Depuis plusieurs années à travers les structures que j’ai créées à cet effet, je tente de transmettre ce que la vie publique m’a appris. En renonçant à ce qui doit participer de l’éducation citoyenne, les personnes détentrices d’un vécu, quel qu’il soit, stérilisent les débats et favorisent le découragement de celles et ceux qui aspirent aux responsabilités. Bien évidemment il y a à la fois chez les dispensateur.trice.s d’expérience et c’est le plus surprenant chez ceux qui doivent recevoir une propension à prétendre tout savoir. Et pourtant…

Je m’évertue à transmettre, depuis des décennies, chaque fois qu’on me le demande, comme bénévole, de tenter de partager tout ce que j’ai pu apprendre, accumuler, expérimenter, apprécier ou abandonner. Un vrai travail que j’estime militant et dont je ne me suis jamais départi. Avec l’association « Gironde citoyenne », en difficulté depuis que la pandémie altère les échanges sociaux, avec la publication du livre « Le Pouvoir Local » (1) ou avec la participation à des formations des élu.e.s, avec la diffusion de ces chroniques sur Roue Libre depuis plus de 15 ans ou avec l’organisation de débats ou de transmissions internet… je tente de lutter contre l’effet désastreux des approximations ou des manipulations politiciennes en tous genres. Renoncer serait vraiment perdre pied avec un engagement de maintenant plus de 50 ans.

J’étais hier en Corrèze avec de nouveaux élu.e.s municipaux de petites ou de toutes petites communes. Un moment passionnant car au plus près des réalités de fonctions entamées dans les pires conditions. On oublie trop que les équipes nouvellement entrées en fonction ont été plongées dans un monde totalement différent de celui qu’ils avaient espéré en participant à un scrutin pour le moins agité.

Parmi la douzaine de personnes présentes, un ancien maire, toujours élu après 43 ans de mandat et surtout une jeune femme devenue maire d’un village de 88 âmes dans une campagne certes verdoyante mais guère fréquentée. Une battante, avide d’apprendre et de comprendre, émouvante par son envie farouche de faire vivre ce en quoi elle croît pour sa commune. Elle m’a sécoué par son dynamisme et son engagement. 

« J’ai découvert la fonction et j’y consacre plus de soixante heures par semaine en essayant de tout partager avec mes collègues » expliquait-elle. Je vais abandonner mon travail mais je sais déjà, seulement après un an de mandat, que je ne le renouvellerai pas en 2026 ! » Terrible d’entendre qu’il lui aura fallu aussi peu de temps pour se rendre compte de l’exigence de la fonction.

 

 Elle était venue avec sa préparation budgétaire et les éléments qu’elle possédait pou bâtir un document dont il lui fallait tout apprendre. « Je ne renoncerai pas. J’ai été élue et je finirai mon mandat même si c’est difficile. Rien que pour réunir le conseil c’est compliqué entre le restaurateur qui ne peut pas venir le samedi matin quand il travaille, l’éleveur qui doit effectuer la traite et les retraités qui ne sortent pas le soir. La difficulté d’exister dans une communauté de 71 communes est bien réelle… Je découvre !»

On se sent mal à l’aise face à tant de pugnacité car il faut se demander ce que le système qui est le nôtre, a prévu pour soutenir les citoyen.ne.s qui s’engagent localement. En première ligne dans la période actuelle, sans moyens réels pour trouver les solutions, frustrée par les aléas l’empêchant d’animer un lieu culturel récemment aménagée elle a besoin d’être rassurée. Hors devant elle il n’y a que des incertitudes. 

Chaque fois que sur les chemins du militantisme je croise de « belles » personnes similaires à cette jeune mairesse, je me rassure : il existe partout au niveau local des énergies susceptibles de faire évoluer l’engagement citoyen. J’avoue éprouver le sentiment rassurant de rester dans la lignée des valeurs qui sont les miennes et d’être fidèle à mes convictions. Transmettre pour que la vraie politique, celle du quotidien, puisse résister à cette déferlante médiocre venue par écrans interposés devient une œuvre de salut public. Ravi d’y prendre ma modeste part !

(1) Le partage du pouvoir local Editions Le Bord de l’Eau 20 €