Histoire d’une rédaction d’une autre époque

Parmi les souvenirs que j’ai conservés de mon parcours scolaire, il y a maintenant plus de 62 ans, se trouve une « rédaction » alors que j’avais eu la chance d’entrer en classe se sixième au Cours complémentaire mixte de Créon. Dans les locaux flambant neufs(1) de ce qui allait devenir l’année suivante le Collège d’enseignement général, j’étais le seul Sadiracais admis avec Manolita garcia venue de l’autre école de Lorient. Tous les matins et toutes les fins d’après-midi, grâce au vélo acheté d’occasion au garde-champêtre, je « pédalais » vers le parcours scolaire que peu d’enfants pouvait alors espérer.

Le sujet donné par une délicieuse professeur de Français de passage, était assez simple mais ferait scandale à l’époque actuelle : « Parmi les grands Français dont parle notre Histoire, rois, ministres, écrivains, artistes, savants lequel a rendu le plus de services à notre pays ? Dîtes les rasions de votre choix «  . Imaginons combien cette vision très masculine de la célébrité serait vilipendée. Comme pour bien d’autres aspects de la vie d’alors nous jugeons avec les repères sociétaux actuels des personnes, des comportements, des événements. Je m’expose donc à la critique. 

Avec le recul j’ai bien du mal à savoir ce que ce prof très moderne (elle était mère célibataire ce qui dans la bastide n’était pas encore admis) habitant autour de la Place centrale, penserait maintenant de son initiative. Désormais la tendance consiste à passer toute l’Histoire au filtre de valeurs ayant favorablement évolué et d’en tirer des sentences sévères déconnectées du contexte dans lequel les faits ont été réalisés. Il y a eu durant des années une volonté de glorifier des personnages ayant permis de servir une certaine idée de la France.

Quand je relis cette rédaction du 23 mai 1959, il est indéniable que j’étais imprégné de cette culture que l’école publique Laïque dispensait pour avec des gravures symbolisant l’évolution d’un pays vers la République. Une vision certes simpliste mais dans le fond accessible à toutes et à tous ce qui constituait un bien commun transmis de génération en génération. Il n’y avait pas de place au doute. C’est ainsi que j’avais fait à 12 ans le choix de Napoléon Bonaparte.  Aïe ! Mes jours sont comptés et les commentaires vont fuser de tous cotés puisqu’en cette année du 200) anniversaire de sa mort une polémique légitime s’est installée autour de la réalité de son parcours dans l’Histoire. 

En vous livrant mot pour mot le contenu du texte que j’ai écrit il y a presque 62 ans j’espère seulement vous offrir une bouffée de ces années où je l’avoue on se posait beaucoup moins de questions sur l’Histoire.

« Parmi les grands hommes de l’Histoire de France j’ai choisi Napoléon Bonaparte. Descendant d’une famille au niveau social bas il est arrivé à obtenir le grade le plus élevé que pouvait avoir un français à son époque. Débutant à l’école de Brienne comme simple élève, solitaire, renfermé, il étudiait. Pendant les classes d’hiver dans la neige, il dirigeait les luttes téméraires. Il donnait l’exemple. Il était né pour commander. Puis à force d’études il arriva au grade de capitaine et défendit Toulon contre l’attaque anglaise.

A la célèbre bataille d’Arcole tous ses supérieurs étant tués il prend le drapeau et monte sur le pont sous le sifflement des balles et le grondement des canons. Ses soldats le suivent et il remporte une victoire éclatante. Ensuite à toutes les batailles d’Italie il combattit si vaillamment et eut tant d’initiatives qu’il fut promu général.

Napoléon remporta toute une série d’illustres batailles et sut tenir tête grâce à une intelligence exceptionnelle à toutes les armées coalisées contre lui.

Ils ut se rendre indispensable et après un coup d4eat se fit nommé consul à vie et ensuite empereur. Et à la suite de revers il dut se retirer à l’île d’Elbe. Mais de là grâce à tous les amis qu’il avait in revint en France. Malheureusement cette dernière campagne fut désastreuse et cette fois il fut déporté par les Anglais à Saint Hélène où il devait finir ses jours ruiné par le chagrin.

Napoléon avait non seulement le génie de la guerre mais aussi une puissance incroyable de travail. Ila fait le code civil, il a créé la Banque de France, l’université et la légion d’honneur qui existent encore de nos jours. Peu d’hommes ont eu dans l’Histoire une influence aussi profonde que lui.

J’admire Napoléon car il avait l’ambition de placer notre pays au-dessus de tout. Malgré les sacrifices qu’il demandait il était aimé. Ses grognards avaient pour lui un dévouement sans bornes car il était juste. »

Je ferai pénitence et je me retirerai sous ma tente avec honte et déshonneur. J’ai oublié le rétablissement de l’esclavage et les milliers de morts laissés sur les champs de bataille. Comme quoi on apprend à tout âge ! le tribunal des réviseurs de l’Histoire ne me le pardonnera pas. 

(1) Actuel bâtiment sur la rue Voltaire de l’école élémentaire Albanie Lacoume

Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

16 réponses à Histoire d’une rédaction d’une autre époque

  1. Laure Garralaga Lataste dit :

    Le problème avec ce personnage que tu as choisi, c’est que Bonaparte qui gagna la bataille d’Arcole deviendra Napoléon et perdra la bataille de Waterloo… »morne plaine » !

  2. Bonjour et Merci Jean-Marie de ta lettre de 1959 !
    Ce qui a attiré mon attention n’est pas le sujet que tu as choisi à l’époque mais ton écriture à l’encre qui m’a fait repenser aux encriers et aux différentes plumes que nous utilisions : de ronde ou de sergent-major et la calligraphie avec ses pleins et autres déliés…
    Que de souvenirs !
    Amicalement, Gilbert de Pertuis du 11-1939

  3. CHRISTIAN GRENE dit :

    Ce brin de nostalgie, Jean-Marie, me ravit. Il me rappelle ces quelques vers appris de la bouche même de mon grand -père qui était épicier à Prignac-et-Marcamps, terre natale de Max JeanJean. Très tôt, à l’école primaire, je récitais donc ce passage tiré d’un poème du grand Victor Hugo: « Les Feuilles d’automne » (1831):
    « Ce siècle avait alors deux ans. Rome remplaçait Sparte/Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte/Et du premier Consul déjà par maint endroit/l’empereur brisait le masque étroit ».

  4. J.J. dit :

    Il faut replacer l’affaire dans son contexte. 1959, on n’était pas encore très loin de la fin de la guerre, et l’héroïsme cocardier était encore à la mode. Et on nous « bourrait le mou » avec les opérations de soi disant maintien de l’ordre en Algérie, alors département français.
    Le militaire et le guerrier avaient la cote : Battez tambours, sonnez trompettes, trompez sornettes !

    Quand je pense aux bêtises qu’il m’a été donné d’écrire ou de dire à cette époque, j’en ai honte.

    N’oublions pas aujourd’hui, 18 mars 2021, le cent cinquantième anniversaire de la naissance de la Commune de Paris.
    27 ventôse 228
    Salut et Fraternité

  5. faconjf dit :

    L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord.
    Napoléon Bonaparte
    Empereur, Général, Homme d’état, Militaire (1769 – 1821)
    A la fin du XIXe siècle, l’école primaire, devenue obligatoire sous la IIIe République, se donne pour mission de transformer les enfants de différentes régions aux langues et identités encore marquées (Bretons, Basques, Occitans, etc.) en citoyens français. L’enseignement de l’histoire sert alors à montrer la grandeur et l’unité de la France, afin d’exhorter au patriotisme.
    La construction de ce « récit national » s’appuie sur les manuels de l’historien positiviste Ernest Lavisse, utilisés entre 1884 et les années 1950, qui déroulent des récits de conquêtes, d’épopées et de personnalités : Vercingétorix, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Napoléon… Dès la couverture, le Petit Lavisse enjoint aux élèves : « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle et parce que l’Histoire l’a faite grande. »
    « L’historien est bien obligé d’avoir recours à l’écrit, aux archives, mais l’écrit est trompeur. Il ne reflète pas la réalité. »
    Emmanuel Le Roy-Ladurie

  6. François dit :

    Bonjour J-M !
    Bien que cette écriture et cette mise en page ( double marge pour annotation et …correction!) me rappellent aussi des souvenirs … de premier stylo à encre Waterman, je m’attarderais sur le bandeau de ton feuillet où l’on constate (déjà!) ton aversion envers la règle de a et à, tirée du best-seller de l’époque, le petit livre bleu délavé de M. Édouard Bled et Mme Odette Bled instituteurs ( pas profs !). Ce chef d’œuvre de la littérature scolaire devait traîner dans le bas fond de ton cartable ! Malgré cela (et d’autres!), on peut constater la bienveillance de « la délicieuse professeur de Français » (!!) vu la note accordée …pour encouragement (?) certainement !
    Napoléon Bonaparte : un grand homme (oui, Mesdames!) malgré sa taille pour ce qu’il a apporté et que tu soulignes. D’autre, genre gendre rêvé des belles-mères, nous déclare « en guerre », mais laissera moins de bonnes traces. Mais il (N.B.) doit s’inquiéter pour son avenir à la vitesse où l’on déboulonne ou l’on maquille irrespectueusement les statues. « C ‘est l’époque ! Laissons les faire ! » me diras-tu … mais jusqu’où ? Les débordements arrivent très vite !
    J’arrête là mon propos car, comme le dit si bien @J.J., nous sommes dans la catégorie des radoteurs … donc par nature peu écoutés !
    Amicalement.

  7. Alain .e dit :

    Même type de rédaction pour moi en l’ an 1980 , et j’ avais choisis Zorro comme héros , avec succès d’où une très bonne note également.
    Voler aux riches pour donner aux pauvres , employé un handicapé muet comme une carpe et d’ épée …..
    Sans doute encore un prof gauchiste qui avait corrigé ma copie ….
    Aujourd ‘hui , Zorro serait trop violent , raciste, etc… comme Annie Cordy
    Vouloir réécrire l’ histoire au lieu de l’ apprendre sans recontextualiser celle ci est minable .
    Ras le bol de la cancel culture , ras la casquette des délires de l’ UNEF , je suis devenu un has been , mais c’ est mieux qu’ un never has been …..
    Cordialement

  8. Tusitala dit :

    Drôle de coïncidence…c’est également en septembre 1959 que je suis rentré en sixième classique au lycée de la reole
    A cette époque on était loin des délires racialistes et de l’écriture inclusive…!!!!

  9. Laure Garralaga Lataste dit :

    Manolita garcia ! mon sang n’a fait qu’un tour ! Je rectifie : Manolita García… Una compañera…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.