Le Sénat des États de plus en plus désunis d’Amérique a exonéré l’agité du bocal installé à la Maison Blanche de toute responsabilité dans l’insurrection contre le siège du pouvoir représentatif. La décision était prévisible d’exonéner Trump compte-tenu du poids de ses partisans au sein de l’assemblée devant… le mettre en difficulté et qu’il tient sous sa coupe. 

Elle va cependant marquer d’une tache indélébile la « démocratie » des USA et constituera un précédent extrêmement dangereux. La France s’en est plus ou moins émue comme si l’Histoire nous avait épargné pareil phénomène.

Les parlements de nombreux pays ont été envahi par des personnes en insurrection et on aurait tort d’oublier que le 6 février 1934 la Chambre des députés avait bien failli être submergée par les mêmes catégories sociales et politiques que celles des Trumpistes. Les organisations contestataires les plus puissantes ( Action française, Solidarité française, Jeunesses patriotes, Croix-de-Feu, Union nationale des combattants) avaient appelé à une grande manifestation destinée à « envahir » le Palais Bourbon.

Elles étaient parties de divers points de Paris pour se rendre la place de la Concorde et la Chambre des députés, et leur conjonction avait tourné très vite à l’émeute. Certains appelaient à prendre d’assaut la Chambre alors que la démission de Daladier et de son gouvernement s’imposait bientôt comme l’exigence principale des manifestants.

La violence des actions avait varié selon les formations dont les objectifs étaient différents : ainsi l’attaque du barrage des gardes républicains dressé en face de la Chambre des députés, notamment par « Solidarité française », avait entraîné immédiatement la mort de plusieurs personnes alors que les « Croix-de-Feu » acceptaient de se replier en bon ordre après avoir défilé.

Pour autant, les actes de vandalisme ont été démultipliés : saccage et incendie d’un bus, attaque des barrages de police, barricades, ruptures de canalisations, attaques de voitures évacuant les blessés du ministère de la Marine. Si les représentants de l’ordre réussissaient finalement à contenir l’émeute, le bilan en fut lourd : on dénombrera 15 morts et près de 1 500 blessés.

Le 7 février, Daladier, abandonné par ses collègues radicaux, présentait sa démission à l’Élysée. Un gouvernement d’union nationale fut formé peu après, dans lequel entrèrent les chefs de la droite : la rue et uen parrie de la presse avaient eu raison du gouvernement légitime de la République. Il n’y aura jamais de coupables et donc de jugements apès cette insurrection. Les mouvements insurrectionnels perdureront durant les 6 années suivantes et déboucheront sur des phénomènes terribles. 

En fait la racine de ce mal profond pouvant conduire une démocratie à sa chute progressive, est constituée par le mensonge érigé en base d’une victimisation collective. La contestation du résultat des élections US pose à cet égard un problème de fond car plus jamais un résultat ne sera admis aussi large soit-il en faveur du vainqueur.  Trump avec obstination, avec une malhonnêteté avérée, une véhémence calculée a détruit la confiance dans tous les scrutins certes au USA mais aussi  de par le Monde donnant du grain à moudre aux dictateurs de tous poils!

La contestation du vote US ne relève donc pas d’une lubie personnelle de Trump ou des délires de groupuscules complotistes : elle s’appuie sur le rappel d’une longue histoire où le déni du vote est omniprésent. Cette idée germe dans notre pays. En appelant ses partisans à « attaquer » le Capitole, Donald Trump a franchi une limite que les sénateurs républicains n’avaient pas envisagée. On ne reviendra plus en arrière…

Les « Républicains » n’ont pas cherché à exclure cette fois les électeurs adverses mais ont tactiquement misé sur la « mobilisation différentielle » ; ils en ont fini avec la contestation devant les tribunaux en soulevant des arguties procédurales : pour eux il s’agissait de provoquer un coup de force afin de placer les élus sous la pression de l’émeute pour renverser le résultat d’un vote démocratique. Or cette stratégie n’a pas été condamnée par la démocratie représentative avalisant l’idée qu’elle n’est pas illégale ! Trump jubile. Des lampistes n’ayant pas la lumière à tous les étages en seront les martyrs !

La contestation électorale aux USA appartient aux faits historiques.Trump a désormais porté les soupçons sur la validité des votes à un niveau inédit et a placé un « virus » durable et puissant dans le logiciel démocratique américain. Comment conduira-t-on dans quatre ans une compétition électorale avec un parti qui a fait son credo d’en refuser les résultats ? Le refus des Républicains de voter l’impeachment de Trump constitue un pari perdant et dangereux. L’impunité pour un acte d’agression contre les institutions politiques américaines est une bombe à retardement. Rassurez-vous ça viendra chez nous.