Une décision « AstraZenecatesque »

Le 21 septembre 2000, Jacques Chirac s’exprime à la télévision sur France 3, devant Élise Lucet qui l’interviewe. «Hier, on faisait circuler une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m’aurait atteinte – sous-entendu, je ne serais plus capable d’assumer mes fonctions. Aujourd’hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque.» L’adjectif restera parmi les mots cultes de la politique et sera utilisé en de nombreuses autres circonstances pour celles et ceux qui ont eu le courage de se lancer dans son énonciation.

Depuis hier est apparu un concurrent sérieux  avec l’annonce brutale « AstraZenekateste » d’un autre Président de la République qui a emboîté le pas à l’Allemagne en suspendant la vaccination avec le produit de la perfide Albion ! En pleine montée en puissance de la protection contre la Covid-19 l’annonce liée à des effets secondaires inquiétants dans de nombreux autres pays a renforcé l’idée que nous n’en n’avons pas encore fini avec la pandémie.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (ANSM) expliquera que, « suite à la survenue de nouveaux cas inattendus d’événements thrombo-emboliques et de troubles de la coagulation dans plusieurs pays européens, nous avons recommandé de suspendre temporairement par mesure de précaution l’utilisation du vaccin.» Elle ajoute que « rien n’indique à ce stade que ces événements sont en lien avec la vaccination ». En outre, « ces événements sont rares » et « peu de cas ont été signalés en France, dont aucun cas de décès ».

Cette situation « AstraZenekateste » rappelle que de tous temps chaque arrivée d’un médicament et plus précisément d’un vaccin a soulevé des contestations liées à des situations jugées graves et inquiétantes. L’exemple dont je me souviens remonte à la fin des années 50 au siècle dernier alors que la poliomyélite faisait des ravages dans toutes les générations. Chaque pays connut « ses » grandes épidémies.

Vers 1930, de jeunes adultes contractèrent aussi la maladie et, vers 1945, des adultes plus âgés. Chez ces derniers, les séquelles étaient souvent plus graves. De 1945 à 1956, la polio s’étendit à un point tel que la psychose s’installa partout. Ces années-là, en France, on dénombra entre 1 500 et 2 000 cas chaque année pour passer à plus de 4 000 en 1957 (j(étais au CM 1)  et 2500 en 1959. Il y avait, dans quelques familles des réticences et même des oppositions à l’administration de ce qui a permis en 1992 d’éradiquer totalement la maladie en France !

Il y a un peu moins de deux ans au Pakistan des événements d’une gravité exceptionnelle se sont produits autour des vaccinations contre la polio. Des dizaines de milliers d’enfants avaient été transportés d’urgence dans des hôpitaux du Nord-Ouest après de fausses rumeurs ayant fait état de réactions à un vaccin contre la poliomyélite. Des phénomènes exceptionnels avaient pris une amp

Une vaccinatrice et deux policiers encadrant des équipes anti-polio avaient également été tués, et des dizaines de vaccinateurs battus ou harcelés après ce mouvement de panique. À Islamabad, 10 000 refus de vaccination étaient recensés chaque jour la semaine dernière, contre 200 à 300 auparavant sur toute la durée d’une campagne, selon un cadre du programme anti-polio. Aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité de ces violences.

Heureusement on n’en est pas rendu à cette extrémité avec l’AstraZeneca. Pourtant alors que la défiance à l’égard de tout ce qui vient du pouvoir centralisé s’accroît chaque soir un peu plus, le système vient d’essuyer un échec retentissant. Comment va-t-on reprendre les discours sur la nécessité d’effectuer une double démarche : se protéger et protéger les autres ? Il faudra bien des arguments pour éviter que le syndrome du complot soit gommé en quelques heures. Surtout que le principe de précaution invoqué ne semble pas toucher grand monde à part les convaincus de la dangerosité des vaccins.

D’ailleurs les organisations médicales n’y vont pas avec le dos de la seringue. Le Président de Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), pique où ça fait mal : « C’est une décision très politique et c’est très clairement un coup dur pour la vaccination. Elle (la décision) n’a aujourd’hui n’a aucune base scientifique et qui, en tant que médecin, me pose vraiment problème. » Il rappelle que  « tous les effets secondaires avec ce vaccin, ce sont simplement des syndromes grippaux qui durent 24 à 48 heures. Je note quand même que les Anglais ont vacciné 20 millions de personnes sans problème ». Le Président de La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) précise quant à lui que « les deux effets » indésirables décrits « ne sont pas de même nature, une arythmie dans le sud de la France, un problème de thrombose au Danemark ». Pourra-t-on longtemps se retrancher derrière une double peur inconciliable: celle d’être contaminé médicalement et celle d’être vacciné politiquement ?

 

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13 réponses à Une décision « AstraZenecatesque »

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    La France touchée par « le principe de précaution » !

    Loin de moi l’idée de vouloir me mettre en avant… Un simple témoignage parmi d’autres :
    Sollicitée par mon médecin de famille (comme on disait autrefois), samedi dernier, Pierre (80 ans le 23 mai prochain) et moi (82 ans aujourd’hui) avons été vacciné.e.s avec AstraZeneca (la margarine comme l’appelle Pierre, car Astra était la marque de la margarine de notre enfance). Depuis, symptômes (?) = 0000000000. Prochain rendez-vous pris pour le 2e rappel ? Samedi 5 juin. Souhaitons que d’ici là, ces messieurs et mesdames ( scientifiques et politiques) se seront mis d’accord !

    • François dit :

      Bonjour @LAURE GARRALAGA LATASTE !
      Et BON ANNIVERSAIRE Madame ! En vous souhaitant ( à tous les deux !) une parfaite et efficace réussite de la margarine (! ! ! ) même si elle inquiète (un peu) quelques soignants proches ! Personnellement, j’attends et observe …les gestes barrières comme pour toutes maladies virales !
      Respectueusement.

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        Votre « bon anniversaire » me va droit au cœur. Merci. Mais je vous dois des excuses : mon anniversaire n’est pas aujourd’hui mais le 7 février. Dans mon texte, aujourd’hui voulait dire « maintenant ». Quand je dis qu’il faut tourner 3 fois sa plume dans l’encrier avant d’écrire… Hi ! Hi ! Hi !

    • Laure, tu me donnes l’occasion de revenir sur notre précédent échange ici-même (merci Jean-Marie☺) : effectivement tu me précèdes, mais de 10 mois seulement.
      Astra, effectivement, mais aussi Excel. Si j’ai bonne mémoire Astra était du groupe Lesieur. Dans ces années d’après guerre, de rationnement puis de restrictions, ces margarines furent notre « beurre » sur tartines. En 1950, chez un oncle dans le Cantal, sur le pain de campagne j’ai appris à aimer le saindoux.
      Me mêlant de ce qui ne me regarde pas : comment se fait-il que vous n’ayez pas eu les deux doses Pfizer/Biontech (perso : 28 janvier et 25 février) ?

    • J.J. dit :

      Salut les gamins !
      Moi j’ai fêté (très modestement ) mes 84 « balais » lundi …
      Bon anniversaire quand même !
      À propos d’Astra, vous souvenez vous de la pub pour une autre margarine de la fin des années 50 : » À propos, avez vous goûté Planta ? »
      Moi j’ai eu droit à Pfizer, le grand copain à notre petit président. Un peu fatigué le lendemain, mais je suis né comme ça.

  2. Denise Greslard Nédélec dit :

    Encore une décision prise « au doigt mouillé », ou « à l’mpulsion du moment », comme le fait régulièrement ce Président, donnant encore une fois l’impression que toute opinion vaut les autres…….
    Et les médias, qui n’ont pas beaucoup à se mettre sous la dent, de tourner en boucle sur le sujet, renforçant la défiance envers la science et envers les politiques ! On est tombé plus bas encore que je ne le craignais.
    Des fois, je me dis qu’il y a des coups de pied au cul qui se perdent (comme aurait dit mon père!)

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Et pas que votre père chère Denise… !

    • François dit :

      Bonjour@Denise Greslard Nédélec !
      Aaaah les médias ! Depuis ce matin (à ma connaissance!), ils ont trouvé le scoop du siécle ! On a découvert un variant breton … INDETECTABLE ce qui laisse entendre que, ce variant étant (bien sûr!) TRES contagieux, tous les testés négatifs sont en danger pour eux et leurs voisins! La cata ! ! !
      Oui, vraiment des coups de pied au cul de perdus, mais surtout un confinement sans fin pour tous ces dégénérés dangereux !
      Respectueusement

      • Laure Garralaga Lataste dit :

        Pauvres Bretons, accusés d’être responsables d’un variant encore plus dangereux puisque indétectable !
        On ne devrait pas stigmatiser des populations en donnant leur nom à d’aussi graves pandémies ! Cela me rappelle « la grippe espagnole » (191, entre 20 et 100 000 millions de morts !) qui n’avait rien d’espagnole mais qui, bien encrée dans le cerveau des Français, valut aux réfugiés espagnols de 1939 un accueil glacial… On ne devrait pas qualifier ces pandémies du nom d’un pays!

    • J.J. dit :

      « Encore une décision prise « au doigt mouillé », ou « à l’impulsion du moment »,

      Et surtout pour suivre en bon toutou mémé Angela !

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