Bords de la Garonne dans Bordeaux bondés… Bords de la seine et du Canal Saint Martin gavés de monde… Rives du canal du Midi interdites après avoir été envahies samedi… Communes de bord de Méditerranée sous confinement et stations de montagne des Alpes maritimes surchargées… Partout le même phénéomène : le besoin de sortir a été plus fort que la peur de la COVID. Les variants n’affolent pas grand monde et les statistiques de contamination en hausse régulière pas davantage.

Plus le soleil va percer la grisaille de la période actuelle et plus les attitudes grégaires de reconquête d’une maigre liberté de disposer de son temps entre 6 heures et 18 heures vont être difficilement contenues. Est-ce une insouciance coupable ou tout simplement un besoin irrépressible ? Bien évidemment, selon les appréciations que l’on porte sur la réalité de la crise sanitaire, les avis divergent. N’empêche qu’il faudrait réaliser une vraie analyse de l’efficience des mesures décidées par les politiques pour progresser. Un exercice auquel ils ne sont guère habitués et qui tourne toujours à l’autosatisfaction. Une évaluation sommaire servirait à constater que les demi-mesures ne permettent pas d’atteindre les objectifs fixés.

Le « climat » sociétal dégénère puisque une gouvernance à tâtons ne recueille plus la confiance de pans entiers de l’opinion publique et notamment des jeunes. Comme ils ne peuvent pas accéder aux vaccins et qu’ils voient leur avenir s’obscurcir alors autant pour eux se faufiler dans les créneaux leur démontrant qu’ils ont encore une opportunité d’exister. Bien plus que pour les personnes les plus âgées le lien social leur manque de plus en plus. Ils ne tiendont pas longtemps. 

Faut-il craindre un printemps agité pour peu que les circonstances se prêtent àa contestation ? Le joli mois de mai avec ses « ponts » deviendra-t-il vite explosif si les interdictions s’amplifient ? Plus le temps passe et plus le risque d’une prise de décisions deviendra prégnant sur cette catégorie sociale. Le pouvoir en place se promène chaque jour sur le fil du rasoir et les comportements de ce dernier dimanche de février en attestent.

Voir des policiers pousser, sans un incident majeur, vers un ailleurs que l’on ignore, des centaines de Parisien.ne.s plus ou moins masqués laisse augurer des situations plus compliquées à l’avenir. Le déplacement d’une foule maugréant et lambinant pour quitter les lieux qu’elle avait investis, trahit de possibles comportements moins résignés dans les prochains mois. La menace des 135 € n’a en effet de l’impact que sur celles et ceux qui rament pour survivre et donc il y aura des rébellions. 

Dès 15 h, les forces de l’ordre ont bloqué à Paris certains accès : trop de monde ! Le célèbre Préfet de Police de la capitale a fait déployer 3 600 policiers et gendarmes pour que soit respecté le port du masque et couvre-feu de 18 heures. Un effectif exceptionnel pour démontrer que les mesures à venir auront comme justification, ce manque de respect de consignes réputées protectrices. Qu’il soit anglais, sud-africain, brésilien ou simplement bien de chez nous le virus doit aimer les beaux jours  comme ceux que nous traversons. Il ne se contente pas de proliférer mais il laisse derrière lui des séquelles sociales dangereuses.

On ressent bien que la pandémie a accentué de nouvelles fractures. Sortir, partager, s’aérer, goûter à la liberté de se plonger dans la nature n’a vraiment pas le même sens en milieu urbain dans un contexte urbanistique contraint et dans les zones rurales ou périurbaines pavillonnaires. Cette réalité d’enfermement surtout pour les habitant.e.s les moins fortunés des villes ou de certains quartiers où la très grande majorité des habitant.e.s n’ont ni la possibilité d’acheter » à la campagne, ni celle de s’y rendre pour rentrer avant 18 heures.

Se protéger en continuant à vivre librement nécessite indubitablement des moyens financiers convenables. Dans les Alpes-Maritimes le fait de posséder une réservation hors zone confinée ou une maison a permis à certains d’échapper au confinement qui frappait les communes du littoral. Le Préfet avait souligné qu’un document justifiant d’une réservation était une raison valable de déplacement pour se rendre dans une zone non confinée ou pour en revenir. Pour la très grande majorité ce week-end se résumait à l’appartement habituel avec une sortie d’une demi-heure au pied de l’immeuble. La fracture « financière » va donc s’accentuer lors des prochains confinements partiels du type niçois !

L’Allemagne construit des « murs » virtuels pour se protéger des manquements extérieurs à son territoire. La Grande-Bretagne libérée des contraintes d’une commission européenne incapable d’imposer quoi que ce soit aux fournisseurs de vaccins accélère sa lutte contre la pandémie. Ailleurs les pays prisonniers de l’absence de vaccins avancent les yeux bandés. Il ne suffit plus chez nous de s’autoproclamer les meilleurs pour convaincre.

Une « drôle de guerre »des années 30 du siècle dernier a débouché sur des événements dramatiques souhaitons qu’elle ne revienne pas dans l’actualité.  Chaque acte durant cette période a d’autres conséquences que sanitaires. Un sentiment d’injustice latent s’installe. Il est encore refréné chez bien des gens par la peur du lendemain mais il risque se libérer tôt ou tard avec des conséquences imprévisibles. Une implosion n’est plus impossible.