Il y a des expressions dont nous avons toutes et tous entendu parler, mais dont nous ne connaissons pas le sens profond. En ce qui me concerne je m’aperçois depuis quelques temps, que j’ignorais tout de l’objectif porté par « coincer la bulle ». Je n’ai jamais eu le temps de méditer sur ce concept et plus encore je découvre que je ne sais pas par quel bout il me faut le  prendre ce qui constitue donc un problème. J’ai donc recherché ce que ce que recouvrait cette intention que parait-il nous avons tou.te.s en nous après une période de sur-activité.

En fait quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’origine de cette technique de déconnexion avec le travail ou les préoccupations pesantes du quotidien était militaire. Je pensais avoir été plus « tire au flanc » que coinceur de bulles lors de mon passage sous les drapeaux mais il faut que je me fasse une raison les spécialistes sont formels : l’armée est le creuset de la bulle coincée.

En effet, la formule a été empruntée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, au milieu du XX° siècle. A l’époque, dans un mortier d’artillerie, il existait une plaque qui, pour que l’engin soit opérationnel, devait être parfaitement horizontale, ce qui se vérifiait à l’aide du niveau intégré. Lorsque la bulle de ce niveau était « coincée » entre ses deux repères, le mortier était prêt à être utilisé. Les artilleurs n’avaient plus qu’à attendre les instructions et cela pouvait être long voire, très long…alors quoi de mieux qu’une petite sieste pour patienter. Étonnant !

J’en ai déduit qu’il fallait donc accompagner une inactivité volontaire d’un « canon » (Fronsac de préférence) pour être dans le droit fil de cette origine guerrière. En fait j’ai toujours eu l’impression d’être en guerre contre moi-même. Ne rien faire a toujours généré chez moi un malaise comme si je volais ce temps « perdu » aux gens qui me faisaient confiance.

Je pense sincèrement que le fait d’avoir toujours vu mon père en action du matin au soir et du soir au matin. Même lorsqu’il était en vacances il ne pouvait pas « coincer la bulle ». Il taillait les haies ou tondait les pelouses de l’hôtel où il avait l’habitude de se…reposer ! Il ne supportait pas l’inactivité ! Je pense être atteint du même mal, une sorte d’atavisme familial.

Existe-t-il une thérapie qui permettrait de se vider le cerveau, de ne plus réagir au quart de tour, de ne se chercher une utilité et se sentir obligé de répondre à toutes les sollicitations ? Je suivrais bien un régime spécial en la matière. Certain.e.s me disent qu’avant de la coincer la bulle, il faut se la construire. Pas si facile que ça puisqu’une sonnerie de téléphone, un simple mail, un SMS la font éclater en une fraction de seconde.

En fait j’ai découvert que le couvre-feu constituait peut-être une opportunité de se replier sur un espace clos permettant justement de s’isoler tant bien que mal du monde extérieur. Le résultat est à double tranchant puisque le temps passe probablement plus vite lorsque l’on a l’opportunité de sortir et aller vers les autres. Vivre dans sa bulle n’est pas nécessairement reposant ! Il vaut mieux la partager pour qu’elle prenne toute sa valeur et devienne un lieu d’échange ce qui est beaucoup plus confortable que la solitude.

Des petits malins prétendent qu’avec une solide album de bande dessinée l’approche est plus facile. L’évasion par la lecture aussi mais est-ce vraiment « orthodoxe » puisque si j’en crois la définition originelle il ne faut avoir aucune activité cérébrale au point de se laisser endormir. La sieste constitue à cet égard une bonne approche et une excuse pour calmer sa culpabilité. On sombre sans le vouloir vraiment et donc on se dédouane aisément vis à vis d’une conscience qui serait trop vive.

Le monde libéral confectionne des bulles en permanence si l’on en croit les médias : bulle financière, bulle internet, bulle immobilière… Toutes menacent parait-il d’éclater à tout moment ! L’inconfort de la situation incite justement à se confectionner la sienne et à s’y réfugier pour donner sa vraie valeur au temps. Je crois qu’il va me falloir souffler lentement dans la paille de la vie pour faire naître la mienne. Un vrai travail ! Je m’y mets chaque jour un peu et j’ai le plaisir de constater que j’avance.