Il faut se rendre à l’évidence : toute crise laisse derrière elle d’innocentes victimes mais  aussi souvent des bénéficiaires heureux. Le comportement social conduit en effet à des modifications des comportements et donc des relations avec le monde économique.

Les producteurs de papier hygiénique, de tabac, de sucre ou de farine, les fabricants de masques ou de vaccins (pour ceux qui ont réussi à convaincre de leur efficacité) et de gel hydroalcoolique ont largement amélioré leur chiffre d’affaires. L’économie de marché a ses avantages pour ceux qui sont dans le bon créneau ou bon moment !

Tout bascule en quelques heures puisque les consommateur.trice.s cherchent à anticiper les annonces gouvernementales. On le sait par exemple depuis longtemps : une augmentation du prix du carburant remplit les jerrycans ou les cuves souterraines. Mais depuis quelques heures, avec la forte probabilité de l’annonce d’un re-re-confinement une surprise a changé la donne pour bien des artisans. Les fins limiers du journalisme ont constaté une ruée vers les salons de… coiffure.

Certes la prise de rendez-vous ne se révèle pas d’une aussi longue et difficile attente que dans les centres de vaccination mais elle devient compliquée. car les temps presse. Beaucoup se font des cheveux en voyant revenir le temps des confiné.e.s et de l’isolement. 

Le souvenir de la fermeture des commerces « non-essentiels » (erreur de terminolgique fatale identique à celle de la « distanciation sociale ») a imprégné les esprits. Inutile de couper les cheveux en quatre, l’état d’urgence capillaire a été déclarée. Avant la mise au pli les mamies exigent illico d’avoir le temps de s’offrir une dernière mise en plis, et avant de se barber enfermé chez lui, le papi exige une taille soignée de sa pilosité faciale.

Il est vrai que durant le premier confinement alors que les salons et les « saloons » étaient fermés on a signalé de nombreux accidents de tondeuse dans la population soucieuse de son image. Des coiffeuses improvisées ont initié des « escaliers » sur la chevelure de l’ami trop confiant. On prétend que certains des mal tondus étaient satisfaits de ne pas avoir à affronter le regard des collègues au boulot. L’inverse, plus rare a existé. 

Des victimes de dégâts dont on ne sait s’ils relevaient de la sourde vengeance, du dérapage incontrôlé ou de la maladresse fébrile portaient même parfois un masque devant et… derrière pour se sentir moins ridicule. Devant faire face à la caméra dans ces retransmissions de dangereuse télé-réalités que l’on appellent visioconférences les confiné.e.s préféraient couper la liaison plutôt que de montrer qu’elles étaient honteusement « éméchées. ». Il y eut à cause de cette dermeture des salons une véritable hécatombe d’opulentes chevelures indomptables par des « Figaro » transformés en exécuteur.trice.s des basses œuvres. Chauve qui pouvait pour être heureux et préservé car on pouvait couper court à toutes les tentations de jouer à la coiffeuse.

Il se murmure que parfois il y aurait eu de « franges » rigolades en constatant des coupes à « grande échelle » infligées à des têtes plus ou moins consentantes. Chaque matin en se regardant dans la glace bien des Samson ambitieux.euses ne pensaient plus pourvoir accéder à une fonction suprême tant ils avaient perdu de leur prestance. Alors en cachette, dans des rendez-vous secrets avec une coiffeuse accorte ils.elles tentaient de retrouver le doux plaisir du brushing ou du sèche cheveux. Il s’est murmuré que des visites à domicile furent également organisées malgré la recommandation de ne pas ouvrir des maisons devant rester closes.

À quelques jours d’un potentiel reconfinement, les Français.e.s, désormais méfiant.e .s , se dépêchent donc à tenter d’obtenir un prendre rendez-vous chez le coiffeur pour déguster une coupe. Ils craignent en effet de ne pouvoir en profiter avant un long moment. Résultat : les salons de coiffure affichent complets ou presque. On est à un cheveu de la crise d’autant que le couvre-feu a mis les travailleur.euse.s à la raie en difficulté par une réduction de leur temps de travail.

Les tondeuses ronronnent, les ciseaux cliquettent, les rouleaux se gondolent, les papillotes de coloration scintillent et tout en étant « shampouiné.e » le.la coiffé.e se fait laver le cerveau. Il.elle oublie de s’arracher les cheveux à cause de la complexité de la situation. Dans le fond il.elle s’offre un vrai moment de liberté individuelle avant de plonger dans la tristesse du re-re-confinement.

Cette occasion de bavarder, d’échanger, de se confier ou de commenter va encore se raréfier ou même disparaître. La société est sur le fil du rasoir chaque jour un peu plus. Nous frisons la catalepsie ou la crise de nerfs. Peu importe dans le fond : l’important c’est de se souvenir que selon Stendahl « la chance s’attrape par les cheveux mais elle est chauve ! »