Tous les médias annonceront que les élections régionales se dérouleront en juin prochain soit seulement trois mois après la date normale. Tout le monde passera sous silence que le même jour les électrices et les électeurs les plus courageux devront aussi voter pour élire leurs conseiller.ères départemental.es. Une omission qui caractérise le système de destruction régulière de la démocratie de proximité puisque il est évident que les « vedettes » ou les « présidentiables » qui se sont installés dans les fauteuil des grandes régions captent l’intérêt des rédactions parisiennes.

Or si on examine simplement le quotidien, l’impact du conseil départemental a une bien plus grande importance. De la naissance à la mort, pas une seule situation dans laquelle le Département n’intervient pas au nom de la solidarité dont nous avons tant besoin durant cette conjonction de crises. Jamais justement les bébés, les enfants, les collégien.ne.s, les étudiant.e.s ainsi que les personnes en perte d’autonomie n’ont eu autant besoin des personnels de la seule collectivité territoriale entièrement tournée vers le soutien aux plus démunis. La proximité humaine constitue l’ADN des cosneils départementaux et ils en sont les victimes ! 

Certes son rôle et celui de ses élu.e.s n’ont rien de flamboyant mais ils sont pourtant essentiel. Va-t-on se déplacer pour désigner un « doublette » mixte dont on ignore ce qu’elle peut faire en faveur de chacune et chacun ? La faiblesse dramatique de la culture citoyenne de base a conduit à forger une opinion dominante hostile à la seule collectivité territoriale tentant de juguler les inégalités sociales ou territoriales. La mobilisation ne concernera que celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, se calfeutrent dans les certitudes des extrêmes.

Le changement des dates du scrutin ne modifiera en rien le niveau de la catastrophe qui se prépare. Si le déconfinement est confirmé et si le vent de liberté souffle sur le pays il faut s’attendre à un départ massif le 27 juin vers d’autres horizons que celui des isoloirs. En fait la participation risque d’être nettement inférieure à celle du premier tour déjà plombé par la règle de 12,5 % des inscrits ! En effet qui sait que pour rester en lice pour le second tout il faudra mobiliser plus d’un huitième des gens inscrits sur les listes électorales ? On a donc de fortes chances de voir la grande majorité des candidat.e.s éliminé.e.s d’office !

La campagne réduite dans la réalité à sa plus simple expression ne gênera pas trop les Bertrand, Pécresse, Wauquiez, Rousset, Delga, Muselier et consorts dont la promotion n’est plus à faire. Par contre pour les candidats sur un territoire rural sans réunions possibles, sans distribution possible, sans contact physique direct possible et dans un contexte où jusqu’à un mois du premier tour les déplacement sont limités à dix kilomètres la tâche va être quasiment impossible. Depuis des années par le système de la proportionnelle on a transformé les scrutins en choix d’étiquettes n’ayant plus aucun sens. La valeur individuelle n’a plus grand sens surtout dans la période actuelle.

Le gouvernement connaissant parfaitement des difficultés à venir de sa majorité lors de ce rendez-vous électoral de juin a abandonné son envie de repousser les dates. Ses opposants attendent de se partager les miettes électorales avec un appétit particulièrement aiguisé. Ils oublient qu’il y aura des « drapeaux » à mettre dans la poche pour éviter qu’ils soient piétinés par l’indifférence. Le plus bizarre c’est que les partisans de la…disparition du département risquent bien de s’installer à leur tête.

Qu’ils soient partisans de la suppression d’une collectivité jugée inutile ou promoteurs du fameux conseiller territorial ou adeptes de la métropolisation jamais vraiment enterrée depuis que le duo socialiste Valls-Vallini en ait lancé l’idée lumineuse ils se retrouvent pour désormais vanter les mérites départementaux. Les Verts n’ont jamais été de fervents adeptes de la gestion départementale et j’ai en mémoire un débat m’ayant opposé à la sénatrice Monique de Marco au Krakatoa de Mérignac dans lequel elle avait dit toute son hostilité à cet échelon territorial. Mais tout ça c’est le passé… et donc on oublie tout !

Il faut donc comprendre le manque d’intérêt de la population pour une collectivité territoriale qui veille sur eux en permanence mais dont il ignore l’action et qui entend régulièrement qu’il est indispensable de la supprimer. Étranglés par des réformes de la fiscalité locale, privés de leur dernier levier fiscal, accablés par les dépenses de solidarité (2) les départements risquent bien de connaître leur dernier renouvellement dans leur configuration actuelle. Après les Présidentielles on réglera leur sort avant 2027… surtout si la participation les 20 et 25 juin tourne autour de 25 %

  1. « Nous réduirons le mille feuille administratif. Nous supprimerons au moins un quart des départements, là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles. […] En concertation avec les élus, nous simplifierons l’administration territoriale en confiant aux services des métropoles les compétences des conseils départementaux où elles se situent. » (programme en Marche d’Emmanuel Macron)

    (2) 1 milliard sur 1,6 milliard de budget en Gironde !