Le « passe sanitaire » va constituer un sujet de débat pour les semaines à venir. Il éclipsera très vite les polémiques et les doutes sur les vaccins puisque comme le veut une tradition bien française il suffira d’être pour ou contre ce document comme ce fut le cas chaque fois qu’une proposition émergeait durant la pandémie. Ce document sera soumis aux avis multiples et forcément différents de tous les comités, commissions, conseils et autres délégations. Rien ne peut avancer clairement, simplement et efficacement.

Au sommet de l’Etat on avance prudemment afin de préparer le moment venu un joli tour de passe-passe pour rallier l’opinion dominante. Lors de l’annonce du calendrier de levée progressive des mesures de restriction, jeudi, le Président de la République avait considéré qu’il serait « absurde de ne pas utiliser » un système de pass sanitaire « dans les lieux où se brassent les foules, comme les stades, festivals, foires ou expositions ». Une vision optimiste.

On s’acheminait donc vers une utilisation de ce viatique pour un retour à une vie presque normale de celles et ceux qui avaient accepté la vaccination, la détection d’une éventuelle positivité ou qui malheureusement avait été contaminés. En Allemagne on va avancer plus vite en permettant aux personnes vaccinées de ne plus avoir besoin de test négatif pour entrer dans des magasins ou se rendre dans des lieux recevant du public.

Le fameux conseil scientifique tellement discret depuis quelques semaines s’est évidemment emparé du sujet pour donner un avis mitigé qui met le « politique » face à ses responsabilités. Il semble bien que dans cette instance on ne veuille plus être le bouc-émissaire des contestations du pays. Alors la diplomatie a pris le pas sur toute autre stratégie. Les membres de ce cénacle scientifique se sont donc prononcés pour avec… des restrictions.

Un « pass sanitaire » assurant qu’une personne est vaccinée contre le Covid-19 ou a eu un test négatif peut être utilisé, à condition que ce soit « de manière temporaire et exceptionnelle », a estimé le conseil scientifique. Il permettrait « une forme de retour à la vie normale en minimisant les risques de contamination par le virus SARS-CoV-2 », conclut l’instance de conseil (enfin presque) du gouvernement dans un avis transmis  hier.

Ce pass, en format papier ou numérique, attesterait de la réalisation récente d’un test de dépistage négatif, de l’administration d’un vaccin contre le Covid-19 ou d’une infection ancienne par le virus. Un tel outil permet « d’envisager de rouvrir et de reprendre, en contrôlant le risque sanitaire sans qu’il puisse être affirmé que ce dernier soit nul ou très faible, des activités rassemblant un nombre élevé de personnes » explique l’instance dont les avis ont été parfois moins affirmatifs.

En revanche, son usage « soulève de nombreuses questions d’ordre technique, pratique, éthique et de santé publique », qui ne relèvent pas de sa compétence (sic), prévient-il. Dans la mesure où il utilisera des « données personnelles relatives à l’état de santé, il constitue un précédent dont il convient de limiter les effets en termes de durée et d’ampleur » explique la « bande » au Professeur Jean-François Delfraissy. Elle ne recommande donc pas son utilisation pour « des actes de la vie quotidienne (se rendre sur son lieu de travail, aller dans un commerce, un établissement de formation, un café, un restaurant) » mais pour des manifestations exceptionnelles ou des déplacements longue distance ou à l’étranger.

Le Conseil rappelle égale que « son utilisation ne dispense pas du respect du port du masque quand c’est possible et de la ventilation suffisante des lieux clos. Par contre un assouplissement des règles de distanciation physique serait possible. » Bref il faut un passe mais qui servirait sans trop servir sans être imposé mais rendu indispensable… On dirait le masque au début de la pandémie.

Depuis le début de la crise on navigue sur le même cap… et dans le fond tout le monde y trouve son compte. De toutes les manières, avis favorable ou défavorable de la France, l’Europe a déjà pris la décision. La Commission européenne a en effet dévoilé le 17 mars dernier un projet de certificat vert numérique. Ce « passeport sanitaire » facilitera les voyages au sein de Union européenne dans le contexte de la crise sanitaire et doit être opérationnel en juin. Ce certificat vert ne sera pas, promis juré, une « condition préalable » à la libre circulation dans l’UE, Tous les citoyens (vaccinés ou non vaccinés) pourront bénéficier de ce certificat vert sans discrimination, cet outil incluant aussi la présentation d’un test PCR négatif pour se déplacer.

Ainsi, les États imposant aux titulaires de ce certificat une quarantaine ou un test PCR devront répondre de cette décision auprès de Bruxelles. Il en sera de même avec les États empêchant les titulaires de ce certificat d’entrer sur leur territoire. Il n’y a qu’un hic scientifique : les personnes vaccinées pourraient être porteuses du virus de façon asymptomatique et le transmettre et le passe ne servirait à rien !