« Le masque et la plume » reste un monument du paysage radiophonique. Créée il y plus de 65 ans par Polak et Bastide elle traite de la littérature et du cinéma sous la houlette de Jérôme Garcin constituant la référence en la matière par la qualité de ses particpant.e.s.

Les « plumitifs » de mon genre ne retiendront en 2020 que la première partie du titre de l’émission. Le sujet de tous les commentaires aura porté en effet depuis un an sur « le masque » avec des tonnes d’écrits le concernant. Pas tous d’un niveau littéraire exceptionnel.

Cet artifice de dissimulation issu de la nuit des temps du spectacle vivant, a donné lieu à une véritable saga qui serait comique si elle ne prenait pas chaque soir des airs tragiques pour la vie sociale. George Feydeau en eut fait un vaudeville à succès au titre évocateur : « mais ne promène pas nue sans ton masque » !

Une série de portes qui claquent, des quiproquos, des trahisons, des omissions, des mensonges, des ronds de cuir, des ministres sinitsres ou des situations grotesques et désopilantes se produisant sur une autre scène que celle de la santé de millions de spectateurs captifs ! On écrivit donc une pièce en trois actes intitulée :  » Les plumés et les masques! »

Le premier acte relevait de la folle ambiance. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles avec des dialogues destinés à rassurer le grand public. La vie coulait paisiblement malgré quelques chinoiseries qu’un virus créait sans que l’intérêt en soit très grand. On eut alors droit aux grandes envolées sur l’inutilité de se protéger de ce danger qu’un pékin moyen aurait créé après voir dégusté du pangolin.

Dans le rôle de la soubrette extra-lucide, une certaine Agnés (Buzyn) dont on ne saurait dire si elle était naïve ou fourbe avait lancé  d’une voix assurée : « les masques en papier, dits ‘masques chirurgicaux’, sont uniquement utiles quand on est soi-même malade, pour éviter de contaminer les autres !» sans faire rire personne. Alors pour être certaine de l’impact de tirade elle avait ajouté : «aujourd’hui, il n’y a aucune indication à acheter des masques pour la population française». D’ailleurs elle avait pour satisfaire les Harpagon de Bercy admis que tous les stocks avaient été détruits mais qu’elle avait une cassette pour les reconstituer.

La comédie débutait de la meilleure manière. Et les scènes suivantes furent de la même veine avec une série de comiques tentant d’amuser la galerie pour « masquer » les défaillances du régisseur ayant oublié que, dans la comedia del arte, les visages doivent être dissimulés. Alors on esquissa quelques « blagues » sur les commandes envisagées; on incita les spectateur.trice.s dans une envolée participative, à inventer eux-mêmes leurs masques; on déclama la fable du lièvre et de la tortue avant de convenir qu’il fallait trouver une autre approche.

« Agnés » fut envoyée, malheureuse, en pénitence dans un couvent parisien  après avoir laissé en dot cette affirmation splendide : « Nous avons des dizaines de millions de masques en stock en cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées. Si un jour nous devions proposer à telle ou telle population ou personne à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin. » On sait désormais que cette conclusion du premier acte avait quelque chose de vraiment tragi-comique puisque derrière les mots c’était le vide.

L’auteur de la pièce donc fit appel pour le second acte au jeune premier pour dissiper l’inquiétude ambiante. Olivier (Véran) le magnifique sonna aux cotés de Salomon le sage joua de l’olifant  fin avril, à la faveur de l’amélioration des stocks, il encouragea les Français à se procurer une protection chirurgicale ou artisanale : « L’État, à partir du 11 mai, en lien avec les maires, devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public. Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations, comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique. » annonça le metteur en scène élyséen. Que c’était bien dit !

Toutes les « plumes » médiatiques se mirent alors à vanter les mérites de cet outil bouffant le visage et confirmant que « les yeux sont le miroir de l’âme » selon la formule célèbre. Il fallut alors faire du Devos (il se serait régalé) en jouant sur les mots et les textes, en fermant les théâtres aux illusions pour de bon et en faisant un nombre considérable de cocus que le contexte rendait malheureux.

On dispensa des conseils différents, des recommandations contradictoires, des consignes incompréhensibles dans un dernier acte oscillant entre les joies (coté jardin en été) et les peines (coté cour à l’automne). Le sieur Vaccin, production américaine, provoqua des sifflets désapprobateurs chez les uns et des applaudissements conquis des autres. Une sorte de querelle entre les « modernes » trempant leur plume dans l’encre de la contestation et les « anciens » s’appliquant à écrire le mot «espoir » en pleins et en déliés déferla parmi les critiques avisés.

Oublié le masque. Enfin presque puisque désormais on append alors que tout le monde se précipite vers l’issue de secours vaccinale qu’il  y aurait des accrocs dans les « masques » en tissu maison depuis le début de la pièce ! Agnés avait raison : ils ne servaient à rien sauf s’ils servaient à fermer hermétiquement l’envie de rire ou de contester.