Chères lectrices, chers lecteurs,

Les années passent et l’adresse des vœux plus ou moins institutionnels reprend ses aises dès que le nouvel an pointe son premier jour. Il est difficile après les lois antérieurs de croire en ces échanges empreints de compassion et de sollicitude pour l’autre. Que sont devenus les souhaits de « bonne santé », de «  réussite professionnelle » ou de « bonheurs partagés » quand la pandémie a lentement discrédité toutes les cartes, tous les SMS, tous les mails de 2019 ? La tradition a pris du virus dans l’aile !

Le propos célèbre de Tristan Bernard adressé à sa femme, dans le car de la Gestapo qui emmène le couple à Drancy, 1er octobre 1943, « Nous vivions dans la crainte, maintenant nous allons vivre dans l’espoir. » résume parfaitement ce que nous pourrions écrire sur nos vœux de 2020. Ce serait la plus sincère manière de penser l’avenir. Rien que retrouver l’espoir, ce mot magique qui permet de vivre ou parfois de survivre.

Plongé dans la défiance à l’égard de tout et de rien, agacé par des mesures que l’on imagine uniquement destinées à brimer nos habitudes ou nos envies, déboussolé par des statistiques ou des histogrammes affolants, apeuré par une mort que la société espère toujours repousser alors qu’elle est inéluctable, le monde vogue vers les ténèbres des croyances les plus débridées. L’espoir d’un ailleurs meilleur, rôde dans les esprits alors qu’il se trouve dans une réalité quotidienne déjà tellement belle lorsque l’on sait la remarquer et l’aimer.

Tout concourt à penser que la planète souffrira toujours plus, entraînant dans sa déchéance constante les victimes d’une surexploitation de ses richesses énergétiques, d’un empoisonnement de ses richesses naturelles, d’une course effrénée aux profits financiers niant la valeur humaine. Bloqués par l’apparition d’un virus venu d’on ne sait où, certains actes de destruction des plus précieux de nos biens (eau, air, climat…) ont ralenti, permettant très légèrement à notre espace de vie pour certains et de survie pour beaucoup d’autres de respirer.

L’espoir réside donc en 2021 dans la capacité que nous aurons individuellement et collectivement pour mettre en œuvre une indispensable résilience. S’adapter aux contraintes d’une nouvelle donne sociale va devenir une ardente obligation. Il ne faudra jamais oublier que ce changement de comportement ne saurait contraindre à oublier que la préservation de ce qui fait notre humanité doit devenir le leitmotiv de tout acte « politique » au sens noble de ce terme.

Oubliés, méprisés, écrasés, assassinés avec ou sans motif, les gens victimes directes ou indirectes des crises qui se profilent seront les victimes des prochaines semaines. Les « hôpitaux » où leurs « blessures » ou leurs « maladies », pourraient être soignées n’existent pas. Les statistiques sur la pauvreté, la famine, la déchéance sociale, la précarité culturelle, les conséquences de toutes les formes de terrorisme ne seront pas en la nouvelle année ressassées tous les soirs avec des accents de croque-morts sur les chaînes hypnotiques. Rien ne changera ! C’est une certitude.

Alors quels vœux pour 2021 ? Quels vœux ne sonnant pas creux ? Quels vœux ne relevant pas de la méthode Coué ? Quels vœux ne plongeant pas celles et ceux qui le reçoivent dans une plus grande morosité ? Quels vœux ne reposant pas sur des mots sans aucun sens ? Quels vœux ne paraissant ni utopiques, ni sinistres ? L’exercice est périlleux voire impossible. Dans le fond il suffirait expédier une carte blanche avec ses coordonnées et laisser le choix aux destinataire afin qu’isl (elles) inscrivent les souhaits qui sont les siens.

Je leur conseille en toute modestie des verbes : « aimer, partager, résister, tolérer » comme autant de pistes pouvant conduire au bonheur, une idée abstraite dépendant de ses choix de vie. Les avoir chaque matin à l’esprit, suffirait à conserver cet espoir de trouver une piste vers un autre destin que celui que trace la haine, l’égoïsme, la soumission et l’intolérance. C’est sûrement très naïf mais les vœux classiques le sont tout autant.

Alors pour la quinzième année (1) sur l’une des 5 000 pages de ce blog écrites de ma main je ne peux me résoudre à ne pas me méfier de l’avenir dont on sait comme Henri Bergson que ce « n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. » A vous de faire !

(1) Avant Roue Libre j’écrivais quotidiennement sur « L’autre quotidien » depuis 2005 !