La « mixité » sociale reste une préoccupation peu partagée surtout par la très grande majorité des personnes pouvant y échapper grâce à leur capacité financière à y échapper. Que ce soit en matière de logement, d’éducation, de travail elle est ainsi, dans les faits farouchement combattu dès qu’elle veut être mise en place. Depuis des décennies elle s’est évaporée sous l’influence de décisions successives des gouvernements qui ont toujours préféré satisfaire le plus grand nombre sans vision des conséquences à moyen terme qu’elles généraient.

Ainsi en matière d’urbanisme la nécessité de créer des milliers de logements dans des espaces de plus en plus restreints a conduit à installer des quartiers qui furent modernes mais que la dégradation a rendu inexorablement moins attractifs pour celles et ceux qui avaient la capacité d’ aller voir ailleurs. La nécessité pour les investisseurs (souvent des bailleurs institutionnels) de rentabiliser leurs construction a conduit à ne jamais se préoccuper de « mixité » des occupants mais simplement de remplir les logements

J’ai moi-même habité au quatrième étage d’un immeuble que je considérais comme d’un grand confort dans une zone d’aménagement concertée. J’avoue avoir été heureux durant cette période et ne m’être jamais posé la question de ma présence dans un lieu qui était attractif par les conditions de vie qu’il proposait. Spacieux, lumineux, calme l’appartement était sans comparaison avec celui du centre ville que nous avions quitté.

Le parcours professionnel et locatif m’a conduit à changer pour une autre cité d’Habitations à Loyer Modérés dans laquelle les conditions de vie étaient meilleures par l’emplacement des maisons mais pas par les aménagements intérieurs. La volonté des élus créonnais d’alors, d’accueillir des HLM constitua un argument électoral extrêmement favorable. Et dans les années suivantes, avec le soutien des habitants, des implantations de ce que l’on commença malheureusement à appeler des « cités » se succédèrent. J’ai conservé une dépliant de campagne municipale détaillant l’arrivée d’un nouvel ensemble d’une quarantaine de logements. 

On ne parlait pas de « mixité » mais elle entrait de fait dans les choix d’urbanisation. Des familles de toutes origines y sont passées et s’y sont installées parfois depuis des décennies sans jamais avoir la volonté (ou les moyens?) de quitter leur HLM et leurs voisins. Les parents espéraient même souvent obtenir un logement pour leurs enfants dès qu’ils s’installaient dans la vie… La médiatisation de faits de société dans des « cités » a fini par persuader l’opinion que le logement social constituait une menace pour les accédants à la propriété dans des lotissements n’ayant pas parfois de meilleures conditions de vie.

J’ai vu grandir cette intolérance aux « locataires » considérés comme des « cas sociaux » ou des « assistés » car n’ayant pas les moyens d’accéder à la propriété symbole de la réussite même si c’était au prix d’une endettement pesant sur toute l’existence. « Si vous construisez des HLM en face de chez moi ma maison perdra 30 % de sa valeur… » est venu me lancer un enseignant. «  On ne veut pas de ces gens là qui viennent de la ville…et qui saccage notre village » prétendait un autre lui-même arrivée quelques années auparavant des banlieues bordelaises !

Tout projet devenait problématique avec des contestations, un refus par pétition ou même par courriers évidemment anonymes un tantinet (à l’époque!) raciste. « on n’a pas besoin de vos logements… » « Moi je ne suis pas venu à Créon pour avoir des logements sociaux à coté de chez moi… » et j’en passe et des pas très beaux ! Allez expliquer que la « mixité » est un atout dans une commune car elle permet via les HLM d’assurer un renouvellement d’une population qui vieillit sur place en baignant dans ses principes « maison, gazon, télévision ».

Alors fidèle aux valeurs qui me sont chères lorsque une vaste opération immobilière s’est avérée possible nous avons décidé d’en faire un exemple de « mixité sociale » en « mélangeant » tous les types de constructions. Un plan fut mis en place avec d’énormes difficultés liées à l’appétit des promoteurs et aux réticences des vendeurs.

Finalement sur 3 hectares on retrouva deux lotissements en construction libre ; un ensemble de maisons de ville proposé en accession à la propriété ; un groupe de logements sociaux ; un immeuble à un étage privé de qualité en location ; une suite d’habitations de petite taille vendues en VFA ; des logements pour personnes handicapées : la mixité intégrale avec à la fin une certaine fierté. Or ce principe louable n’a jamais fonctionné et chaque entité vit recroquevillée sur elle-même car malgré tous les efforts déployés par la mairie il n’y a jamais eu d’échanges réels. Un communautarisme de situation sociale s’est installé de fait ! Irréfutable et irrémédiable. Mieux le bureau de vote de ce secteur est celui qui détient les records de votes en faveur du rassemblement National et de loin… Alors il est encore possible de décréter la mixité mais encore faut-il qu’elle soit acceptée par celles et ceux à qui elle est destinée.