Il est déjà à peu près certain que le fameux dicton voulant qu’en mai « nous puissions faire ce qu’il nous plaît » n’aura aucun sens. L’Élysée travaille à sauver les meubles ou les apparences afin de tenir parole en « ouvrant » sans « ouvrir » tout en « n’ouvrant pas » comme l’on avait confiné sans confiner tout en ne confinant pas ! Comme c’est le cas depuis plusieurs semaines si ce n’est plusieurs mois, le commandant de bord navigue au jour le jour soit à la godille soit à la corne de brume. Les annonces d’un jour ne sont pas les vérités du lendemain. 

D’abord tout concourt à indiquer que la situation globale de changera pas fondamentalement dans la vingtaine de jours qui arrivent. La tendance actuel sur le front de la pandémie n’est pas très rassurante en France mais elle est encore plus angoissante en de nombreux points de la planète. Presque partout, sauf dans les pays ayant un taux de vaccination nettement supérieur au nôtre, on resserre les contraintes ou au minimum on combine des mesures diversifiées.

Chez nous les prévisions ignorées des gens qui comptent chaque soir sur une baisse des statistiques macabres ou inquiétantes révèlent que les allègements ne seront que localisés (et encore) avec des engagements pris qui ne seront pas tenus. L’Institut Pasteur doit, à cet égard, faire enrager le « château » comme l’on disait sous Chirac. Ses spécialistes de l’évolution des épidémies ne voient pas d’amélioration justifiant un allègement du dispositif actuel.

A court terme les spécialistes ne prévoient pas de vraie baisse des cas graves nécessitant un placement en réanimation. « Le nombre de contaminations quotidiennes reste à des niveaux très élevés », et « le pic des hospitalisations n’a pas encore été atteint » constate-t-on au plus hait niveau de l’État. Et si des signaux positifs sont notables à l’échelle régionale ou départementale, la situation épidémique reste fragile, avec des “besoins en lits de soins critiques qui devraient continuer à augmenter” selon l’Institut Pasteur. La pression sur le personnel hospitalier ne va pas baisser (ou très peu) avant début juin.

Les prévisions anticipent “une baisse des admissions à l’hôpital en Île-de-France, Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur”, mais “des plateaux ou des hausses dans les autres régions métropolitaines”. Cette situation rend impossible mi-mai une mesure généralisée sauf à annuler des semaines de mesures restrictives. En fait si l’Élysée se met à jouer à l’ouverture il risque vite de se faire reprendre par la « troisième ligne » du Coronavirus.

La vision prospective parle au mieux de 5 000 personnes en réanimation dans près de 4 semaines ce qui reste encore préoccupant. Les mesures potentiellement envisagées par la Présidence ont été prise en compte… avec une mobilité libérée, un couvre-feu plus tard en soirée, la réouverture de certains commerces non-essentiels et celles de lieux culturels.

Il faudra donc aller probablement jusqu’à fin juin sans interférence d’un variant dévastateur pour que la lumière soit perceptible. En fait sans campagne électorale, le vrai repère serait celui des régionales et des départementales et des examens de fin d’année… avec une réouverture type « roulette » à virus des établissements scolaires.

On entre donc dans la phase du tâtonnement alors que de très nombreux Français attendent une décision ferme et définitive que personne n’est capable de prendre sans risques d’être démenti. Alors les annonces par petites touches permettent de préparer l’opinion à une nouvelle désillusion. Après avoir testé via un élève lundi l’hypothèse de reculer le couvre-feu, alors qu’un allégement des restrictions destinées à lutter contre le Covid-19 se profile en mai, le chef de l’État a évoqué ce jour face aux élus une levée du couvre-feu en juin, « si possible » (sic).

L’horaire de 19 heures pour le couvre-feu serait en vigueur jusqu’à la mi-mai. La levée totale du couvre-feu envisagée en juin correspondrait aussi avec de multiples phases de réouvertures des magasins et des lieux culturels qui pourraient aller jusqu’en… juillet ! Comment pourrait-il en être autrement dans le contexte de vaccinations qui patinent en raison de la méfiance rédhibitoire vis à vis d’AstraZeneca et surtout des « flambées » extérieures menaçantes ?

L’absence de perspectives réelles et fiables va certainement accentuer « le délitement » de la confiance à l’égard du milieu politique avec exploitation dont on mesurera la réussite lors des scrutins des 20 et 27 juin. La seule question : est-ce volontaire ? Je n’ose l’imaginer…