Lors d’une rencontre avec les résident.e.s de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) les témoignages ont fusé autour de la période de la seconde guerre mondiale auquel se heurte Ezio dans l’une de ses vies (1). Un moment de réserve comme si dans les esprits les blessures existaient durablement. Leur jeunesse a été marquée par les restrictions, par les interdictions, les répressions et par l’angoisse de lendemains incertains. Impossible de ne pas effectuer un parallèle avec ce que vivent actuellement enfants, adolescent.e.s ou jeunes.

Vivre avec un couvre-feu, craindre des contrôles sur le voie publique, avoir la hantise de la « pandémie brune » qui rodait et chercher malgré tout à s’épanouir ou à réussir appartenaient à ce quotidien vert de gris dans lequel la « guerre » les avait plongés. Dans certains regards perdus dans le temps passé j’ai vu passer lors de l’évocation des difficultés rencontrées par Ezio, des images furtives similaires. Quelques rares mots pour tenter d’exorciser ce qui constitue plus que des souvenirs mais des blessures ou pour rallumer des lueurs de joie.

La clandestinité était de mise dans tous les domaines. Et malgré les dangers elle constituait une sorte de défi plus ou moins dangereux. Quand l’une des résidentes se lance dans les bals au milieu des bois, dans les greniers, les maisons vides à la lueur des bougies la rapprochement avec les multiples entorses faites aux consignes sanitaires est inévitable. Une consigne passée par le bouche à oreille permettait de se retrouver malgré les interdictions.

«Nous avions peur mais nous passions de bon moment avec des orchestres réduits. Un accordéon suffisait à notre bonheur. Nous savions qu’à tout moment nous pouvions être dénoncés ou arrêtés mais nous avons toujours continué. » expliquait une charmante octogénaire le sourire aux lèvres. « On y venait à vélo ou même à pied quand c’était le dimanche après-midi et le soir c’était plus compliqué de faire des kilomètres. » Les bals étaient donc en ces temps là clandestins comme le seraient les pince-fesses parisiens du confinement.

Une véritable différence cependant en cette période du troisième confinement dans le niveau social de celles et ceux qui enfreignent les consignes. Les regroupements de plus de six personnes et la consommation d’alcool en plein air ne conduisaient à aucune mansuétude. Pour un verre de rosé pris sur une plage héraultaise un homme venu pique-niquer avec son épouse, ses enfants et deux amies a été verbalisé. Consommation d’alcool sur l’espace public et non port du masque au moment où ils dégustaient a produit une note de plus de 400 € ! Ils auraient mieux fait de se faire un restaurant chez eux ! 

A Paris dans le même temps, dans des appartements de luxe, pour des menus de plusieurs centaines d’euros avec des vins prestigieux, les « clandestins » sûrement pas de la prime jeunesse, affichaient une vraie volonté de continuer à vivre « libres » selon leurs affirmations. « Une fois que vous passez la porte, il n’y a plus de Covid. On veut que les gens se sentent à l’aise » explique dans le reportage de M6 un accueillant serveur. Champagne, caviar, menu à 160 euros ou plus, tout était possible dans un club privé de Paris où avaient lieu « des rassemblements quotidiens midi et soir ». Personne ne le savait ! 

Une messe de plusieurs centaines de personnes, méprisant toutes les consignes sanitaires et s’en remettant à leur dieu pour les protéger des la pandémie a également défrayé la chronique indignant le pouvoir. Nul ne savait dans les sphères en charge de la surveillance de réunions de plus de six personnes dans les lieux publics que de tels comportements ostentatoires étaient en préparation. Heureusement que pareil défi non « clandestin » à l’égard de la vie commune ne se soit pas produit dans… une mosquée ! 

La « clandestinité » n’a vraiment pas le même sens et ces événements ont des impacts catastrophiques dans une opinion publique qui ne croient plus en rien.depuis plusieurs mois. Quel que soit le résultat de l’enquête parisienne le mal est fait. Le poison de contraintes imposées fermement aux uns alors qu’elles sont cyniquement contournées pas les autres, va instiller ces semaines de restrictions indispensables pour enrayer une situation sanitaire très préoccupante.

Les « bals clandestins » constituaient dans le fond, des formes de résistance face à une situation beaucoup plus dangereuse que celle que nous traversons. Ils ont permis à une partie de la jeunesse d’alors de s’ouvrir des fenêtres sur une vie qu’elle estimait « normale ». la fraternité, la liberté et à un degré moindre l’égalité s’en trouvaient maintenues envers et contre tout.

Le mot « guerre » utilisé il y a une année par le président n’avait pas évidemment la même importance. Et pourtant les comportements ne sont plus très éloignés. L’armée pacifique des soignants, des secouristes, des agents des services publics ou parapublics tente d’endiguer un ennemi invisible. La population tente pendant ce temps de se mettre aux abris en accédant à la protection que leur donneront les vaccins mai la pénurie créée par l’administration européenne obsédée par un formalismes doctrinaire et des erreurs stratégiques d’achat menace. C’est pourtant la seule manière d’espérer retrouver un peu de clarté pour éclairer l’avenir.

(1) Les 9 vies d’Ezio editions « desauteurs-des livres » disponible sur les plateformes internet.