L’école numérique présentée parfois comme l’une des solutions pédagogiques permettant de revisiter l’approche de la réussite scolaire dans le monde de demain mériterait des études impartiales. La volonté d’habituer les enfants aux écrans durant leur temps de scolarité prend de plus en plus d’importance comme si toutes les autres formes d’enseignement étaient à oublier.

J’ai en mémoire une période de ma vie où ayant été appelé auprès d’un inspecteur d’académie ayant sans cesse envie de construire, j’avais eu en charge l’opération « minitel » de Jean-Pierre Chevènement avant de déboucher quelques années plus tard sur celle des ordinateurs TO 7. J’allais « vendre » des nouvelles technologies dans les écoles en recherchant des volontaires pour tapoter avec leur élèves sur un clavier. Auparavant dans une étape j’avais été un adepte de l’audiovisuel avec les fameux montages diapos !

Créon a été l’une des premières communes girondines (si ce n’est la première) à aménager une vaste « salle informatique »spécialisée ouverte aux classes élémentaires et maternelles. Tout fut éphémère car non accompagné des formations ad-hoc et tout le matériel fut vite dépassé par l’évolution des technologies. Encore une fois on avait mis la charrue avant les boeufs puisque la pédagogie d’accompagnement n’avait pas été pensée et imaginée. Tout fut mis au placard et on passa à autre chose avec un autre Ministre ! 

Je conserve le souvenir de ces moments où je m’étais transformé en VRP : voyageur représentant pédagogique car rapidement j’ai pris conscience des limites de ce rôle consistant à suivre les modes sans jamais se poser les vraies questions : quelles finalités doit avoir l’appropriation des techniques ? Quel impact ont ces dernières sur les apprentissages ? Et inexorablement arrive non pas l’application d’instructions officielles verticales mais la capacité que l’enseignant doit avoir à aider l’élève à rechercher la méthode lui permettant d’apprendre à apprendre grâce aux nouveaux outils ! Une page de cahier remplacée par un écran ne change vraiment pas la réussite et n’efface pas l’échec. Elle le renforce parfois lourdement !

La pandémie avec l’obligation de l’enseignement à distance a démontré par exemple que près de 700 000 familles étaient totalement éloignées du numérique. « Télétravailler » nécessite non seulement des équipements mais aussi et surtout un effort accru, une capacité à planifier son temps, à s’autogérer c’est à dire se retrouver dans une situation totalement différente et bien plus difficile de celle que l’on connaît habituellement. Du jour au lendemain la pédagogie actuelle devient bien désuète face à ce nouveau contexte où l’enfant ou le jeune doit être responsable et autonome ! Y sont-ils préparés ? Pas plus que la France corsetée dans ses certitudes de grandeur que doit représenter le pouvoir centralisé.

Puissance économique reposant sur la mythe de la croissance salvatrice de tout et tout le tempsle pays se révèle incapable de permettre à des millions d’élèves de faire “l’école à la maison. Serveurs en rade, ENT saturés, portails e-lyco et Pronote injoignables, rien n’a fonctionné laissant professeurs et élèves aussi démunis les uns que les autres sur la forme et sur le fond. On n’a pas eu le temps de s’adapter de prévoir : le confinement était considéré comme une éventualité inenvisageable. 

Il faut admettre que le défi, même s’il n’a plus rien d’inédit, s’avèrait considérable puisque 12 millions d’élèves, 2,7 millions d’étudiants et 870 000 enseignants se sont rués sur les outils conformément à l’ordre reçu d’en haut. La technique les a trahis : serveurs inaccessibles, délais d’attente infinis, impossibilité de se raccorder et à l’arrivée un fiasco pour cette nouvelle semaine de continuité pédagogique en distanciel. Vus de la Rue de Grenelle ce ne furent que des « incidents regrettables » mais surtout pas une impréparation totale : « M’sieur c’est pas de ma faute ! Je vous promets on ne recommencera plus ! »

Raccorder à la fibre optique, entretenir le matériel, équiper et entretnenir correctement les établissements : les collectivités locales encore une fois ont largement mis en œuvre leurs compétences. Les conseils départementaux comme celui de la Gironde ont par exemple mis en œuvre des plans ambitieux dans ces trois domaines pour les collèges ! Efforts jugés insuffisants sans que personne ne sache vraiment que c’est l’abandon par l’État des investissements structurants qui les a contraints à pallier ces défaillances.

Le monde d’après qui devait reposer sur des « initiatives » tentera simplement de perpétuer un système dont un virus a montré les limites. Il n’y a rien à espérer quand les seuls repères sont des « nombres » impersonnels qui se contentent de constats et que la remise en cause ne repose pas sur le fondement même se notre système éducatif largement dépassé en cette période vraiment troublée. La faute à qui ? Aux élu.e.s évidemment !