La Chine, la lune, le sage, le doigt et la conquête méthodique

L’avantage des proverbes chinois c’est qu’ils ont une portée qui traverse le temps. Nul ne peut préciser leur origine et c’est probablement ce qui constitue leur force puisqu’ils sont adaptables aux circonstances. Ainsi rien ne convient plus au contexte géopolitique que celui qui voudrait que « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Il faut bien convenir que tout au long de cette année Pékin a inexorablement déployé son plan de placement d’éléments décisifs pour prendre à terme une part décisive de contrôle de l’activité économique mondiale.

Les quatre années chaotiqueq de Trump a permis aux Chinois de tisser leur toile de soie. Ils ont en effet appliqué la technique du débarquement militaire en installant des têtes de pont pour la commercialisation de leurs produits. Aéroports (l’achat de celui de Toulouse en fut un exemple manqué) ports, lignes ferroviaires : leur présence s’affirme en Europe dans des emplacements stratégiques. C’est ciblé et méthodique comme ils savent le faire !

Deux géants chinois aux capacités financières considérables ( Cosco Shipping Ports et China Merchants Port Holdings) se battent pour enlever les aérogares de fret dans l’océan Indien, la mer Méditerranée et sur la côte atlantique. Cosco a par exemple acquis le rachat du terminal de Zeebruges, deuxième plus grand port de Belgique, établissant une première tête de pont dans le nord-ouest de l’Europe.

Cette transaction vient après une multitude d’autres acquisitions en Espagne, en Italie et en Grèce (Le Pirée). Les entreprises publiques chinoises, qui autrefois restaient proches de leur marché national, contrôlent désormais plus d’un dixième des capacités portuaires européennes. Leurs entreprises d’exportation ne sont plus tributaires des mandataires européens. Les pertes d’exploitation ne les effraient absolument pas du moment que le site est « stratégiquement intéressant » ;

L’exemple de Djibouti est révélateur. Même si le fret ne décolle pas ils savent que ce rachat leur a offert l’implantation d’une base militaire éminemment importante que jamais plus ils en quitteront. Ils transforment aussi ces espaces économiques en gigantesques zones de stockage pour répondre immédiatement aux besoins des sociétés européennes en crise permanente.

La Grèce est sous leur coupe puisque l’UE l’a humiliée et rejetée de fait et l’Italie ne crache pas sur les implantations chinoises/ L’exemple des masques a démontré que la dépendance à l’égard des livraisons venues des fabricants chinois devenait réelle. Les dirigeants libéraux du vieux continent ont fermé mes yeux et se sont déchirés pour acheter ces protections à des prix démesurés.

Par ailleurs les entreprises d’État ont renoué avec les principes de la fameuse route de la soie en installant des liaisons ferroviaires pouvant amener leurs productions en une quinzaine de jours sur le territoire de l’Union européenne. Leur base se situera à dix kilomètres des frontières Shoengen en Hongrie. Fin 2021, devrait s’ériger sur 125 hectares sera installé « le plus grand et le plus moderne terminal ferroviaire d’Europe ».

En 2022, les premiers convois (4 par jour) en provenance des industries chinoises déchargeront leurs conteneurs sur ce site qui deviendra de fait une porte ferroviaire performante (avec régime fiscal adapté) sur l’Union européenne. Ces milliers de wagons traverseront la Russie et l’Ukraine et leurs contenus seront transférés sur des trains à écartement européen pour partir à destination de tout le sud de l’Europe. Plus aucune dépendance à l’égard des réseaux d’importation qu’ils ne possèdent pas.

Il semble désormais que le transport aérien n’entre plus dans les priorités chinoises. Après l’expérience toulousaine et des tentatives d’implantation en Espagne sur l’aéroport de Ciudad Real proche de Madrid les investisseurs officiels n’ont plus tenté de réaliser pareilles opérations. Probablement ont-ils envisagé le déclin de ce mode de déplacement ? Les passagers ne les intéressent pas et seuls la rentabilisation de leurs exportations entrent en ligne de compte dans ces choix.

Depuis le début de la pandémie Pékin a retrouvé de sa superbe. Leur politique européenne se base sur un registre légal et juridique. Plus de retenue : leur objectif de pénétration, voire de domination, du marché européen. Le pouvoir chinois agit plus vite et différemment que ce que les Européens semblent avoir anticipé et prend donc l’avantage en profitant de la division et de la faiblesse actuelle de l’économie ravagée par la crise sanitaire. L’imbécile regarde le doigt de multiples sujets subalternes et ne voit pas qu’on lui confisque la Lune.

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12 réponses à La Chine, la lune, le sage, le doigt et la conquête méthodique

  1. Bruno DE LA ROCQUE dit :

    Non seulement tisser leur toile de soie mais aussi consolider leurs routes de la soie…
    Cela posé, clin d’œil du passager à l’auteur ☺

  2. GRENE CHRISTIAN dit :

    « Et quand tous les imbéciles montent la Dune, l’écolo se mord les doigts »
    (René Dumont?)

  3. GRENE CHRISTIAN dit :

    Oui, mon colonel!

  4. J.J. dit :

    Pour illustrer les propos de Jean Marie, je vous conseille la série de reportages qui sont passés cet été sur la « 5 », chaîne pas vraiment réputée pour ses idées pro chinoises : La Chine au fil des rails.
    Encore visible en streaming pour ceux qui disposent de l’application, ou sur Internet.
    C’est assez impressionnant mais aussi très beau..

  5. Laure Garralaga Lataste dit :

    Comme on se retrouve cher Bruno !
    « Et quand tous les imbéciles montent la Dune… », ils ne voient pas que tous les grains de sable détruisent leur forêt…!

    • Bruno DE LA ROCQUE dit :

      Laure, je crois que 12 heures de violentes rafales de vent descendent plus de grains de sable vers la forêt dunaire que les « escaladeurs » en plusieurs jours… Cela étant, le propos de Jean-Marie se termine sur un constat : de leur(s) c..n..ie(s) les dirigeants chinois ont tiré profit, déjà en inondant l’Europe et bien d’autres pays de masques « à usage unique »…
      Séquence souvenirs : te retrouver ici, donc chez Jean-Marie, ne peut que me rappeler certains enthousiasmes d’antan !!!…

  6. « qu’on lui confisque la lune » ou Mars !
    Aller sur Mars avec les Chinois ? « Oui bien sûr » (Jean-Yves Le Gall, CNES)
    « Comment analysez-vous l’ambition spatiale chinoise?
    Elle est politique. Le spatial est un élément très important pour la Chine afin d’exister sur la scène internationale. La Chine a lancé une station spatiale, elle veut envoyer des Chinois sur la Lune et elle travaille également sur une mission vers Mars. La Chine veut vraiment exister et de façon très forte. »
    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/aller-sur-mars-avec-les-chinois-oui-bien-sur-jean-yves-le-gall-cnes-763751.html
    Et oui car c’est la planète ROUGE ! 🙂

    • Tusitala dit :

      Avec Jo Biden la Chine fera ce qu’elle voudra …
      par contre téléguidé par le complexe militaro industriel il risque de repartir en guerre …

      «Casus belli» entre le Venezuela et les intérêts pétroliers américains

      Le conflit territorial entre le Venezuela et le Guyana s’intensifie. Le Président Maduro revendique la souveraineté de Caracas sur la région de l’Essequibo. Son voisin a signé une alliance militaire avec Washington. Selon Romain Migus, spécialiste du Venezuela, les États-Unis protègent leurs intérêts économiques.
      Le tweet de Nicolas Maduro du 8 janvier a suscité un tollé. Demandant à sa population de défendre ses droits historiques sur l’Essequibo, le Président vénézuélien s’est attiré les foudres de la CARICOM, la Communauté Caribéenne, du Canada et… des États-Unis.
      ​Région correspondant aux deux tiers de l’actuel Guyana, ancienne colonie britannique voisine de Caracas, l’Essequibo fait depuis plus d’un siècle l’objet d’un litige territorial entre les deux pays. Litige porté plusieurs fois devant des tribunaux internationaux. Chaque verdict a confirmé la souveraineté du Guyana sur ce territoire. Sauf que la découverte en 2015 de l’immense champ pétrolifère de Liza-Stabroek au large des côtes de l’Essequibo a durci les positions des deux pays. Nicolas Maduro parlant même de reconquérir la zone! Le 12 janvier, le Guyana et les États-Unis ont signé un accord de coopération militaire. Ce pacte ne devrait pas aplanir les tensions régionales.
      Le pétrole de l’Essequibo exploité par Exxon Mobil
      . Caracas considère «la partie qui va jusqu’au rio Essequibo», c’est-à-dire la zone la moins peuplée, comme faisant «partie intégrante du Venezuela». Alors que le Venezuela n’a «pas de poste-frontière» sur l’actuelle délimitation, le Guyana n’a pas forcément «les moyens de contrôler une frontière très longue».
      Longé par le fleuve Essequibo, ce territoire «très riche, notamment en or et en diamant», a été disputé dès le XVIIIe siècle entre la couronne espagnole, maîtresse du Venezuela, et la Hollande, implantée au Guyana. Le différend se poursuivant quand les Britanniques ont supplanté les Néerlandais au Guyana. Les indépendances du Venezuela en 1811 et du Guyana en 1966 n’y changeront rien! La découverte de «gisements pétrolifères très importants offshore dans la zone en réclamation» en 2015 a même aggravé les tensions:
      «Évidemment, les enjeux ne sont plus les mêmes. Des compagnies pétrolières lorgnent cette potentielle richesse. Exxon d’une part, mais aussi des compagnies anglaises.»
      Les réserves du Guyana sont estimées à plus de huit milliards de barils de pétrole, exploitées par la major américaine à des conditions bien avantageuses. Avant la crise sanitaire, le Fonds monétaire international (FMI) prévoyait une explosion de la croissance du PIB du pays pour 2020. Un bond estimé à 86%. Covid oblige, la progression n’aura été «que» de 26,2%. Selon le média La Première, l’accord signé le 12 janvier engage les États-Unis et le Guyana à «collaborer en cas de menace». L’armée américaine formera ainsi «les militaires du Guyana» et lui apportera «des aides techniques». Le «controversé» Shiprider Agreement, signé en 1997, a également été renouvelé pour autoriser l’US Navy et l’US Air Force «à pénétrer dans les eaux et les espaces aériens du Guyana». Officiellement pour traquer le narcotrafic, officieusement pour protéger les intérêts américai
      La possibilité d’un conflit armé?
      En septembre 2020, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, accomplissait une tournée en Amérique du Sud. Visant à renforcer la pression pour un changement de régime au Venezuela, le périple passait par le Guyana, le Brésil et la Colombie. Trois États très proches des États-Unis et qui encerclent le Venezuela. Romain Migus rappelle ainsi la présence de militaires américains en Colombie et le souhait régulier de Jair Bolsonaro d’en «découdre militairement».
      Alors le Guyana, un nouveau Koweït pour les Américains? La comparaison n’est pas si folle pour le journaliste. «On a encore les mêmes acteurs», la présence de l’Axe du Mal et les mêmes conséquences dévastatrices pour l’ensemble de la région.
      «Le Venezuela est quand même un pays armé. Le déclenchement d’un foyer de guerre ne menacerait pas que le Venezuela, mais toute la région, en en déstabilisant une grande partie. Il y a aussi des intérêts contraires dans chacun des pays pour que l’escalade n’aille pas jusqu’à son terme.»
      Ce n’est «pas la première fois» que le différend s’intensifie entre Caracas et le Guyana sur ce sujet. Pour le journaliste, l’Essequibo est instrumentalisé pour des «opérations politiques» indépendantes de la résolution de ce conflit. Le 22 décembre 2018, une friction entre la marine vénézuélienne et deux navires d’exploration d’Exxon dans cette région disputée, provoquait déjà une série de récriminations de la part du groupe de Lima, organisme d’États d’Amérique latine qui ne reconnaissent pas l’élection de Nicolas Maduro. Une défense de l’intégrité territoriale du Guyana qui n’était «pas anodine» à quelques jours avant que Juan Guaido ne s’autoproclame président par intérim.
      «La zone en réclamation va devenir un casus belli et va s’inviter bien évidemment dans l’opération de changement de régime initiée avec Juan Guaido.»
      Certes, l’ancien président de l’Assemblée nationale a depuis perdu de sa crédibilité auprès des chancelleries occidentales. Mais il avait été accusé par la justice vénézuélienne de de haute trahison et de s’être compromis avec le Guyana, en ayant voulu «livrer» l’Essequibo aux multinationales.
      Thème extrêmement «sensible» au Venezuela, l’Essequibo a donc été l’occasion pour Nicolas Maduro de fédérer sa population au-delà des clivages politiques. Il compte ainsi «unifier le chavisme avec l’opposition nationaliste» qui n’est pas prête à brader le territoire

  7. Laure Garralaga Lataste dit :

    J »annonce le prochain futur abandon du pétrole…
    Que deviendront ces territoires tournés vers l’or noir ?
    Ce qui est arrivé à ceux qui se sont tournés vers l’autre or noir ! Le charbon…

  8. J.J. dit :

    Pour en connaître un peu plus long sur la Chine : https://www.legrandsoir.info/china-bashing-universitaire.html, et en plus les liens en notes.

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