Depuis plusieurs mois les statistiques quotidiennes portent sur l’état du milieu hospitalier dans lequel se retrouvent les situations les plus inquiétantes d’atteintes au Covid-19. Impossible d’être insensible au nombre de patients en réanimation ou à celui des décès « officiellement » attribués à la pandémie. Et pourtant bien des téléspectateurs, des auditeurs ou des lecteurs ont plongé dans le marécage du doute. Le pays est en perte de confiance généralisée. Plus aucune confiance dans les institutions, plus aucune confiance dans les relais d’opinions, plus aucune confiance dans un système vraiment instable.

La plupart des Françaises et des Français déboussolés par une communication officielle ou médiatique au minimum changeante et au maximum totalement fausse car démentie par les faits, ne sait plus à quel message se vouer. Chacune et chacun d’entre nous a fini par se forger une seule vérité : « se méfier de tout ! » Certes la démocratie permet d’avoir autant d’avis que de personnes mais là on atteint le summum de l’incertitude individuelle et collective.

Le Coronavirus a vraiment détruit tous les fils qui reliaient le citoyen à celles et ceux qui devraient lui assurer ou le rassurer sur son avenir. Tout le monde se laisse porter par les événements et se réfugie dans un scepticisme plus ou moins secret à l’égard des scientifiques, des politiques, des économistes, des médias. La tendance qui se répand consiste à ne rien admettre et d’entrer en déraison.

On trouve pourtant de plus en plus de contestataires indécrottables qui face à n’importe quelle situation ont un avis bien tranché dont ils ne démordront pas. Ils se sont forgés des certitudes plutôt orientées contre toutes les initiatives prises pour tenter d’enrayer une pandémie… dont ils vont jusqu’à douter. Une trentaine d’entre eux ont esquissé une manifestation sur l’espace public à Arcachon quand ils ont été des milliers à s’exprimer par exemple en Allemagne.

Le journaliste Eric Fottorino déclarait fort justement dans l’émission C politique de hier soir : « les gens préfèrent parfois entendre des mensonges qui les rassurent que des vérités qui les inquiètent ! » C’est en effet ce qu’il se passe chaque jour à travers les messages du pouvoir dont on sait combien ils ont été à géométrie variable.

Les épisodes du début de la pandémie avec des déclarations ministérielles abracadabrantesques ; des dissimulations vite démasquées autour de l’approvisionnement en protection; le mystère toujours intact sur les chinoiseries liées à l’apparition de la Covid-19 ; les rodomontades estivales autour de la fin de la contamination ; les annonces sur les livraisons de vaccins démenties par les faits et le refus de certains d’entre eux : les vagues successives de ces « annonces » pour le moins hasardeuses ont fortifié la défiance.

Samedi à Nice, l’opération de vaccination des « cas prioritaires » est loin d’avoir rencontré un franc succès puisque sur les 4 000 doses de vaccin AstraZeneca prévues ce week-end au centre de vaccination du Palais des expositions seules 50 ont pu être administrées, faute de volontaires. Le centre, qui devait fermer ses portes à 17 heures, n’a même finalement été ouvert que jusqu’à la mi-journée. Une illustration concrète que les messages ne passent plus et que demain risque d’être encore problématique. D’autant que dans un EHPAD, les personnes âgées ayant reçues deux doses de Pfizer viennent d’être à nouveau contaminées par le variant anglais mais sans conséquences graves pour leur santé. 

Le chef de l’Etat a pourtant affirmé que la réouverture du pays ne serait pas reportée malgré une situation sanitaire toujours tendue, avec plus de 35 000 nouveaux cas de Covid-19 recensés et près de 5 900 malades dans les services de réanimation des hôpitaux. « Nous allons progressivement lever les restrictions début mai », a déclaré le Président sur une chaîne de télé… américaine. Or des doutes émergent au sommet de l’Etat sur la possibilité de commencer à rouvrir dès la mi-mai certains lieux accueillant du public, conformément aux promesses présidentielles. Et dans le même temps à cause de contaminations encore beaucoup trop élevées, d’effets longs à se faire sentir, de la course à la vaccination : le Professeur Philippe Amouyel, professeur de Santé publique à l’université de Lille, pressent que « les quatre semaines de confinement imposées par le Président pourraient être prolongées… » Aïe ! 

La menace des variants brésilien et sud-africain du SARS-CoV-2 a en effet poussé le gouvernement à élargir et à durcir les mesures de restriction contre les voyageurs en provenance de certaines zones à risque. Qu’en sera-t-il dans trois semaines ? Nul ne le sait. Le doute est permis et même légitime. «  Espérer c’est prendre le risque d’être déçu, quand on est trop souvent déçu ça nous détruit » selon la romancière Amy Softpaws.