L’éducation citoyenne a toujours constitué, tout au long de ma vie personnelle une sorte de fil conducteur de mes engagements, une envie permanente qui comme la Phénix a toujours ressuscité des cendres de l’indifférence que j’ai rencontrée.

Tout a commencé au cœur des années 60 quand un certain Joël Aubert (1) est venu s’installer au lieu-dit « Le Moulin » à Sadirac mon village de naissance. Recruté au Journal Sud-Ouest ce fringant journaliste à la chevelure et la moustache annonciatrices très « soixantuitardes », avec le concours de « notre » instituteur de pédagogie Freinet se proposa, dans le cadre d’un embryon de « Foyer des Jeunes » de nous former aux techniques journalistiques.

Il ouvrit chez certains d’entre nous, les portes déjà largement entrouvertes à l’école, de la curiosité. Ce fut pour moi les prémices de cette envie permanente d’analyser, d’expliquer, de transmettre car j’avais intuitivement compris que je ne possédais pas les repères d’une vraie citoyenneté et qu’autour de moi ils faisaient également défaut.

Jamais plus ce besoin de compléter mon métier « d’instit' » par un engagement de militant de l’éducation citoyenne ne m’a quitté. Au sein du Syndicat National des Instituteurs quelques années plus tard je fus ainsi chargé d’animer de soirées débats dans les écoles girondines avec des films documentaires supports intitulés « Certifié exact ».

Grand reporter dans la célèbre émission « Cinq colonnes à la Une » exception remarquable dans un ORTF muselé par le pouvoir gaulliste Roger Louis fut de la charrette des licénciés post mai 68.. Avec le C.R.E.P.A.C. (Centre de Recherches sur l’Éducation Permanente et l’Action Culturelle) il monta une opération qui visait « non pas une information objective (le mot « objectivité » n’étant pas plus définissable que le mot « culture ») mais une information qui s’intéresse moins à l’accident qui a fait 40 morts qu’à l’expérience obscure menée à bien dans une usine, par exemple, et qui peut avoir une résonance dans le pays entier. En clair, une information qui s’attache moins au spectaculaire qu’à l’important. ».

La création de Scop-Colors (Société Coopérative Ouvrière de Productions) permit de produire un magazine mensuel de cinéma : « Certifié Exact » Je partais deux soirs par semaine avec ma deux chevaux, un projecteur de cinéma et une énorme bobine, animer des rencontres que je ne savais pas encore citoyennes .

Une mémorable tournée me permit d’aller dans la ruralité profonde, avec des fortunes très diverses diverses au début des années 70, inciter à une réflexion pour promouvoir l’école maternelle publique dans des communes n’en possédant pas. J’ai encore dans ma tête les phrases du film tellement je les ai entendues dont celles de Gaston Bonheur vantant les vertus du chemin de l’école qui ouvraient le documentaire. L’expérience se termina faute de combattants ! 

Plus tard je lançais I.D.E.M. (Initiative Dialogue Entre Deux Mers) qui monta de soirées autour d’un thème d’actualité à Créon avec des invités de renom. Là encore un vrai souvenir : la venue personnelle de Jean-François Lemoine, PDG du groupe Sud-Ouest devant une salle du conseil bondée de la Mairie de Créon pour débattre du journalisme…Des dizaines de moments de partage se succèdèrent avec chaque fois un seul but :  lutter contre les rumeurs, les à-priori, les approximations. Il y eut durant mes mandats de maire les rencontres citoyenens trimestrielles;

Éduquer sans le dire. Éduquer sans le prétendre. Éduquer pas l’échange. Eduquer le.la citoyen.ne. Il y eut de multiples rencontres, conférences, formations pour le mouvement laïque avec cette soif de toujours donner aux personnes qui le voulaient quelques clés pour comprendre la société. La soirée la plus mouvementée parmi les centaines que j’ai montées se déroula en présence d’un huissier dans la salle du conseil de la Mairie de Créon.

Elle traitait de l’influence sectaire locale. Une salle surchauffée, des témoignages à maîtriser car le moindre dérapage eut été fatal, mais un sentiment profond d’être fidèle à mon engagement. J’étais heureux d’avoir réussi mon pari d’ouvrir quelques yeux et quelques consciences.

La dernière création dans cette lignée a été celle de Gironde Citoyenne avec des gens convaincus de l’ardente nécessité de reprendre le débat direct. Mise en sommeil par la pandémie elle avait antérieurement tenté de compenser la confiance démocratique que la carence des partis politiques (notamment à Gauche) a totalement détruite. Gironde citoyenne reviendra mais al confinace est définitivement perdue. 

L’irrationalité et des dérives sectaires d’une autre nature, mais encore plus dangereuses exploitent le terrain libéré justement par l’éducation citoyenne souvent menée par des militant;e.s enseignant.e.e.s (amicale laïque, ciné-clubs, foyer des jeunes) désomais totalement désengagés.

La France devient donc peu à peu le terrain de jeu des mouvements internationaux usant de la désinformation, de la propagande, de la religion déformée, de la’bsurdité érigée en dogme. Nous avons laissé CNews devenir le foyer de transmission des vérités de nouveaux propagandistes déguisés en hommes réputés courageux alors qu’ils sapent justement la démocratie qu’ils prétendre défendre. La pandémie de la connerie se développe à vive allure.

« QActus », « QAnon-FR », « Les DéQodeurs »… Le mouvement international QAnon profite de nombreuses ramifications en France lui permettant d’élargir son influence sur le territoire français, et ce principalement par le biais des réseaux sociaux ou des messageries cryptées telles que Telegram.

« Le mouvement est décentralisé et participatif, ce qui le rend très difficile à quantifier, analyse Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et membre de l’Observatoire du conspirationnisme. De nombreuses têtes de gondoles se font le relais des messages de « Q », cette figure tutélaire anonyme qui poste des messages cryptiques sur des forums alternatifs. » L’éducation populaire citoyenne et laïque a perdu la bataille.

(1) Joël Aubert deviendra directeur de la rédaction du journal Sud-Ouest et il est fondateur d’Aqui.fr