La violence traverse l’écran pour s’étaler en bandes

Ils avaient une quinzaine d’années, ces jeunes qui sont tombés sous les balles assassines au nom de principes malsains que notre société pensait avoir éradiqué par l’éducation. Vengeances aveugles, règlements de comptes ciblés, assassinats prémédités : la violence se traduit en actes extrêmes vis à vis d’adolescents tombés trop tôt dans le monde des adultes. Les expéditions punitives collectives affectent de plus en plus ouvertement les établissements scolaires ou leurs abords.

Trois adolescents âgés de 15 ans et moins sont morts en l’espace de quelques jours en région parisienne. Deux sont morts dans le cadre de rixes entre bandes rivales dans l’Essonne, et le troisième a été tué par balle à Bondy, en Seine-Saint-Denis. Ils ont pour point commun le cadre de rivalités entre groupes de jeunes.

La première victime est même une jeune collégienne de 14 ans prénommée Lilibelle. Elle a reçu un coup de couteau à Saint-Chéron lors d’un affrontement collectif. Six mineurs ont été mis en examen après ce meurtre, et l’un, qui a admis avoir porté le coup mortel, a été placé en détention provisoire. Non seulement les victimes sont trop jeunes mais les meurtriers ne sont guère plus âgés qu’eux

Le mois de janvier avait déjà été marqué à Paris par la violente agression du jeune Yuriy dans le cadre d’une rixe. L’adolescent de 15 ans avait été passé à tabac sur la dalle du centre commercial Beaugrenelle, dans le XVe arrondissement de la capitale. Onze jeunes sont mis en examen dans le cadre de cette affaire, et six sont incarcérés.

Il est difficile d’oublier qu’un groupe de jeunes se trouvant sur une place au cœur des Aubiers, une cité du nord de Bordeaux, avait été en début de 2021 la cible de tirs en rafale à l’arme automatique depuis un véhicule passant à leur hauteur. A 16 ans Lionel avait trouvé le mort dans cet épisode d’un conflit opposant là aussi, des « bandes » de quartiers différents.

Entretenue par les réseaux sociaux cette appartenance « territorialisée » a tout lieu d’inquiéter au plus haut point les responsables locaux à tous les niveaux car elle progresse dangereusement. Des guerres larvées ou ouvertes naissent chaque jour avec comme corollaires des comportements d’une violence exceptionnelle. Elles sont portées par des motifs liés à des zones « marchandes » de trafics ou des querelles de cours de collège ou de lycée.

Au total, 357 affrontements entre groupes de quartiers rivaux ont eu lieu en France en 2020, selon un bilan de la Direction générale de la police nationale soit une hausse de 24% en un an. La période concernée a pourtant été marquée par la période du confinement et les couvre-feux qui auraient pu diminuer les risques de confrontations de ce type.

Ces affrontements entre bandes rivales auront causé en un an , trois morts et 2018 blessés dont 41 par armes blanches, 68 par armes par destination comme des béquilles, des battes de base-ball… et maintenant des armes de guerre qui ont pris place dans les arsenaux de ces groupes se lançant des défis virtuels avant de passer aux actes.

Il y a eu à toutes les époques des affrontements de ce type dans toutes les villes ou tous les villages. La dérisoire mais tellement tendre « guerre des boutons » illustre d’ailleurs ce que l’enfance portait comme reproduction des querelles de « clans » ou de «  bandes ». Les bals champêtres donnaient lieu à des échanges de quelques horions, de pluies de gnons, des pignes à profusion avec des conséquences pour les portraits, les dents ou le cuir chevelus mais jamais très graves. Quelques points de part et d’autres et des promesses de revoyure rarement tenues. 

En fait les querelles de quartiers ou de clochers ont toujours existé et elles se règlaient sur le pré…. servant de terrain de sport. Des rivalités parfois historiques trouvaient leur exutoire dans une mêlée relevée, un tacle ravageur, des échanges de coups de parapluie entre dames dans les tribunes ou des « mises aux poings » viriles mais correctes.

Plus de rugby, plus de foot, plus de défis organisés depuis des mois mais une vie virtuelle à travers des jeux vidéo où tuer devient un acte banalisé puisqu’il est possible de tout annuler et de recommencer sans aucune retenue. Des heures et des heures d’écrans dégoulinant de violence, de meurtres, de viols, de guerres de gangs ou de bandes font du passage à l’acte un événement ordinaire d’affirmation d’une entrée prématurée dans l’âge adulte.

La carence actuelle en animations associatives (pandémie et fuite des bénévoles), les difficultés de toutes les organisations collectives et notamment celles des clubs essentiels sur tous les territoires accentuent les regroupements parallèles non gérés.  Quand nous rêvions de surclassement sportif nous permettant d’aller « combattre » avec les adultes pour un maillot, un club, une communauté de vie désormais il faut être porteur d’un acte démesuré pour passer ce cap devant la bande qui attend toujours l’outrance bestiale. Nous étions enfants vivant de la balle eux sont jeunes mourant sous les balles!

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9 réponses à La violence traverse l’écran pour s’étaler en bandes

  1. CHRISTIAN GRENE dit :

    Voilà bien un sujet sur lequel je ne veux pas m’étendre sinon pour dire; « Vivement que revienne la guerre des boutons »!

  2. Tusitala dit :

    Des bandes…des jeunes …
    Toujours pas de noms où rarement
    Pas de statistiques ethniques
    La lettre manquante de Lacan…
    Je me suis deja trop étendu …
    Je me rallie au déni …

  3. C. Coulais dit :

    Excellente émission à (r)écouter : « Mauvaise graine, apaches, voyous, blousons noirs, racailles : les mots changent mais la délinquance juvénile demeure. Issus des classes laborieuses, ces petits bandits vivent de quelques larcins, de friponneries, de fourberies… Une question revient sans cesse : quelle réponse apporter à la petite délinquance ? »
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/haut-les-mains-histoires-de-bandits-24-mauvaise-graine-la-petite-delinquance-sous-surveillance
    Avec Véronique Blanchard, docteure en histoire, responsable du centre d’exposition « Enfants en justice » à Savigny-sur-Orge (École nationale de protection judiciaire de la jeunesse), co-rédactrice en chef de la Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » (RHEI).

  4. Laure Garralaga Lataste dit :

    à Christian GRENE…
    « Sauf que la guerre des boutons » n’était pas une guerre « pour de vrai » comme aurait dit P’tit Gibus…
    à TUSITALA…
    En quoi « les statistiques ethniques » aideraient-elles à résoudre le problème ?

  5. CHRISTIAN GRENE dit :

    Chère Laure,
    je n’évoquais pas le livre de Louis Pergaud ni le film d’Yves Robert, mais la guerre des boutons de roses. Celles qui sont dans ma jardin et dont je t’enverrai un bouquet quand elles seront écloses.

  6. CHRISTIAN GRENE dit :

    PS: A Laure, cette précision: je voulais dire « mon » jardin… qui n’est donc plus secret.

  7. J.J. dit :

    Je ne suis pas un grand supporter de maître Dupont Moretti, mais je pense que son projet de filmer les audiences de tribunaux n’est pas une mauvaise idée.
    Quelques retransmissions permettraient peut être à ces violents qui vivent dans « l’immédiateté » de prendre conscience de ce qui se passe « pour de vrai » après l’action violente, et non des salamalecs et des « objections votre honneur » cinématographiques qui donnent une image édulcorée de la justice.

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