Comment la « politique » ressortira-t-elle de cette pandémie ? Rien que de lire ce mot beaucoup d’entre vous vont vite décrocher et tourner le dos à la chronique du jour. Plus rien, absolument plus rien ne peut réconcilier une majorité de Françaises et de français avec ce qu’ils appellent la « politique » ! Il existe même un véritable rejet pour tous les mouvements ou les partis ayant la volonté de prôner des idées ou des valeurs. Cette situation constatée par les études et les sondages a tout lieu d’inquiéter fortement.

Les personnes, les grands noms parviennent à tirer au gré de leurs décisions ou de leur exposition médiatique leur épingle du jeu. La simple répétition à satiété de leurs noms, les invitations incessantes dont ils bénéficient sur les plateaux parisiens, leur sens des fameuses « petites phrases » suffisent à leur conférer un statut de premiers rôles au théâtre de la politique.

Pour parvenir à ce niveau de premier ou de second rôle il faut avoir simplement une vraie culture de comédien.ne. L’avantage actuel c’est qu’il faut être concis partout où l’on passe et donc il suffit de maîtriser quelques mots-clés préparés par les fameux « communicants » pour remplir sa mission « idéologique ». Chaque semaine désormais, si l’actualité ne fournit pas de sujets, il suffit de lancer une polémique. Exemple récent très représentatif : « l’islamo-gauchisme » qui cache tout le reste durant des heures et des heures de télé!

N’ayant plus aucune perspective autre que celle du renouvellement présidentiel, les électrices et les électeurs vivent donc hors des débats, hors des confrontations sur l’avenir, hors des références au passé, hors des références à la raison, hors des repères culturels. Cet appauvrissement général va altérer le fonctionnement démocratique durablement et conduire aux pires catastrophes.

Les institutions de la France sont en effet à bout de souffle, usée et surtout inadaptée aux évolutions sociétales et sociales. La pandémie va accentuer ce phénomène : la verticalité du pouvoir aggravée par la gestion de la crise, contribue à creuser le fossé entre les dirigeants « politiques » et les citoyen.ne.s. C’est une évidence ! Chaque jour la décentralisation s’efface. Chaque jour la concertation devient accessoire. Chaque jour les gens attendent la nature des décisions qui leur sont imposées. On est loin, très loin du « partage du pouvoir » (1) qu’impliquera tôt ou tard la démocratie représentative à tous les niveaux.

Associations en sommeil ou en catharsis, partis exsangues en nombre de militant.e.s et pour d’autres sur le plan financier, électrices et électeurs indifférents et institutions parlementaires ligotées par les majorités : il n’y a plus aucune place pour le « politique ». Dans un tel contexte la réflexion sur le fonctionnement des institutions apparaît pourtant nécessaire, mais vitale pour accompagner la sortie de crise. Le « fameux monde d’après » que l’on a promis s’estompe faute de leader incontestable pour le porter !

Le mal s’incruste dans l’opinion dominante selon le baromètre du Cevipof (2). « Parmi les qualificatifs suivants, quels sont ceux qui caractérisent le mieux votre état d’esprit actuel ? », la lassitude revient dans 41 % des cas. Ce qualificatif ne revenait que dans 10 % des cas en février 2020, avant le confinement, et dans 28 % des cas en avril 2020, en plein confinement.

Viennent ensuite la morosité (34 % des cas, en hausse de 12 points par rapport à février 2020) et la méfiance (28 % des cas, en baisse de 2 points par rapport à février 2020). Du côté des qualificatifs positifs, la sérénité et la confiance reviennent toutes deux dans 15 % des cas, en baisse respectivement de 6 et 3 points par rapport à l’année dernière.

La suite est pire avec une réponse à la question sur la politique : « Quand vous pensez à la politique, pouvez-vous me dire ce que vous éprouvez d’abord ? », 77 % des Français répondent un mot négatif. Celui qui revient le plus souvent est la méfiance, cité dans 39 % des cas, en hausse de 2 points par rapport à février 2020. Viennent ensuite le dégoût (23 %) et l’ennui (12 % ). 10 % des sondés ont pour première réponse l’intérêt. Ils sont seulement 4 % à avoir pour première réponse le respect.

Cette étude pose un vrai problème. Que va-t-il se passer quand la « peur » de la Covid-19 qui a permis une « acceptabilité » des mesures contraignantes s’estompera ? 41 % des Français disent en premier lieu éprouver de la lassitude et 34 % de la morosité. Ces deux sentiments sont en forte augmentation par rapport au mois d’avril 2020, tandis que la… crainte recule de treize points et l’hostilité aux vaccins reste à 30 % ! La politique aura bien du mal à convaincre dans les semaines qui viennent de son utilité.

(1) Lire « Le partage du pouvoir local » éditions Le Bord de l’eau

(2) « Baromètre de la confiance politique » du Cevipof, dont Le Monde a publié les principaux résultats