Un adolescent bordelais de tout juste 16 ans suivi par les services de protection de la jeunesse a été tué dans une expédition nocturne pour laquelle cinq personnes majeures pour être nées entre 1999 et 2002 ont été placées en garde à vue des chefs de « meurtre en bande organisée et tentatives de meurtre en bande organisée » entre hier soir 22 heures et ce matin 6 h10 (communiqué du Parquet).

Les faits extrêmement graves ont provoqué des réactions légitimes des autorités et les déclarations se sont multipliées pour dénoncer des formes organisées de rivalités inter-quartiers. Un phénomène grégaire et quasiment tribal de partage de territoires « économiques » dans lesquels parfois des « collégien.ne.s » jouent des rôles dangereux.

Ces phénomènes que l’on connaît depuis belle lurette et qui ne cessent de se multiplier ne tournent pas à ces événements aussi extrêmes mais ils sont souvent le reflet d’une société où la violence augmente. Les querelles de clocher en milieu rural se réglait lors de matchs de foot et de rugby, de castagnes dans les bals, de valorisations de réussites d’un camp ou l’autre.

Il en était de même dans les villes sans que n’entrent en jeu des armes de guerre. Le problème devient aussi prégnant qu’aux États-Unis même si les statistiques ne sont guère comparables en volume.

La question essentielle reste les trafics sous-jacents à ces virées mortifères. Selon l’un des policiers arrivés sur les lieux parmi les premiers les coups de feu sont partis d’un pistolet mitrailleur que les douilles retrouvées sur place permettront d’identifier. De telles armes pullulent dans certains zones urbaines sans que l’on parvienne à endiguer les ventes à des personnes irresponsables et de plus en plus jeunes.

D’après une étude menée par l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, entre 18 et 20 millions d’armes à feu circuleraient en France, soit une pour trois personnes. Selon ce classement, la France arriverait en septième position quant au nombre d’armes par civil, derrière les États-Unis, la Finlande et la Suisse, ce qui en ferait le second  pays le plus armé de l’UE.

C’est certes 24 fois moins qu’aux États Unis, mais rapporté au nombre d’habitants, ça fait quand même une arme pour quatre français. Ce n’est pas rien. La France est paradoxalement le pays européen qui a l’une des législations les plus sévères en la matière.  Il n’y en aurait légalement que 762 331 armes soumises à autorisation (actuelle catégorie B), et 2 039 726 armes soumises à déclaration.

Ces chiffres ne prennent en compte que les armes détenues à titre civil, et non celles détenues par l’État pour sa mission régalienne. Alors certes, parmi ces armes, il y a les vieux fusils hérités de la résistance ou ceux des chasseurs mais on trouve aussi les kalachnikovs tout droit venues des Balkans et qu’on achète très facilement dans certains quartiers.

Les filières tournent actuellement à plein régime. L’ex-Yougoslavie, l’Albanie ravitaillent une grande partie de notre pays. Les armes de guerre sont aisées à trouver car là-bas chaque maison en possède au moins une. Elles sont cédées à 300 euros pièce selon les modèles et  revendues 10 fois plus cher par exemple à Marseille.

En septembre dernier sept anciens légionnaires ont été condamnés dans la cité phocéenne à des peines allant jusqu’à trois ans de prison ferme pour un trafic d’armes organisé alors que la plupart d’entre eux portaient encore l’uniforme. Ils avaient été pris en flagrant délit de remise à deux clients la bagatelle de 14 pistolets-mitrailleurs et des chargeurs d’origine hongroise. Ces armes avaient été « remilitarisées » après avoir été désaffectées.

Toujours sur la Métropole un tir à balle de chasse sur un camion de ramassage des déchets ménagers a été constaté. Le drame a tenu à quelques centimètres puisque le projectile a traversé la carrosserie de la cabine. Les « règlements de comptes » selon la terminologie médiatique ne se comptent plus avec de vrais fusillades avec armes automatiques. Les morts collatérales sont rares mais elles existent. La puissance de feu de ces bandes ne cesse de grandir et le danger est croissant sur les lieux où ces dernières s’affrontent.

Quelle différence réelle existe-t-il entre un homme armé qui tire au hasard, depuis un véhicule, sur un espace public occupés par plusieurs dizaines de jeunes, par rafales, au hasard et les meurtres perpétrés par des « terroristes » avérés ? La gravité de cet acte délibéré a tout lieu d’inquiéter car elle traduit un « no limit » très angoissant. En 2019 les trafics avaient augmenté de 5 % ce qui a tout lieu d’inquiéter…