Quel que soit le secteur de la vie sociale, du sommet de l’Etat en passant par les individus les plus modestes, le mot qui revient en boucle c’est celui de « dette » que les particuliers appellent « crédit » mais dont les conséquences sont les mêmes. Face aux nécessités d’une société entièrement monétisée il faut en effet trouver des emprunts pour faire maintenant face simplement au nécessités du quotidien.

La crise a accéléré cette donnée. Plus possible de survivre à tous les niveaux sans avoir recours aux milieux financiers au plan national ou aux banques pour les ménages. Le résultat est le même : toute somme empruntée représente un pari sur une croissance salvatrice ou sur un avenir meilleur. Ainsi depuis l’élection d’Emmanuel Macron, l’administration centrale vit chaque année un peu plus à crédit : 49 jours en 2018, 62 en 2019 et probablement plus d’une centaine en 2020.

Il faut en effet imaginer que l’État ne pouvant financer ses dépenses de fonctionnement se tourne vers un jeu d’emprunts en cascade pour se sauver de la faillite. Dans quelques jours on atteindra un record en la matière avec probablement près de 120 % du produit intérieur brut…

En fait la France ne survit car elle trouve des taux d’intérêt très faibles voire négatifs pour à la fois massivement rembourser des sommes antérieures à des coûts financiers plus élevés et financer ses décisions d’urgence ou, c’est le plus grave, son activité ordinaire.

L’essence des véhicules de tous les véhicules d’État entre par exemple dans les dépenses à « crédit », ses loyers aussi ; ses achats ordinaires de même, les salaires également mais aussi les indemnités de toutes sortes ou les allocations sociales à l’exception de celles qu’il a déléguées aux départements dont il a bloqué de fait les recettes.

Ce système de cavalerie n’est évidemment possible que par Bercy car il est interdit aux collectivités territoriales, aux entreprises et aux particuliers. Les communes, les intercommunalités, les départements, les régions doivent avoir des comptes équilibrés (pas de déficit) et ne peuvent que financer leurs investissements durables par l’emprunt.

Cette nuance n’est pas connue de l’opinion dominante qui confond la dette de l’État sans compensation autre que de favoriser la consommation et celle des collectivités qui se traduit par des réalisations amortissables. La première situation devrait inquiéter car il n’y a aucune garantie quand pour la seconde on trouve toujours des biens monnayables et durables.

La crise a relancé le besoin pour les consommateur.trice.s de recourir aux fameux crédits « revolving » qui sont vantés comme à des niveaux de taux très bas. Le mythe du « gratuit » ou du « peu coûteux » pour les particuliers fait basculer la société. Les banques musélent de plus en plus l’accès aux prêts immobiliers sur la durée mais « vendent » ceux qui sont à très court terme.

UFC-Que choisir lance une alerte contre la « distribution irresponsable » du crédit à la consommation par les établissements bancaires. Les emprunts non remboursés pourraient dépasser les 12 milliards d’euros en 2021, selon les estimations de l’association. 

Face à la crise économique liée au Covid-19, les établissements de crédit et leurs « publicités pousse-au-crime semblent bien décidés à tirer profit de la crise ». Oubliée l’obligation de bien analyser sur les niveaux d’endettement. Le crédit à la consommation a battu un record – qui datait de la dernière crise en 2012 – avec trois milliards d’euros sur le seul mois de juin.

Mais avant que la crise socio-économique débute, les banques françaises ont cumulé 9 milliards d’euros d’impayés. « Par ménage emprunteur, ces impayés dépassaient 1 000 euros, soit près de dix fois plus qu’en Allemagne » explique UFC-Que Chosir. La fracture ne s’effacera pas de sitôt quand on sait que dans le même temps d’autres catégories sociales épargnent à tout va. De 15% au quatrième trimestre 2019, le taux d’épargne des Français est passé à 26,7% au deuxième trimestre, selon l’Insee.

Au deuxième trimestre de 2020, le flux annuel de placement des ménages s’établit à 181,9 milliards, en hausse de 27,9 milliards par rapport au trimestre précédent, Les premières données disponibles pour le troisième trimestre montrent une moindre augmentation du numéraire et des dépôts après le point haut observé au deuxième trimestre (34,1 milliards au troisième trimestre après 63,8 au précédente) à un niveau particulièrement très élevé.

Des révoltes sont possibles et un crack des emprunts immobiliers conséquences des crédits à court terme servant à payer les charges ordinaires (loyer, énergie, téléphone, études) constitue une menace supplémentaire avec celui de voir l’Etat incapable d’honorer ses financements.