Tous les clubs de football de la Ligue 1 française se trouvent au bord du précipice où s’engloutissent les millions des retransmissions télévisées ou ceux de financeurs courant après une notoriété qu’ils n’auront jamais. Dans des stades déserts se déroulent des rencontres qui, dans le fond, ne passionnent plus guère que des supporteur.trice.s irréductibles mélangeant une forme de fanatisme incontrôlable et d’idolâtrerie aveugle. Or derrière les naufrages qui se préparent il y a souvent un contexte délétère dont on ne tient pas compte pour jauger la situation d’un professionnalisme en décomposition.

Il est par exemple illusoire de penser un seul instant que le club est au centre des préoccupations de la très grande majorité de ceux qui portent son maillot. Il n’arrive qu’au quatrième rang de leur préoccupation, loin derrière celle de l’appât du gain qui reste, certes leur obsession mais surtout celles des cercles les plus importants qui gravitent autour d’eux : l’agent et les proches ! Le joueur est devenu une marchandise abstraite qui fait vivre ou survivre des personnes totalement étrangères au football.

Les intermédiaires agréés ou occultes deviennent les plaies du ballon rond réputé de haut niveau. L’essentiel pour ces hommes d’affaires pratiquant l’exploitation de l’Homme aux pieds agiles réside dans le parasitage financier. Il gère tout, chaque jour, avec un seul objectif : tirer le maximum de fric de leur prise de la guerre souvent très jeune. Les contrats imposés aux clubs expliquent alors très souvent des situations incompréhensibles sur le plan sportif.

Actuellement, au moment de la signature, les clauses exigées par les agents n’ont souvent aucun lien avec le sport. L’un demande une prime si son joueur obtient par exmple plus de tel nombre de suiveur.euse.s sur Twitter et exige la médiatisation forcenée de son protégé, l’autorisation pour lui de faire des déclarations libres ou qu’on le cite lors des conférences de presse. La surenchère ou la pipolisation des vacances, des soirées, des excès en tous genres sont considérées comme profitables au club dont tout le monde cause en bien ou en… mal !

L’autre inscrit dans le contrat un nombre minimum de matches que devra jouer son poulain quel que soit son niveau et des primes particulières pour qu’il accepte de cirer le banc des remplaçants. Si les engagements ne sont pas tenus par l’entraîneur des dédommagements conséquents seront automatiquement accordés. Il est même précisé que si le joueur est écarté des titulaires, le staff devra trouver une explication médicale genre « douleurs dorsales », « légère élongation », « problème musculaire » ou une bonne vieille « gastro » pour justifier qu’il reste dans les tribunes.

Les agents prennent des pourcentages sur les primes, sur les salaires, sur les contrats, sur tous les faits et gestes et c’est la raison pour laquelle les parents, les frères, les oncles deviennent souvent des interlocuteurs directs des clubs. On a même vu dans un club de D1 l’imam venir chaque semaine au centre de formation récupérer des parts de salaire pour la mosquée ou le famille au « pays ». Les dirigeants et les responsables techniques ne maîtrisent plus rien et s’inclinent devant ces exigences.

Des clubs sont gangrenés par ces tristes réalités. Il existe par exemple des pré-contrats signés entre avocats pour des transferts six mois avant la date officielle des transferts. Ces documents permettent à celui qui est concerné de refuser ouvertement de jouer « pour ne pas se blesser » mais de s’entraîner normalement pour se préparer à sa future carrière Outre-Manche. Et si par hasard il entre sur la pelouse son seul objectif est d’éviter les tacles et de ne surtout pas prendre de risques. L’entraîneur doit composer avec ces attitudes ! Il est totalement impuissant surtout quand il y en a quatre ou cinq dans l’effectif. Et alors le Président…

Il faut ajouter à ce type de situation les contrats en cours de renouvellement avec des agents dans l’état d’esprit signalé ci-dessus. Le « toujours plus » constitue la règle et l’attitude du joueur s’en ressent forcément. Tous ces paramètres n’ont cessé de polluer ce qui ne sont plus des « clubs » mais des conglomérats d’intérêts particuliers. Rien n’arrêtera, sauf un krach improbable, le marécage dans lequel a plongé le foot français.

Il faut un home-cinéma devant le brancard sur lequel se trouve le patient manipulé par l’ostéopathe ; la salle de musculation ressemble à une gigantesque boîte de nuit ; les casques isolent les individus durant des heures et les écrans les rendent indifférents à tout et surtout aux autres. Bon nombre d’entre eux préfèrent une victoire virtuelle à une victoire sur le terrain. Les entraîneurs, premières victimes de ce contexte, préfèrent désormais démissionner s’avouant incapables de gérer ce méli-mélo d’egos pour constituer une équipe. Mais bien évidemment toute ressemblance avec un club ou un autre ne serait que pure coïncidence. Chut…ça n’existe pas !