La « pasteurisation » des espoirs d’un automne libre

Il y a un semblant d’unanimité sur le fait que la vaccination constitue la véritable réponse à une diminution de la dangerosité de la Covid-19 et la population réclame que tout aille plus vite. La défaillance dans les approvisionnements a constitué depuis des semaines le sujet essentiel des préoccupations. Elles ont logiquement alimenté les débats mais surtout elles ont surtout accru la défiance à l’égard des responsables qui annonçaient des chiffres démentis par la réalité.

Désormais si les demandes d’injections sont de plus en plus nombreuses, et si les sites se multiplient pour y répondre, les événements liés aux réactions à certains vaccins freinent l’enthousiasme des épidémiologistes. On assiste chaque jour au petit jeu du choix du « modèle » que l’on souhaite recevoir et au rejet de celui qui fait peur. Le risque de voir se déliter l’engouement pour une couverture vaccinale est au moins aussi dangereux que celui des entorses aux règles de prudence en matière de prévention des contaminations.

Or les taux de vaccination étudiés par l’Institut Pasteur conduisent à s’interroger sur les échéances de réouverture à une vie mesurée des lieux publics aujourd’hui fermés. Une nouvelle étude, conclut qu’en raison du variant dit “anglais”, il faudrait que 90 % de la population adulte soit vaccinée avant de pouvoir revenir à une vie normale sans risque de rebond épidémique. Un niveau qui sera impossible à atteindre quand on connaît les réticences d’une part croissante de la population vis à vis du principe même de la vaccination ou vis à vis de certaines « marques » !

Les chercheurs de Pasteur démentent donc les prévisions d’une réouverture possible à la mi-mai du pays à une vie un peu moins confinée. Un approvisionnement moins généreux que prévu, un niveau de refus du Moderna ou de l’AstraZeneca supérieur, la progression constante du « variant » anglais peuvent conduire à ce que la perspective d’un répit soit repoussée à l’automne !

Les objectifs annoncés paraissent donc déjà obsolètes. Si l’indice de reproduction du virus est encore égal à 3 à l’automne 2021, sur les bases du printemps 2020, la France devra en effet avoir vacciné….90 % des plus de 65 ans et 70 % des 18-64 ans pour complètement relâcher les mesures de contrôle. Il faut donc selon l’Institut Pasteur que 59 % de la population totale, en intégrant les mineurs non-vacciné soit protégés soit près de 40 millions de Françaises et de Français.

Aucun vaccin n’étant actuellement homologué pour les enfants et les moins de 18 ans la situation va nécessiter également des ajustements durables du système éducatif. Quand on constate les difficultés actuelles il y a tout lieu de s’inquiéter… sur la capacité d’adaptation. La méthode Coué a ses limites et la navigation à la corne de brume d’un ministre incapable de faire passer son ego au second plan, risquent bien de ne pas favoriser la diminution de la contamination. Pourquoi ne pas dès maintenant préparer une adaptation des examens au lieu de camper sur la certitude que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes en juin prochain ?

En fait l’institut Pasteur joue les rabats-joies et plus encore l’atténuateur des annonces de l’éminent épidémiologiste présidentiel. En effet même dans des scénarios optimistes, les intentions de vaccination actuelles des populations françaises pourraient ne pas permettre un assouplissement complet des mesures de contrôle et c’est probablement le plus inquiétant. Il va falloir convaincre et dans la cacophonie autour des vaccins la tache est immense !

Si la hausse prévue des livraisons de doses se confirme avec l’arrivée du vaccin à dose unique de Janssen La France peut espérer au total 28,1 millions de doses au mois d’avril, pour un potentiel d’un peu plus de 13,6 millions de personnes vaccinées à la fin du moi puis 42,8 millions de doses en mai (potentiel de 21,5 millions de personnes vaccinées) et 71 millions en juin (potentiel de 37,7 millions). Tout peut donc s’améliorer. Encore faut-il que ces doses soient utilisées.

Début avril, seulement 65% des Français étaient vaccinés ou souhaitaient se faire vacciner, selon un sondage réalisé par l’Institut Ifop. Et c’est probablement là le constat le plus inquiétant… dans la situation actuelle.

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13 réponses à La « pasteurisation » des espoirs d’un automne libre

  1. Philippe Conchou dit :

    Opportunément Astrazénéké depuis 10 jours, je survis allègrement.
    Pourtant la dernière fois que j’ai reçu un vaccin, j’ai été malade (coqueluche), et je n’ai jamais fait le vaccin contre la grippe…
    Cependant il m’a semblé tout simplement citoyen d’accepter le vaccin .
    Pensons un peu aux autres nom de dieu !

    • Laure Garralaga Lataste dit :

      Moi, j’attends avec impatience la 2e dose de la margarine Astra… prévue pour début juin.
      1e dose début mars, injectée par mon médecin… Pas de réactions négatives.

  2. J.J. dit :

    Encore une information à paraître dans le « Petit Complotiste de Nouvelle Aquitaine » qui a encore frappé !
    D’après des sources généralement bien informées, il paraît que certains laboratoires donnent la priorité à leurs bénéfices et à leur cotation en bourse, au détriment de la Santé Publique, dont ils se soucient comme d’une guigne, quitte à lancer une campagne de dénigrement (que des primitifs prétentieux connaissent en globish sous le terme de » bashing ») visant leurs principaux concurrents.

    En effet, certains de ceux-ci auraient mis au point des produits d’un usage moins contraignant et probablement aussi efficaces.

    Il faut avoir vraiment mauvais esprit pour imaginer semblable projet !

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    … Autre constat inquiétant … :
    « Ce roue libre » consacré à cette diabolique Covid, pandémie internationale, souligne que nous n’en sortirons que grâce à la vaccination…Que faut-il comprendre ? Que ce « nous » désigne les habitants qui vivent en France… ?
    Pouvons-nous rester aussi sereins et sereines quand, chaque jour, on nous parle d’un nouveau variant encore plus difficile à combattre !
    Pouvons-nous rester aussi sereines et sereins quand nous mesurons chaque jour la place de nos échanges internationaux dans notre économie !
    Au risque de jouer les cassandre… je vous annonce que nous n’en n’avons pas encore fini de cette pandémie… !
    En prenant soin de vous, vous prenez soin de tous !

  4. Bernie dit :

    Savez vous que le gel des vignes est d’actualité. Me suis réveillée et dehors plein de fumée d’une densité importante. Les viticulteurs ont tout fait pour protéger les jeunes boutons de vigne.

  5. Billet fort bien écrit, hélas probablement plus que visionnaire, donc n’ouvrant pas à un échange optimiste… Le mot « procrastination » m’est venu en le lisant car, en un autre domaine dans Sud-Ouest de ce jour un article sur les choix énergétiques non définis de notre pays et les centrales nucléaires prolongées au-delà des 40 années prévues à leur construction aboutit au délit politique de procrastination. J’y reviendrai plus bas car, dans ce dernier cas, Macron n’est que l’héritier de nos propres amis politiques qui ont eu le pouvoir précédemment.
    Jean-Marie, je pense qu’un président issu d’un parti politique « fort », donc ne cherchant pas à satisfaire l’opinion publique (échéance électorale présidentielle déjà en vue) ou, du moins, sachant canaliser cette dernière, aurait pris beaucoup plus tôt certaines décisions. Probablement des mesures coercitives, un confinement donc, avec en arrière-plan une action efficace parce que décentralisée de mise en place des moyens d’une future vaccination de masse en amenant le vaccin aux personnes des catégories désignées et non en faisant venir les gens à vacciner là où se trouvent « les doses ». Ce dernier point sous la réserve d’avoir su acquérir suffisamment de doses pour amorcer cette vaccination en nombre dès la mi-janvier.
    À partir des couacs successifs de la vaccination, contredisant sans cesse la communication gouvernementale sur l’accélération (sic) de la vaccination, l’Institut Pasteur conduit une réflexion sérieuse et par conséquent peu réjouissante…

    Cela posé, je serais moins sévère que toi (que l’Institut Pasteur ?) dans la conclusion concernant la possibilité (avant que soit atteint le fatidique seuil de 90% de la population vaccinée) d’ouvrir des lieux de vie, de rencontre, de culture, de restauration, de spectacle… MAIS avec des protocoles clairs (et clairement expliqués) de distanciation physique, d’hygiène individuelle, d’aération… de moindre contact avec les objets (exemple des menus dans les restaurants). Idem pour les étudiants dans l’enseignement supérieur. J’avoue n’avoir pas d’avis concernant l’école élémentaire, ni concernant les établissements secondaires. Au vu des discours alternés et rodomontades d’un ministre au surprenant ego… je n’ai pas honte d’avouer cette incompétence.

  6. Ah ! J’ai oublié le couplet annoncé concernant la procrastination en matière de décision, de définition d’une politique énergétique claire et ferme. Et là j’ai battu notre coulpe car j’ai le souvenir de notre primaire de 2012 et les échanges entre Martine Aubry, Ségolène Royal et François Hollande concernant le désarmement (le calendrier de…) de certaines centrales nucléaires et les % de part du nucléaire à viser dans l’ensemble de l’énergie électrique disponible pour le pays (en restant discrets sur les engagements d’exportation d’électricité vers l’Allemagne et vers l’Espagne…). François Hollande a débuté son quinquennat avec un début d’échéancier mais visiblement mal à l’aise sur ce sujet. Et probablement incertain quant à la contribution à venir des « énergies renouvelables ». Cela traduit, ni plus ni moins, nos propres contradictions militantes entre antinucléaires pur et durs, antinucléaires « mais », pronucléaires ou plus prosaïquement conscients qu’il est difficile de satisfaire les besoins ménagers, industriels, ferroviaires, etc, en électricité sans ce recours pour longtemps encore à une forme d’énergie qui, si elle recèle ses propres dangers et génère un déchet radioactif et toxique qui ne peut que s’accumuler, ne dégage pas dans l’atmosphère de gaz à effets de serre, seulement de la vapeur d’eau. Même « les verts » ne sont pas vraiment nets sur cette question. Et là, LREM et la macronie, sont elles-mêmes traversées par les même contradictions. Donc… procrastination.

    • faconjf dit :

      Voyons un peu plus loin voulez-vous ? Les grandes manœuvres se jouent en coulisses autour du projet Hercule qui consiste à tronçonner eDF en trois entités. Pour ce faire il faut d’abord revenir sur la privatisation partielle en rachetant les 15 % d’actions à présent dans la nature. Ce qui va coûter la bagatelle de 10 milliards d’€ aux contribuables, l’état comptant revendre en privatisant les morceaux juteux d’ eDF démembrée . La prolongation de vie des centrales est la pierre angulaire de cet échafaudage bancal. La disparition ( fermeture) des centrales de plus de 40 ans ( paliers CP0 et CP1) condamnerait énergétiquement notre pays à la disette! Les retards cumulés de l’EPR s’ajoutant à ce tableau désastreux. La pénurie énergétique qui en résulterait condamnerait toute espérance de reconquête industrielle indispensable au redressement de la balance des paiements ( déficit de 6.9% du PIB en 2020). Les conséquences de ce scénario sont incalculables et les délires des verts sur l’énergie renouvelable ne sont que du vent incapable de faire tourner la moindre éolienne. Alors à votre avis Procrastination ou réalisme ou encore les 2 à la fois ???
      https://www.tradingsat.com/edf-FR0010242511/actualites/edf-l-etat-envisagerait-d-offrir-pres-de-20-euros-par-action-pour-retirer-edf-de-la-cote-962175.html

      • Je ne pensais pas ouvrir un débat dépassant le thème développé par Jean-Marie Darmian. Cela dit, en termes de décision (ou d’indécision) du politique, c’est bien de la procrastination ; ce qui ne contredit pas du tout votre raisonnement qui, lui, relève du factuel.
        Mon propos, suite à la lecture de notre quotidien régional, voulait seulement dire que la procrastination du politique sur cette question des CNPE ne datait pas d’aujourd’hui et, en ce qui concernait les dirigeants socialistes (quinquennat précédent), traduisait bien les contradictions du militantisme « de gauche »…

        • Bernie dit :

          Oui Bruno, ces histoires ne datent pas d’aujourd’hui. C’est constitué des groupes avec des PDG et la gauche n’a rien fait. Bonjour Hercule…..c’est bien vec ce que j’écrivais : la droite, la gauche tout dans le même sac. Est-il possible de détruire ces groupes ? Y a t’il aujourd’hui une alternative à cet énergie soi-disant européenne.
          Va t’il y avoir une guerre ?

          .

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