L’isolement prend des allures de catalyseurs des maux dont souffre une société qui se pense pourtant protectrice. Inévitablement compte tenu des contraintes de la lutte contre la pandémie, il prend une place croissante dans nos vies. Qu’il soit volontaire ou obligé le retrait de la vie sociale conduit à des situations de fragilité propices à toutes les exploitations.

Les personnes âgées souffrent particulièrement d’un contexte ressemblant parfois pour elle à un abandon pur et simple. Les plus jeunes se replient sur des écrans distillant des images ou des propos dangereux pour l’équilibre psychique de celles et ceux qui les reçoivent sans filtre. On vit refermé sur ses pensées plus ou moins noireS. Bref « l’individu » n’a jamais été en position aussi fragile.

Par exemple les dérives sectaires exploitations souvent secrètes de ces faiblesses provoquées par l’isolement ne cessent de croître. On croît tout et n’importe quoi dès que l’on n’a plus de partage culturel, social ou affectif. Or la période révèle que l’irrationnel envahit progressivement davantage d’esprits livrés à eux-mêmes.

Ainsi environ 500 groupes de dérives sectaires ont été dénombrés en France selon un travail d’enquête effectué par la Mission interministérielle de Vigilance et de Luttes contre les dérives Sectaires ( Miviludes). Ce ne sont plus les grandes organisations d’exploitation de l’Homme par des théories pseudo-religieuses ou scientifiques qui inquiètent mais de multiples groupuscules diffus, surtout en zones rurales.

La pandémie générant de fortes inquiétudes sur la santé on assiste à l’éclosion de théories de médecines alternatives plus ou moins farfelues prônées par des « gourous » autoproclamés. Leurs adeptes seraient 140.000 en France, dont, ce qui devient très inquiétant, une majorité de mineurs. Il y aurait en effet selon l’enquête 90.000 enfants et adolescents embarqués dans ces processus pour le moins inquiétants. Lors de l’année écoulée, 3000 signalements ont été envoyés aux agents de la Miviludes « dont 700 ont été évalués comme sérieux » a expliqué la Ministre de la Citoyenneté. .

La peur de la Covid-19, les controverses autour des traitements, les multiples annonces démenties par les faits, la défiance vis à vis de la science incapable d’afficher des certitudes, conduisent à des comportements refuges. Quand les déserts médicaux avancent, quand les services publics disparaissent, quand l’habitat étalé éloigne des lieux d’activités partagées la tentation de se tourner vers ce que la Ministre appelle pudiquement « des offres alternatives » s’accroît.

Tous les jours ou presque via Internet arrivent des traitements miraculeux ou présentés comme d’une efficacité garantie. Derrière il y a des femmes et des hommes prêts à exploiter la crédulité et la faiblesse de celles et ceux qui ne peuvent dialoguer, échanger, jauger ou refuser.

Le domaine de la santé voit donc fleurir de plus en plus de gourous en tout genre. Parmi les signalements recensés en 2020, 40 % concernent des questions de santé, de bien-être ou de médecine alternative; 25 %, des mouvements religieux, avec un regain des courants apocalyptiques. L’une des personnalités à surveiller est un adepte du jeûne et du crudivorisme, théorie que vous ne connaissez vraiment pas !

Il faut être en fâcheuse posture pour croire dans les vertus thérapeutiques face aux maladies graves des jus de légumes et de fruits crus alternant avec des séquences de jeûne. Ce prescripteur prétend que « la maladie n’existe pas (…) et qu’il n’y a que des symptômes », que l’on peut combattre, selon lui, sans traitements médicaux. Une enquête a été ouverte cet été par le parquet de Paris pour « mise en danger de la vie d’autrui » mais en attendant il capte des personnes fragilisées et selon des estimations 2 millions de chiffres d’affaires.

L’autre tendance qui gagne du terrain est celle des « stages survivalistes » à des prix prohibitifs, montés autour de « l’effondrement imminent de la planète » qui regroupent des gens de tous les horizons qui se laissent entraîner dans des groupes où se mêlent le paramilitaire, l’auto-défense, des orientations ethniques ou une culture anti-système simpliste.

Se trouve aussi dans ce rapport une forte alerte sur « le développement de la mouvance complotiste QAnon » en France, avec selon certaines sources une quinzaine de signalements et témoignages concernant cette galaxie arrivée des USA . La parcellisation des structures d’accueil de ces propagandistes rend leur repérage plus difficile.

La pandémie laissera derrière elle à moyen terme ces cellules « déraisonnables » susceptibles de contaminer plus largement une population fragilisée mentalement. En période de crise la tendance à « croire » a toujours conduit aux pires excès.