Peut-on prétendre que la pandémie aura eu des cotés positifs lorsqu’elle sera terminée ? Bien évidemment si l’on applique à cette période à durée indéterminée les pratiques des Egyptiens après la mort il faudrait posséder une balance. Le mort était, en effet, vêtu d’ une robe blanche avant d’être présenté au tribunal présidé par Osiris.

On y « pesait’ » les bonnes et les mauvaises actions terrestres à l’aide d’une balance : sur l’un des plateaux de la balance, on plaçait le cœur du mort et sur l’autre plateau, la plume de la justice. Le dieu Thot prend note du résultat de la pesée. Pour avoir un verdict favorable, il faut que le plateau avec l’âme soit en équilibre avec que celui à la plume ! A la fin de la crise la méthode sera la même. 

Il sera très difficile d’avoir dans le plateau des réalités positives un poids suffisants pour compenser les effets négatifs entassés de l’autre coté. Il faut cependant y regarder à deux fois avant de savoir où se trouve la fameuse plume qui détermine l’appréciation que l’on porte sur la vie qui aura été la nôtre durant maintenant plusieurs mois. La vérité serait la perte des repères sociaux, des éléments de partage, de la vitalité économique et plus encore de la mise à bas des certitudes en matière de gestion humaine. C’est indiscutable mais pas essentie.

N’empêche que l’on peut en effet voir autrement les conséquences de la crise sanitaire car elle a fait naître des espoirs de changement. Des valeurs que l’on aurait pensé repoussées aux calendes de l’histoire sociale ont commencé à émerger et il serait capital de poursuivre leur mise en avent dans le « monde d’après ». Ainsi le retour de la proximité, de la solidarité et plus encore l’émergence de la résilience constituent des éléments très forts de transformation qui sont désormais au coeur de l’action politique. 

La proximité est redevenue essentielle. Les fermetures contraintes des grands centres commerciaux ou de surfaces de vente où on entasse des consommateur.trice.s venus parfois de très loin a permis à bien des gens de se rabattre sur les acteur.trice.s locaux. Les fameux circuits courts ont prouvé leur utilité et ont donc pris un élan qui ne se démentira plus. Les initiatives d’entraide ont également été fort nombreuses.

Les collectivités locales ont été contraintes de s’adapter et à modifier, pour les plus dynamiques d’entre elles, leurs rapports avec les administré.e.s et les forces vives de leur territoire. La prise de conscience de l’importance du monde associatif, du bénévolat, de l’action culturelle, sportive ou sociale est bien réelle et elle ne s’effacera pas de sitôt. Que devient une commune sans ses offres de proximité dans ces domaines portées souvent pas des citoyen.ne.s dévoués ? Leur absence, leur silence, leur inaction forcée auront fait plus que des revendications organisées.

Contrairement à ce que la « balance » pourrait enregistrer la solidarité n’a pas faibli durant ces derniers mois. Elle a pris de nouvelles formes, plus légères, plus discrètes mais probablement plus efficaces. Face à la détresse les structures installées » ont décuplé leurs réponses, les ont adaptées pour révéler leur importance dans ces périodes difficiles. D’autres ont vu les jour et ne disparaîtront pas de sitôt. Les « solutions solidaires » ont joué un rôle face à un État fragilisé.

Les personnes âgées auront été au cœur des préoccupations avant que l’on fasse la découverte de la fragilité du statut de la jeunesse et encore de celle qui étudie car l’autre partie est considérée comme sans problème. Les modalités de leur accueil interrogent et l’allongement de la vie ne pourra pas être occulté dans les années qui arrivent. Il faudra forcément tirer les leçons des événements et donc bâtir une stratégie différente. L’hécatombe constatée ne saurait être oubliée.

Des débats ont été lancés sur « l’importance de l’éducation » que l’on a malheureusement parfois limité à la prise en charge des enfants pour permettre aux parents de « produire. ». Le « revenu de base » tellement décrié et raillé aura, c’est désormais une certitude, sa place dans les prochaines échéances électorales tellement est apparu un trou dramatique dans la raquette sociale. Jamais la résilience n’a été aussi importante et nécessaire… et elle deviendra fondamentale pour la génération mise à l’épreuve. 

La gestion du secteur étatique de la santé a été tellement inconstant, fragile, inadapté et ravagé par des décisions décalées que l’on ne saurait imaginer une continuité. L’étranglement du système public par des mesures financières désastreuses a démontré sa dangerosité. Les difficultés énormes rencontrées pour l’approvisionnement en masques, en vaccins, en médicaments ont fini par poser le sujet de la réquisition ou de la prise de contrôle de secteurs considérés jusque-là comme non-stratégiques. Il restera dans les débats ! 

Il n’y aura pas de « plume de la vérité » sur la balance jugeant la crise au moment de son éventuelle disparition. Elle sera remplacée par un profond doute sur l’efficacité de l’ultra- libéralisme toujours orienté vers le mythe de la croissance, de l’efficacité économique, du refus de la décentralisation et de la codification sociale seulement en fonction du profit. Résultat de la pesée en 2022 !