Journée particulière éprouvante d’accompagnement de Jean-François Broustaut, ancien « pilard » du Stade Bordelais, maire en exercice de Tabanac, « cruche » sadiracaise et honnête homme. La famille m’a permis dans l’intimité de la cérémonie du crématorium de lui rendre hommage. 

 » Mon cher Jean-François,

En arrivant au bout le mon parcours dans la vie publique, Je fais un constat qui m’attriste : il faut des événements tels que celui qui nous prive aujourd’hui de toi, Jean-François, pour que l’on s’aperçoive que derrière l’élu local il y a avant tout un homme. Une vie ne se résume pas en effet aux apparences d’un mandat, aussi « brillant » soit-il.

Volontaire pour exercer une mission de service public, un maire n’abandonne jamais ses traits de caractère, son rapport avec les autres et sa mise en pratique de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la laïcité. Jean-François tu as incarné, par ta simplicité, ta modestie, ton sens des relations humaines une vision généreuse d’une fonction pourtant extrêmement exigeant. En ce jour nous disons certes adieu au Maire de Tabanac mais aussi et surtout à un homme, un mari, un père, un grand-père, un ami, un être pétri de valeurs, avec ses qualité et ses défauts.

Jean-François tu tenais du chêne, du pilier de pierre brute sur lequel pouvait reposer l’édifice d’une vie. Tu avais le pouvoir de rassurer celui qui devait affronter une tempête, car tu incarnais la force tranquille, celle que l’on est heureux de trouver quand les circonstances l’exigent.

Alexandre Dumas aurait fait de toi l’un de ses Mousquetaires : Porthos, le géant au grand cœur toujours prêt à ferrailler pour la défense de principes sur lesquels il ne transigeait pas.  « Un pour tous et tous pour un » : la devise des pourfendeurs des Gardes du Cardinal, convient à merveille à ta vie et tu l’as mise en œuvre dans les joutes du rugby de haut niveau dans lesquelles tu occupais le fauteuil noble s’il en est de pilier.

Tu n’auras jamais rechigné au combat. Homme de pack et de mêlées plus ou moins agitées, tu as quitté le terrain après un ultime match contre un adversaire implacable. Tu as mis un genou à terre avant de céder, les « armes » à la main, épuisé par cette lutte inégale ! Pourtant tu inspirais la solidité et la confiance par ta stature et ta force morale. Tu n’as pas compris pourquoi cette fois ton corps te trahissait alors qu’il avait traversé tant de batailles !

Le collectif restait ton repère essentiel. Le partage constituait ton mode de vie. L’humour appartenait à tes recettes pour vaincre les difficultés. Homme porteur de fortes valeurs ancrées dans ton parcours et tes actes, tu goûtais avec malice au combat des idées et tu ne fuyais jamais devant le débat. Tu le recherchais même parfois avec délectation ne laissant jamais ta part aux autres comme quand les pignes pleuvaient après une mêlée obscure ou relevée.

Jean-François tu cachais une vraie tendresse sincère, derrière l’apparence d’une attitude bourrue et distanciée. Derrière tes yeux plissés filtrait le goût de la vie. Tu n’as jamais renié à cet égard les moments réputés peu finauds de ces troisièmes mi-temps appartenant à la légende du monde de l’Ovalie. Que de souvenirs évoqués avec toi comme celui de la revue de music-hall du rugby en plumes de Cenon, ou celui du jour où Pierre Garmendia explosa d’une ire basque légendaire après qu’une main discrète ait glissé sur sa chaise, avant qu’il ne soit assis, une tarte à la crème. Son costume neuf de nouveau député en avait souffert. 

Comment oublier le mariage « plus blanc que blanc » comme le veut le slogan du blanchisseur, que tu as célébré avec une Pénélope décidée à démontrer qu’elle ne bénéficiait pas d’un emploi fictif ?   Tes cérémonies des vœux, avec le clin d’œil du choix de la cravate, resteront comme un résumé de ton appétence pour l’auto-dérision. Tu prenais ton rôle au sérieux sans jamais te prendre au sérieux contrairement à tellement d’autres.

Tu nous apportais ton bon sens sans modération, ta pugnacité de chaque instant en faveur de l’intérêt général, ton souci immodéré de proximité, ton art de vivre intensément les choses simples.

Jean-François tu appréciais sincèrement la vie ordinaire, celle du quotidien dont on découvre la valeur toujours trop tard. Tu étais un tisserand du lien social, un brodeur de la joie de vivre, un artiste passionné de la diversité. Tu aimais par-dessus tout laisser couler et partager le miel de l’amitié.

Tu étais à la fois pour moi et pour tant d’autres un camarade de pensée et un compagnon de table ; un copain réconfortant et un ami intransigeant ; un partenaire fiable et un soutien rassurant ; un colosse fragile et un capitaine de tempête ; un personnage truculent et un jongleur finement humoristique ; un jardinier aux mains vertes faisant pousser les fleurs modestes destinées aux abeilles des ruches actives et prospères.

“Reste toi-même, car c’est dans l’authenticité que l’on puise ses forces.” Daniel Herrero, le « talon » philosophe de légende qui respectait les « gros » résume les règles de la vie qui t’animaient. Tu n’appréciais que le vrai, l’authentique, le sincère.

Herrero ajoutait « J’ai longtemps arpenté les chemins d’Ovalie, le territoire sans frontières des amateurs de rugby. C’est un monde où l’on se rencontre plus qu’on ne se croise. »

Moi je les ai arpentés moins que toi et moins que lui mais j’ai eu le privilège de ne pas avoir qu’à te croiser dans la vie car tu auras été pour moi une vraie rencontre !

Que tu reposes en paix ! Rassure-toi chaque fois que lèverai un verre de rosé j’aurai une pensée pour toi. Il aura la fraicheur de ta sincérité et le goût fruité de ton amitié.

Françoise, vous ses enfants et petits-enfants soyez assurés de notre affectueuse amitié et de notre volonté farouche de nous souvenir de ce que Jean-François nous a apportés.