Il y a maintenant 6 ans la loi NOtre portée par un guvernement socialiste prétendait régler les difficultés d’un « mille feuilles » des collectivités territoriales alors qu’elle a provoqué des fractures qui s’aggravent. Voici ce que j’écrivais alors : 

« Défendre la ruralité serait, selon toute évidence, ringard et malsain dans une période où il faut accoler, regrouper,mutualiser, fusionner et surtout rationaliser. Des dangers multiples planent sur ces zones du territoire dans lesquelles vivent selon les adeptes des ratios des structures obérant les finances publiques. La mode est aux macro-régions, aux métropoles tentaculaires, aux intercommunalités à taille inhumaine.

Le principe républicain d’égalité d’accès aux services régaliens de l’Etat n’est plus réservé qu’aux petites villes centre afin explique-t-on de diminuer les dépenses collectives. Ce principe permet d’orienter toutes les décisions et toutes les lois vers une disparition progressive de cette cellule d’exercice de la démocratie locale qu’est la commune. Elle n’est pas délibérément détruite mais elle est vidée de sa substance par la promotion d’autres critères que celui de la proximité. Une valeur n’ayant pas de ratios pour être évaluée et donc valorisée n’a aucune chance d’exister face à des décideurs ne sachant pas quels dégâts sociaux causerait sa disparition. Pour eux la réponse est unique à ce besoin qu’a la population rurale : concentrer pour être plus efficace !

En fait chaque accroissement de la distance entre un administré et les élus renforce inexorablement un sentiment d’abandon conduisant aux votes de rejet que l’on connaît dans les campagnes depuis quelques scrutins alors que paradoxalement il diminue dans les villes. Les réformes territoriales qui approchent ou qui ont déjà été adoptées vont accentuer cette sensation dangereuse d’une France à deux ou trois vitesses. Dans le contexte actuel des déplacements ravageurs l’État qui vante sa politique va mettre en œuvre une politique inverse. Il faudra nécessairement pour accéder à un équipement d’intérêt collectif faire de longs trajets coûteux et usants… alors que dans le milieu urbain tout se trouve à des distances acceptables.

Comme les nouveaux supports de communication sont encore très éloignés des nécessités on en arrive à renforcer l’isolement de celles et ceux qui ont opté à un moment ou un autre pour la vie rurale. Le drame c’est que ce détricotage du maillage républicain du territoire va être catastrophique pour les derniers arrivants sur les territoires ruraux : dépenses liées aux trajets, confinement culturel et social, détresse morale pour des gens âgés. 

Les bâtisseurs âgés de maisons désormais éloignées de tout, perdues sur d’immenses terrains qu’ils ne peuvent plus entretenir vendent pour se réfugier dans les bourgs centres ou les villes. La disparition d’une proximité humaine a causé des ravages dans les banlieues en créant des ghettos verticaux ou horizontaux contraignant souvent à remettre ces quartiers des services de proximité que l’on avait enlevé. Une récente étude prouve par exemple que les « supérettes » citadines ont actuellement le vent en poupe et qu’aux États-Unis beaucoup de grands centres commerciaux urbains ont été fermés pour devenir des friches inexploitées. Une vraie indication sur le retour en force du besoin pour tous les habitants de rester dans un environnement connu, sûr et proche. L’ignorer c’est devenir responsable de la montée de phénomènes civiques incontrôlables.

Des bousculades ont ainsi opposé les forces de l’ordre à des maires ruraux qui manifestaient devant l’Assemblée nationale contre la loi NOTRe (Nouvelle Organisation territoriale de la République). Les incidents sont intervenus quand des manifestants ont débordé les forces de l’ordre pour se rendre devant les colonnades du Palais-Bourbon où se prépare une loi totalement inadaptée au contexte social actuel. L’Association des maires ruraux de France (AMRF), à l’origine de la manifestation, dénonce principalement la disparition du pouvoir effectif de la commune au profit des agglomérations intercommunales. Sur des panneaux on pouvait lire les slogans : « Je suis mort avec la loi NOTRe », ou « Maire, je suis disponible 24 h/24. » Un faux cercueil, symbole de cette disparition des communes aux yeux des manifestants, a d’ailleurs traversé la foule jusqu’aux grilles de l’Assemblée.

Avec cette réforme, on supprime le rôle de personne de proximité, ceux qui traitent des problèmes quotidiens en p^laçant la barre de l’intercommunalité outil es gestion des services à… 20 000 habitants minimum. Le FN a d’ailleurs soutenu dans un communiqué les « sacrifiés de la réforme territoriale » prêt à surfer sur cette vague de mécontentement que l’on sent monter dans la ruralité. D’ailleurs je prends les paris sur les scores réalisés par le RN aux régionales…sur ces territoires ! »