L’annonce de la tenue d’un référendum si elle est intéressante sur le fond peut laisser dubitatif sur la forme. Alors que on cherche une issue consensuelle pour pouvoir tenir les élections régionales et départementales avant l’été 2021 dans des conditions sanitaires acceptables le Président lance une consultation supplémentaire. Les difficultés liées à la crise sanitaire ne vont pas cesser comme par enchantement mais on fait comme si devant une assemblée hostile à laquelle il faut donner un os à ronger. Comment ça se pasera ? Nul ne le sait vraiment…

La question posée permettra espérons le une réponse qui n’engagera que celle ou celui qui fera mais pas plus qu’avant celui qui la formule. Depuis que celui du traité européen a secoué durement le microcosme politique sûr de lui le référendum constitue un répulsif pour les gouvernants qui ne souhaitent pas se prendre les pieds dans le tapis démocratique.

Il s’agit donc maintenant de formuler une demande permettant au plus grand nombre de ne pas répondre « non ». L’avantage de la référence à l’environnement, dans la période actuelle c’est que l’on ouvre la décision à une clientèle électorale ne pouvant pas échapper à l’appui à une initiative généraliste pleine de bon sens permettant de repousser à plus tard les décisions compliquées.

Emmanuel Macron a annoncé aux membres de la Convention citoyenne qu’il souhaitait donc inscrire « la lutte pour le climat » dans la Constitution en modifiant l’article 1er de la Constitution. Tactiquement c’est habile mais en dehors du principe la stratégie est claire.

D’abord mettre les parlementaires dans la seringue et les oppositions actuelles face à d’éventuelles contradictions. Ils devront absolument adopter dans la même rédaction la modification constitutionnelle ce qui n’est pas gagné mais si le Sénat et l’Assemblée ne le font pas le Président pourra clamer qu’il a voulu placer l’environnement au-dessus des autres valeurs et que si ça ne se fait pas ce n’est pas de sa faute.

Ensuite après les avoir un tant soit peu les avoir roulé dans la farine de la réalité des lobbies économiques il a répondu à une prescription sans trop de conséquences autres que de principes des citoyen.ne . s. Facile d’argumenter que rien ne pourra avancer tant que « le Peuple n’a pas tranché ».

L’ordre du jour parlementaire étant chargé, un désaccord étant fort possible il gagne ensuite un temps précieux à dix-huit mois des élections présidentielles. En proposant d’inscrire que «la préservation de l’environnement, de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique» sont constitutionnels il tente de couper l’herbe verte du pré électoral écolo.

Enfin la question étant d’ordre général il évite que les électrices et les électeurs transforment ce référendum en vote pour ou contre Macron. Imaginons un instant qu’il consulte la Nation sur « la réforme des retraites » ou sur « la réforme des conditions de mise en œuvre la sécurité publique ». Le résultat aurait été garanti d’avance.

« Concrètement on va pouvoir rendre inconstitutionnel quelques futurs projets de loi climaticides. C’est fini les lois mauvaises pour l’environnement », s’est félicité Grégoire Fraty, sur Le Monde.fr le cofondateur de l’Association « les 150 » qui rassemble les membres de la Convention citoyenne pour le climat. L’annonce est donc d’autant plus bienvenue pour les « conventionnels » que leurs autres propositions font face aux réserves grandissantes des ministres et parlementaires de la majorité.

La stratégie du quitte ou double avant 2022 va s’installer. « Les choix pris pour l’écologie doivent être acceptables par les Français » a annoncé le Président ce qui sous-entendant que si une coalition d’anti-tout se constituait et que l’inclusion des principes décrits était rejetée les tenants de la posture dure contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité (suivez ma ligne de mire) était rejeté la majorité aurait les mains libres pour agir à sa guise.

Il faut cependant jour à fond la carte du référendum en ayant à l’esprit que si le oui l’emporte il faudra sans cesse mener la guérilla pour pointer dans toutes les lois les aspects climaticides ou destructeurs de la biodiversité. Un sport qui peut paralyser durant longtemps l’activité parlementaire déjà considérée comme peu utile. Le piège parfaitement conçu va se refermer si on trouve un créneau pour voter… et donc que la pandémie ait pris un bon coup dans l’aile !