Je ne suis pas Montaigne, mais la bouée si ! Pour venir en aide à celles et ceux qui n’ont pas, quand arrive dimanche, leur baguette quotidienne, beurrée et confiturée à souhait par notre cher Jean-Marie. Je ne prétends pas être, même ce jour-là,  votre pain bénit. Je souhaite seulement entretenir la flamme en soufflant à votre oreille les sentiments qui m’habitent, et bien souvent m’irritent. Lui et moi étions journalistes, et lui comme moi nous désolons chaque jour un peu plus du rôle des médias sur les chaines de télévision. Mais radios et journaux ne sont pas exempts de tout reproche bien qu’un peu en retrait au niveau de l’audience populaire.

Ce n’est pas moi qui le dis, mais Bruno Masure (ex-TF1 et France 2) qui l’a écrit : « La télé rend fou » (éd. Plon 1987). Il visait son petit milieu, mais n’eût-il pas employé le singulier que nous sommes quand même embarqués sur le même bateau. Pas l’arche du père Noé, mais la nef des fous peinte par Bosch qui s’éclairait, comme chacun sait, à la bougie.

Et là, au beau milieu de l’océan déchaîné – heureux Canard ! – nous voilà cernés pas les requins et les méduses, les boues rouges et les marées noires aux couleurs de mon drapeau décroché du cuirassé « Potemkine ». Oui, la télé nous rend fous. La vie russe n’était sans doute pas belle sous Nicolas II et Staline, mais que dire du dernier tsar, la star du petit écran? Ce virus appelé Covid. On ne la voit pas, mais  on ne parle que d’elle. Les journalistes, qui n’en savent guère plus que vous et moi, en font des tartines avec ce juteux sujet et invitent à leur table bactériologues, infectiologues, politologues, tout le catalogue de têtes d’œuf sortis de la cuisse de Jupiter.  Qui nous disent tout et son contraire. Mais le pire, ce sont ces anonymes interceptés au coin de la rue pour raconter leur mal-être face à la pandémie. Des « micros-trottoirs » comme ils disent à télé.

Moi, pour refiler la métaphore du monde marin, j’appelle ça des « maquereaux-trottoirs ». Pas trop difficile d’arpenter les rues et d’y tendre ses filets pour attraper le poisson. Passe encore si c’est le 1er avril. Mais là, trop c’est trop. Comme s’il n’y avait pas assez des réseaux dits sociaux. Encore heureux qu’il faille couper en salle de montage, sinon on ne couperait pas à l’autobiographie de ces anonymes qui font le trottoir pour nourrir leurs souteneurs dûment encartés avec liseré bleu-blanc-rouge. Pour ce qui est autobiographies, je préfèrerai toujours « Les Confessions » de Jean-Jacques Rousseau ou « Les Mots » de Jean-Paul Sartre, et même « Une Vie » de Simone Weil, à tous ces b.a. bavardages de comptoir distillés par des gens seulement soucieux de dire à leurs proches: « Tu m’a vu à la télé ? » 

Reprenons le fil de l’eau et revenons à nos moutons sur l’océan. Comme dirait l’Autre (?), le «France» coule et le cuirassé… tire ailleurs. Il envoie ses SMS sans entendre les SOS. Je ne sais plus si je vous ai dit que jadis j’avais  été journaliste, mais aujourd’hui je suis pigiste. Un pigiste heureux de vous servir ses salades à la noix, mais bio. Je me fous de ces confinés qui deviennent des cons filmé