Cinq ou six ? Le choix n’est pas évident et dépend dit-on dans les milieux des commentateur.trice.s patentés des télés déchaînées, de l’adresse et de la précision de la main qui puise à la « bouteille ». En fait la resquille institutionnalisée est aussi vieille que les lieux d’échanges. On prétend ainsi qu’il arrive que, dans certains cas, les préposé.e.s à la distribution remplissent le contenant avec des produits venus d’ailleurs pour tromper la vigilance des surveillants assermentés.  Tout est une question de dosage! 

La dose deviendra le mot essentiel des jours à venir. Il prend la place de  « virus », « masque », « confinement », « déconfinement », « couve-feu » et « vaccin ». Nous manquerions de cette petite base d’un mélange pouvant nous sauver des dégâts du Corona…virus. Pas question à ce jour qu’elle soit jaune car cette couleur paraîtrait suspecte . Elle a donc été fabriquée inodore, incolore et sans saveur selon les volontaires qui l’ont dégustée autrement qu’en piqûre. Rien à voir avec la javel trumpisée!

Désormais une large majorité des Français voudrait bien s’en tenir une bonne dose pour la route qui les attend sur les chemins de la vie. Or aux dernières nouvelles ils n’avaient pas compris que les promesses des laboratoires n’engageaient que les peuples qui les écoutent. La fabrication massive destinée à combler les besoins a atteint ses limites d’autant que la consommation mondiale progresse chaque jour davantage. Il faut s’accrocher pour décrocher sa précieuse dose. 

La difficulté réside dans une phrase que prononce le personnel qui vous accueille quand vous quittez le lieu du rendez-vous : « vous en prendrez bien une seconde pour la route ! ». Propos inhabituels quand on sait fort bien que les tests hydroalcooliques vous attendent dans tous les coins ou les recoins où vous pourriez vous rendre. Le « retournez-y ! » a pourtant un goût particulièrement rassurant ! Inutile de prendre la recommandation par-dessus l’épaule et il faut répondre présent.e au rendez-vous.

Le Pfizer nouveau réclamé à cor et à cri pour éviter une mise en bière potentielle ressemble au dosage du « mandarin-citron-curaçao » dans le bar mythique de César. La recette sécrète se résume ainsi avec l’accent : «  Tu mets d’abord un tiers de Coranavirus. Fais attention : un tout petit tiers. Bon. Maintenant, un tiers excipients divers . Un peu plus gros. Bon. Ensuite, un bon tiers de Chlorure de potassium . Regarde la couleur. Regarde comme c’est joli. Et à la fin, un grand tiers d’eau. Voilà. » Tout est donc dans les proportions qui ont été, fait étonnant, approuvées pr les autorités sanitaires.

Pour en avoir plein la dose il va falloir, c’est certain, être patient.e. La quête du cocktail miracle prend des allures similaires à celle conduisant au Graal. Les bars « bituriques » étant clos, la consommation codifiée et planifiée s’organise sur la base de la pénurie ce qui conduit à rechercher des combines pour utiliser d’éventuels fonds de « bouteilles. » devenus précieux. Au téléphone ou par internet on cherche un lieu d’accueil pour se faire piquer. 

Chaque jour la colère monte et l’absence de ravitaillement suffisant place des centaines de milliers de femmes et d’hommes en situation de manque profond. Ils attendent au comptoir des centres une place pour se rassurer. Rien n’y fait et il reste sur leur soif de protection avec une possibilité de se ravitailler lorsque le printemps sera venu. En attendant ils cassent du sucre sur « la dose » des responsables manquant nettement de lucidité. Homéopathiquement mais sûrement la situation se délite.

Donc si à l’heure de l’apéro une dame en blanc vous propose : «  vous prendrez bien une dose ? » ne refusez surtout pas. Vous terminerez certes légèrement troué.e mais soulagé.e de ne plus craindre le mal ambiant. Vous dégusterez un peu durant quelques jours, sans pour autant regretter d’avoir accepté l’invitation faites aux vieux de faire jouer leur carte de priorité. Toutes et tous serontfinalement  renvoyés dose à dose.

A peine sortie des glaçons la fiole partagée entre cinq ou six convives selon les prescriptions de la distanciation sociale, se vide très vite. Elle délivre l’optimisme et l’espoir à celles et ceux qui veulent bien la recevoir. Reconnaissons le droit de refuser son contenu aux sceptiques. Pour ma part je reste optimiste à petites doses pour tenter de me vacciner contre le doute.