjoint d’une de tes anciennes collègues me permet de comparer à ce que nous avons toujours vu dans notre Gironde.
    Ainsi , grâce à leur « travail » incompétent, ces éducateurs soi-disant assermentés ont réussi à berner une magistrate débordée au profit du nouveau couple maléfique de la mère … mettant en grand danger l’avenir d’adultes de nos petits-enfants. Ici, je me dois de signaler aux lecteurs et lectrices que, bien que nos parlementaires légifèrent pour l’égalité des droits du père et de la mère, la magistrature et ses référents n’ont d’yeux et d’oreilles que pour la mère dans 95%des cas !
    Aussi, J-M, quand tu savoureras la bûche de Noël avec cinq adultes et tes petits-enfants, n’oublie pas que, dans un foyer proche de la Suisse, deux grands parents et leur fils chercheront à imaginer trois gamins enthousiastes autour de la table de fête car une magistrate issue de l’E.N.M. de Bordeaux, par sa célérité, nous prive… mais surtout LES privent de leur présence dans ce moment très familial.
    Confrontés à une réalité décevante pour un pays qui se dit des « Droits de l’Homme », nous sommes dans l’obligation de déposer plainte avec tous les inconvénients pour faire valoir nos droits de grands parents.
    Cordialement.

    PS : Si les termes employés dans ce commentaire peuvent paraître incorrects pour certains cerveaux, que l’on sache qu’ils ne sont pas dictés par la colère mais simplement par le bon sens d’un être humain … profondément blessé !

    • François dit :

      Suite de mon commentaire;
      Je peux aussi préciser que dans le cas qui me préoccupe, la famille n’est pas spontanément classée dans les  » cas-sos » puisque les 2 parents sont profs de collège, ce qui n’a pas empêcher, malgré la prise en charge par les éducateurs, qu’ un des enfants ait été déscolarisé pendant plus de 6 mois en 4eme. Mais le collège a permis le passage en 3eme sans difficulté !
      Le système est fait pour que le client ( enfant-fratrie-parents) soit fidélisé pour l’aide sociale à l’enfance comme pour toutes les aides-sociales du département, CAF ou autres.
      3 mois pour qu’une décision de justice motivée par les éducateurs eux-mêmes soit enfin mise en place par ces derniers est-ce acceptable ?
      A votre bonne lecture.
      Cordialement.

  3. J.J. dit :

    François @
     » la magistrature et ses référents n’ont d’yeux et d’oreilles que pour la mère dans 95%des cas ! » Et j’y ajouterai, parfois aussi « l’opinion publique », sans chercher honnêtement à comprendre
    De tout cœur avec toi. J’ai surmonté la situation, en cultivant l’indifférence, mais il y a eu des moments difficiles.

    …mais surtout LES privent de leur présence dans ce moment très familial….
    Je pense que c’est ça le plus grave.

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