Les crises ne changent pas les jeux de rôles sociaux

S’il vous reste un brin d’optimisme vous pouvez aller le dépenser dans un conseil d’administration de collège. Il ne résistera pas à l’épreuve d’une réunion de plus de trois heures et vous rentrerez avec une certaine anxiété sur l’avenir. Il est vrai que, pour ma part, je connais cette instance depuis des décennies et donc je sens bien que je suis inadapté aux grands enjeux éducatifs actuels car trop éloigné des réalités. Trop vieux pour comprendre les priorités nouvelles des parties représentées au sein d’un C.A. réputé devoir se préoccuper essentiellement de la réussite scolaire des jeunes. 

La situation globale dans un établissement dans lequel les élèves sont issus d’un niveau social pour le moins convenable toute l’équipe éducative souligne une tension croissante. Au cours du second trimestre on a déjà constaté une quarantaine de situations ayant provoqué une sanction disciplinaire. L’inquiétude s’installe : agressivité, insultes, utilisation dangereuse des portables pour filmer dans la cour de récréation, anxiété omniprésente ! L’âge des fautifs est globalement en baisse et les sixièmes prennent une belle part dans les faits répréhensibles.

Manque d’envie et une tristesse profonde s’emparent de l’avis unanime de bon nombre des adolescent.e.s générant des crises pouvant aller jusqu’à l’automutilation ou aux larmes incontrôlables. A ce constat s’ajoute les difficultés rencontrées par les enseignant.e.s et le personnel d’encadrement eux-mêmes confrontés à la pandémie. L’essentiel était plutôt là que dans le niveau des dépenses énergétiques mais il en fut tout autrement. Plus de deux heures furent consacrées en effet à l’examen des résultats de l’année 2020 s’étant déroulée dans le contexte que l’on connaît.

Quand on écoute ces symptômes d’une génération qui sera profondément marquée par cette crise sanitaire on a envie de souscrire aux propositions de la principale de regrouper les volontaires pour réfléchir sur les conséquences sur la santé ‘mentale » qui semble menacée . Certes la crise pèse sur le temps scolaire mais aussi sur la vie familiale ce dont on ne mesure pas encore les effets. Une récente enquête paraissant anecdotique, donne pourtant un indice : sur leur argent de poche (pour ceux qui en ont) les enfants achètent de moins en moins de bonbons (tant mieux pour le diabète et l’obésité) mais ils économisent pour acquérir des jeux vidéo… Le repli sur soi et la main mise des écrans sur leur esprit aggravent les comportements déviants souvent à l’insu des parents. Qui en tient compte ! 

Entendre des responsables éducatifs faire ces constats m’affole pourtant un peu car je sais combien sur 180 jours d’une année scolaire le mot « éducation » prend un sens de plus en plus fort. Pourra-t-on dans une telle situation continuer à débattre sur le nombre de photocopies autorisées ? On en arrive à une cinquantaine par élève… si l’on se fie aux chiffres donnés au moment du choix d’une nouveau prestataire. Comment conjuguer ces demandes avec tous les engagements réclamés en matière d’économie du papier résultant de la déforestation ou en matière de consommations de produits chimiques ou… d’électricité (il fut même évoqué le surcoût provoqué par le choix d’une énergie électrique verte!) ? Le numérique ? Et dire que cet établissement aura été l’un des premiers a être raccordé à la fibre et classé comme numérique ! Certain.e.s clament qu’il n’y a pas suffisamment de crédits pour l’achat de manuels quand d’autres refusent de s’en servir pour les remplacer par les photocopies ! Le numérique ? Eclipsé par les photocopieurs ! 

Bien évidemment les collectivités territoriales sont directement ou indirectement les « responsables » de tous les maux dont souffre une société n’ayant plus de cohésion si ce n’est de cohérence. L’élu présent est jugé sur le ton de ses réponses à des approximations qu’il faudrait laisser passer comme des vérités et les fonctionnaires de l’éducation nationale assurant la gestion des fonds accordés en font les frais. Alors qu’ils ne sont que les comptables méticuleux des dépenses de…2020 (votées en 2019) et présentées en 2021 ils verront une grande part de l’assistance s’abstenir sans que personne n’ait formulé la moindre réserve sur leur présentation. 

Difficile en partant après 3 heures de débats de ne pas s’interroger sur ce qu’ont pu retenir de ces instants les représentants des élèves. Une cacophonie plus ou moins tendue avec des des jeux de rôles connus et reconnus n’a pas pu leur apporter qu’une idée pour le moins complexe du monde des adultes. Ils ont d’ailleurs filé avant la fin des hostilités et pour ma part aussi. Pour eux l’avenir immédiat s’annonce bien plus incertain… que le mien puisque moi je ne reviendrai plus pour tenter d’expliquer ! Au fait pourquoi étais-je le seul élu local présent ? J’ai mon idée !

Ce contenu a été publié dans Non classé, PARLER SOCIETE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Les crises ne changent pas les jeux de rôles sociaux

  1. Tusitala dit :

    On bâillonne la jeunesse …on la prepare à toutes les soumissions ..
    ou sont les enseignants qui comme dans notre génération se levaient quand on attentait à ce qui leur paraissait être une LIBERTE fondamentale …?
    Et les parents …?
    Décidément je ne me reconnais pas dans ce nouveau siècle …!

  2. Laure Garralaga Lataste dit :

    …  » je ne reviendrai plus pour tenter d’expliquer ! »
    Bienvenu au club ! Tu vas enfin pouvoir réapprendre à vivre en LIBERTÉ…

  3. J.J. dit :

    Un constat général, qui peut s’appliquer à toutes sortes d’autres aspects de la vie, mais dont les réactions des jeunes sont un révélateur.
    Nous nous sommes volontiers habitués, nous les vieux, – et les jeunes n’ont jamais connu autre chose -, à l’accessibilité à toutes sortes de techniques, ce qui en réalité constitue une dépendance au confort, à la facilité, bref, à toutes les possibilités que nous offre le monde contemporain.
    Il suffit que cet équilibre (précaire ) soit quelque peu fissuré pour que la situation devienne intenable pour ceux qui n’ont pas connu le monde d’avant, ce que nous vivons actuellement).
    J’y pense souvent, essayant de réprimer mes instincts de Cassandre : et si telle ou telle technique moderne, dont tout le monde a pris l’habitude de profiter (la liste est large, je vous donne le choix d’imaginer) se trouve indisponible, même momentanément, COMMENT ALLONS NOUS RÉAGIR ?

  4. Philippe Conchou dit :

    Je ne vois pas en quoi on baillone la jeunesse, je pense plutôt qu’on la laisse à l’abandon. Des photocopies à la place des manuels et du numérique c’est le moyen âge…

    • J.J. dit :

      Plus dans la course, je me pose la question : les prises de notes pendant les cours, activité très formatrice, sont elle toujours en usage ?

  5. grené christian dit :

    Je me creuse la tête pour trouver des réponses aux problèmes soulevés par JMD et auxquels ses aimables commentateurs essaient de répondre. Je ne trouve rien. Je ne sais plus quoi penser. J’ai le sentiment qu’ est revenu le temps des… crises. Les arbres ont beau être en fleurs, je suis un saule. Mais pas queue… de cerise!

  6. MARTINE PONTOIZEAU-PUYO dit :

    Je crois que tout est dit plus haut, d’une part par Jean Marie, et par les autres publications. je pense que nous les aînés il nous est plus facile d’accepter certaines choses que les jeunes qui ont eu toujours du tout cuit à se mettre sous la dent. nous sommes capables de supporter des privations, pas eux.

    • J.J. dit :

      C’est exactement ce que j’ai tenté de dire d’une façon plus emberlificotée.
      Le monde dans lequel ils ont vécu jusqu’à présent était un peu un monde de « bisounours », et j’admets que ce doit être dur de se confronter à de pénibles réalités.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.