La Grande Bretagne s’enlise dans un isolement qui risque de ne pas être très « splendide » mais plutôt « misérable ». A la fois voulu par une majorité du Peuple et subi à cause du Coronavirus, le « confinement « économique et sanitaire du Royaume de moins en moins Uni va donc finir vraiment isolé de toute la planète. Déjà mal en point à la suite des interminables négociations sur la multiplication des poissons dans les eaux anglaises le gouvernement bourré de conservateurs artificiels ne sait plus où donner de la tête.

Outre-Manche on a toujours eu envie d’avoir un réflexe de protectionnisme quand le monde se chamaille ou se disloque. Depuis les étages de Buckingham on a surveillé l’Europe avec le sentiment qu’il ne fallait absolument pas se mêler des querelles intestines qui l’agitait. Et cette volonté remonte à plus de deux siècles quand un personnage hautain,

Lord Parlmerston appliqua trois grands principes en politique étrangère qui allait enfermer l’Angleterre dans une forme de repli sur soi tous azimuts.Il n’est cependant pas l’inventeur de la formule qui vient de Chamberlain affirmant le 21 janvier 1896 devant la Chambre des Communes que « même isolée l’Angleterre demeure splendide » créant ainsi l’expression « splendide isolement »

Le tout premier acte de cette politique consista à refuser systématiquement toute alliance conclue en temps de paix qui pourrait la contraindre à faire la guerre. Il faudra attendre 1914 soit 100 ans pour que cette décision soit abolie. Il y avait eu cependant des entorses avec la guerre de Crimée de 1853 à 1856 quand la Grande-Bretagne s’engageait aux cotés de la France pour mettre un frein à l’expansionnisme russe et garantir la sécurité des détroits (intérêts économiques).

Le Royaume-Uni avait institué le droit de non-ingérence en évitant d’intervenir dans les affaires des autres Etats. On regarda les événements français de 1848 et 1871 avec une certaine indifférence

mais avec le sentiment que le troisième volet de cet isolement (refus de la domination d’une puissance européenne sur les autres) en était conforté. Croire qu’il est possible de rester dans l’isolement absolu de ce qu’il se passe à quelques dizaines de kilomètres sur le Continent finit par se retourner contre ceux qui le décident.

Jamais il a été possible de tenir très longtemps. Ainsi sur le plan intérieur la Grande Dépression de 1873 montre aux Britanniques que la croissance n’est pas infinie, qu’elle obéit à des cycles, et la crise engendre des tensions sociales de plus en plus fortes. Et comme l’agriculture du Royaume-Uni ne peut nourrir ses habitants que 150 jours par an, la survie de la Grande-Bretagne passe alors par le contrôle des mers qui permet l’acheminement sans danger des produits agricoles vers les îles britanniques.Sont-ils dans une position très différente ?

Si le confinement se poursuit à cause de la mutation du virus durant quelques semaines alors que le Brexit va complexifier les échanges de denrées venant de l’UE on risque d’assister à quelques mouvements contestataires. En effet un Brexit « dur », sans nouvelles règles douanières et réglementaires avec l’Union européenne, causerait « la plus grande réorganisation du système alimentaire britannique depuis la fin des années 1960 ».

Depuis cette période, la part de l’alimentation dans les dépenses est passée, outre-Manche, de 20 à 10 %, grâce à un approvisionnement auprès des agricultures performantes des Néerlandais, Français, Allemands, etc. Concrètement, ce sont 10 000 conteneurs transportant plus de 50 000 tonnes de nourriture qui transitent chaque jour dans les ports britanniques.

Aujourd’hui ce sont seulement à Calais 3500 camions qui transitent vers le Royaume-Uni. Un isolement début janvier si un accord n’est pas trouvé va mettre le pays à genoux ! Une augmentation massive des prix est à envisager

La mutation du Coronavirus si elle s’avère aussi problématique qu’annoncée a bloqué encore plus des échanges qui s’étaient cependant intensifiés puisque des stocks ont été constitués « au cas où..  ». Il ne reste qu’une dizaine de jours pour finaliser un accord avec l’UE or on rame dur.

Par ailleurs la fuite de nombreux Européens travaillant à la City (près de 2000 d’entre eux sont attendus à Paris) vers des places financières plus stables dans les prochaines semaines. Les salariés qui ont échappé au « blocus » sanitaire et se sont tirés les premiers, ne sont pas encore prêts à se remettre dans la panade virale de Londres.

Double isolement pour le Royaume Uni avant les fêtes. La dinde à la « sauce gravy », ou farcie aux marrons royalement accompagnée de pommes de terre, de carottes, de choux de Bruxelles (un comble) risque de se faire rare et en fin de repas le « plum pudding », gâteau à base de mie de pain, fruits secs et noix macérés depuis plusieurs mois dans du rhum manquera de cette inégalable saveur le rendant « splendide » !