Lorsque des négociations diplomatiques durent de longs mois et qu’elles sont conclues par un accord à quelques jours de la date butoir, il est de bon ton, à toutes les époques que les belligérants crient victoire. En fait les ultimes concessions sont considérées comme « arrachées » au camp adverse par des négociateur.trice.s valeureux et défenseur.e.s bécs et ongles des intérêts de leur camp. Il en est ainsi de l’accord scellant le départ volontaire du Royaume-Uni de l’union européenne.

Londres, le dos au mur, acculée sur sa ligne d’en-but, très proche de l’essai de pénalité à cédé dans bien des domaines mais a réussi à sauver ce qui est le plus important pour le gouvernement en place, les apparences. La mêlée ordonnée a été rude avec plusieurs affaissements suspects mais l’honneur est sauf elle n’a pas reculé autant qu’elle aurait dû le faire.

En fait on ne sait pas encore ce qui s’est passé en première ligne et de part et d’autre on se contente de montrer ses muscles avec la volonté de prouver que c’est l’autre qui a plié l’échine. Faux. Archi-faux. Les Britanniques ont un art consommé de prôner le fair-play mais de ne jamais reconnaître une défaillance ou une défaite. C’est parfois une force mais souvent une mauvaise manière de se comporter.

Des concessions ont été faites par Johnson pour obtenir l’accès gratuit au marché unique européen : Il s’est vanté d’avoir négocié « zéro quotas, zéro droit de douane », mais il a oublié que les postes de contrôles entre la Grande Bretagne et l’Europe font malgré tout leur grand retour aux frontières.

Désormais, il y aura davantage de papiers à remplir, davantage de temps d’attente à prévoir et donc, des pertes financières lourdes à assumer et des coûts supplémentaires en terme de présence de fonctionnaires ;

En résumé, c’est bel et bien la fin de la libre circulation qui a constitué l’une des grandes conquêtes au sein de l’UE, fluidifiant les échanges de tous ordres. Tout simplement le déplacement réputé « linguistique » d’une classe de collège ou de lycée pour visiter la Tour de Londres ou avoir la joie de déguster des petits pois à la menthe nécessitera un passeport et un visa  !

Tous les travailleurs de l’Europe continentale qui se déplacent ou vivent la semaine à Londres se retrouveront dans une situation similaire. Les célèbres universités anglaises devront renoncer dans quelques jours au programme Erasmus ce qui va lourdement les pénaliser. Les cadres spécialisés dans le domaine de la santé, de l’aéronautique, de la finance seront soumis s’ils veulent un emploi en France solliciter un permis de travail ce qui risque de bloquer les vocations.

Comme les premiers mois de mise en œuvre du Brexit coïncident avec la croissance dangereuse de la pandémie il faut s’attendre à de sérieux soubresauts. Les camionneurs, essentiels dans le ravitaillement des îles britanniques, vont se souvenir de leur week-end de Noël. Un pont aérien a été discrètement organisé au cours de dernières heures pour acheminer quelques tonnes de légumes frais.

Partis d’une demande de récupération de 60 % des quotas de pêche les négociateurs de Londres ont fini par conclure à 25 % : une illustration de l’illusoire victoire. On découvrira progressivement que sur bien des points le Brexit est une décision qui ne satisfera que l’orgueil nationaliste qui est partout flatté par les « populistes » pour arriver au pouvoir. La Grande-Bretagne au moment de sa décision de partir était en bien meilleur situation globale sur le plan politique et économique.

L’annonce que le libre échange allait sauver la croissance grâce à des accords de partenariat n’a plus aucune réalité. Trump est parti et ne jouera plus au clown pro Johnson… Le Canada comme bien des pays du Commonwealth se replie sur lui-même… Le Moyen-Orient n’a plus son poids antérieur et les Russes traversent des moments difficiles… La mondialisation providentielle s’affaisse lentement. Tout devient imprévisible à moyen terme.

L’accord de 2 000 pages doit maintenant être ratifié par tous les États membres, par un Parlement européen fâché de ne rien savoir d’un texte qu’il ne peut pas amender, des chambres anglaises. Tout ça avant le 31 décembre ce qui paraît compliqué. On va donc vers une application provisoire qui mettre probablement en évidence les dégâts collatéraux de la mise en œuvre de l’apostrophe adaptée célèbre du comte d’Anterroches il y a un peu plus de 275 ans : « Messieurs les Anglais, tirez(vous) les premiers ! ». Une déclaration n’ayant rien de chevaleresque mais permettant aux troupes de Louis XV de se précipiter sur leurs ennemis pendants qu’ils rechargeaient leur fusil.