Pas facile d’être élu local par les temps qui courent : c’est une réalité qui échappe logiquement aux citoyens préoccupés souvent par leur propre sort. Les difficultés se multiplient depuis le début de ce mandat municipal à cause du contexte de crise sanitaire. Impossible pour eux de trouver leurs marques dans une organisation qui fonctionne à minima en raison des contraintes découlant de la pandémie. On perçoit même une certaine lassitude après parfois, pour certains, moins d’un an après leur élection.

Les réunions institutionnelles se déroulent dans des conditions ne favorisant guère le dialogue et surtout elles sont marquées par l’absence totale de référence aux citoyens dans l’impossibilité de participer. Les listes qui souhaitaient mettre en place, échanges, concertation, partage des décisions et du pouvoir local, n’ont pu mettre en place aucune des valeurs qu’ils ont portées. Il y a une réelle frustration.

Le travail à distance ne permet pas à l’heure actuelle de nouer ces liens extrêmement précieux entre le personnel et les élus alors qu’il a fallu entrer dans des politiques opérationnelles. Prendre ses marques se révèle extrêmement difficile tant les présences des uns ou des autres sont fragmentées et « distanciées ». C’est une difficulté supplémentaire dans la mise en œuvre de leur action.

Dans les rencontres on perçoit que l’absence de vie associative, d’échanges directs, d’organisations de manifestations partagées conduit à une sorte de fracture entre celles et ceux qui veulent passer à l’action et leurs mandants repliés par la force des événements sur une vie isolée. Avec le temps qui fait son ouvrage lent de sape du lien social, il leur faudra lentement retrouver le moyen d’animer des processus de démocratie réclamés par de plus en plus de personnes mais bloqués face à la pandémie.

C’est dans cette ambiance une campagne électorale s’ouvre. A-t-elle un sens ? Peut-on la considérer comme répondant aux exigences du débat démocratique ? Comment échapper à ce manque logique d’intérêt pour la « chose politique » ? Les débuts donnent à penser que peu d’électrices et d’électeurs se préoccupent de ces scrutins. Tout concourt à penser que l’abstention atteindra des records et comme pour le second tour des municipales on relèvera des pourcentages des inscrits affligeants.

La motivation générale démocratique émoussée voire totalement atone augure de scores désastreux pour les départementales. Même parmi les conseils municipaux pourtant directement concernés le climat n’est pas très enthousiaste et on parle déjà des conditions de la tenue des bureaux de vote que de l’enjeu de ces rendez-vous. La décision de vacciner les assesseurs avant la fin de la première semaine de mai pour qu’ils soient protégés est au cœur de leurs préoccupations.

En annonçant que les les rassemblements de 6 individus sur l’espace public ouvert passerait à 10 dans quelques temps, le Président a logiquement restreint l’ouverture vers des réunions pouvant lancer un ersatz de campagne électorale. Certes, ces événements rassemblent de moins en moins de monde et ils n’influencent plus le résultat mais ils maintiennent une possibilité d’échanges « traditionnels » qui ne seront jamais remplacés par les visioconférences.

Il va donc falloir s’en remettre à des pratiques inconnues pour espérer convaincre. Les hésitations se multiplient sur la méthode puisque le militantisme ne permet plus d’espérer des distributions massives de documents écrits sur les territoires électoraux surtout dans le milieu rural. Le fameux porte à porte est autorisé mais en respectant les gestes barrières et les réunions publiques peuvent peut-être être possibles début juin.

Il ne s’agit pas de critiquer les décisions prises mais d’effectuer un simple constat sur une période qui va encore affaiblir le débat démocratique dont on sait combien il est affaibli en temps ordinaires. Les chaînes perroquets ou soumises débordent de rassemblement national et diffusent sans cesse des messages imprégnant les esprits surtout après les exactions commises récemment. Le délitement républicain est une vraie réalité que personne ne veut voir en souhaitant plus ou moins ouvertement que l’échéance de 2022 soit celle de la peur. Le vote « contre tout » va débouler encore une fois dans les urnes avec des conséquences imprévisibles !

Les élus de toutes tendances vont donc vivre une période difficile dès la réouverture du champ de la vie locale… et ils perdront bien de leurs illusions. Bon courage à eux !