Normalement si les élections départementales sont maintenues dans le courant du mois de juin j’ai participé, après plus de deux décennies de présence ininterrompue, à mon denier conseil d’administration (j’ai particpé à absolument tous) du Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Gironde (SDIS). Des dizaines de réunions autour de la sécurité sous toutes ses formes des biens et des personnes sur le territoire départemental et aussi extraordinaire que cela puisse paraître une continuité dans les sujets évoqués.

Peu de citoyen.ne.s connaissent réellement le fonctionnement de ce service de plus en plus indispensable dans le quotidien de la population. L’évolution des sorties (le double sur la durée des mandats que j’ai exercés) en lien avec une forte augmentation des risques et de la population. Si les collectivités locales financent l’ensemble des moyens humains (personnels-80 % de la charge) et matériels, leur utilisation dépend selon la gravité des situations du.de la représentant.e de l’État ou des maires. Il y a donc pour le conseil d’administration une forme d’obligation de mettre à sa disposition tous les équipements et leurs utilisateurs garantissant l’efficacité des secours. 

Le vrai problème girondin réside dans la multiplicité des risques potentiels : circulation automobile intense, nombreux sites Seveso, une centrale nucléaire, le fleuve et ses croisières, surplus touristique en été, forêts diverses, zones urbaines avec des quartiers nouveaux difficilement accessibles, territoire très étendu, carrières et falaises, phénomènes climatiques (inondations, tempêtes), des territoires très denses et d’autres beaucoup moins, une population en hausse constante ! Cette diversité des éventuels sinistres demande au SDIS et à ses serviteurs une adaptation permanente et une technicité croissante.

Pour faire face à ces potentialités accidentelles il devient indispensable de joindre aux professionnels des milliers de sapeurs-pompiers volontaires. Sans leur solidité, leur solidarité, leur engagement citoyen il serait extrêmement compliqué de faire face à 136 000 opérations effectuées en 2019 (1) soit une intervention toutes les 4 minutes. Près de 110 000 concernent les secours à personnes (accidents sur la voie publique, ordre de départ donné par la coordination SAMU) et mobilisent donc des ambulances extrêmement performantes.

Les alertes passant par le 18 ne sont prise en compte que si elles concernent des atteintes aux biens et des blessures sur l’espace public. Dans toutes les autres situations c’est le 15 qui intervient… s’il est directement appelé ou si le centre du SDIS considère que la décision appartient aux médecins régulateurs du SMUR. Lorsque l’on est dans l’urgence au bout du fil ce dialogue parait parfois trop long. L’arrivée d’un numéro unique (le 112) ne semble pas pour demain !

Derrière cette répartition des rôles on trouve… des considérations financières puisqu’une structure d’intervention émarge au budget de la Sécurité Sociale quand l’autre relève des contributions des collectivités territoriales (communes ou intercommunalités et Conseil départemental). Rien n’a évolué depuis une dizaine d’années et les contestations sur la répartition des prises en charge sont pendantes devant les tribunaux ! L’ardoise des centes hospitaliers approche les 8 millions d’euros !

Les recours aux sapeurs-pompiers se multiplient : querelles infra-familiales, solitude face à des événements simples, ivresse sur la vie publique, relevages de personnes âgées au domicile ou dans certains établissements et tant d’autres événements non liés à la sécurité ! J’ai constaté depuis 1996 une forte évolution dans des secteurs pouvant interroger sur leur adéquation avec le rôle attendu des SDIS. Il deviendra de plus en plus difficile de répondre en même temps aux « vraies » urgences et aux sorties accessoires !

Comme la société actuelle rêve du risque zéro il faut s’attendre, dès que la crise de la COVID-19 aura cessé, à une reprise des interventions puisqu’en 2020 la baisse des accidents de la route ou d’activités sportives a provisoirement ralenti l’activité opérationnelle. Grâce aux efforts des collectivités de forts recrutements de professionnels sont en cours et ils permettront de faire face aux réalités d’une activité grandissante en temps opportuns.

J’ai quitté la gestion du SDIS 33 avec un pincement au cœur car j’appréciais l’efficacité de femmes (il y a en a toujours plus) et des hommes sachant conjuguer professionnalisme et dévouement pour mettre en œuvre une solidarité humaine de plus en plus indispensable. Le système mérite donc de perdurer. Divers dangers (notamment la réglementation européenne sur la requalification en temps de travail  des astreintes ou des permanence des volontaires) menacent l’édifice. Il appartiendra à d’autres de mener ce qui relève du combat en faveur de la citoyenneté solidaire active.