Depuis le début de la pandémie, les pouvoirs publics dans de nombreux pays balancent entre l’éradication du Coronavirus et l’affaiblissement de leur économie par les mesures que cette volonté entraîne. Ils essaient donc d’alterner des périodes de restrictions plus ou moins fortes avec des « libérations » à des niveaux différents. Leur choix est parfois celui du « vivre avec… » sur la base d’une limitation maximum des contraintes mais surtout avec un niveau d’acceptabilité des conséquences de cette stratégie. Les effets de seuil servent à guider la gouvernance.

D’autres pays ont opté pour une attitude beaucoup plus forte et plus directe : éradiquer le plus vite et le plus fortement la contamination pour ensuite revenir à une vie quasiment normale. Une étude récente semble leur donner raison (1). A tous points de vue, selon un panel de spécialistes, ceux qui ont misé sur des mesures contraignantes et rapides en faveur de l’élimination ont constaté une mortalité très réduite, un sursaut plus rapide de l’activité économique et ont mis en œuvre des mesures globalement moins liberticides.

Les chercheurs ont utilisé les données des 37 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont cinq ont opté pour une stratégie d’élimination (Australie, Islande, Nouvelle-Zélande, Japon, Corée du Sud) − les trente-deux autres ayant cherché à « vivre avec » le virus, tout en adaptant les mesures prises pour éviter la saturation de leur système de santé. Le résultat est sans discussion possible : l’impact de la pandémie a été bien moindre quand les cinq ayant vite décidé un confinement strict.

Le fait que quatre d’entre eux soient des « îles » a certainement joué en faveur de leur réussite car les contrôles ont été beaucoup plus faciles et les mesures d’isolement des contaminations venues de l’extérieur profitables. En ce qui concerne la Corée du Sud on est dans une situation presque similaire avec en plus une capacité à accepter les mesures comme le port du masque appartenant à la culture sanitaire.

Le milieu économique a parfois absolument pas été soutenu et pourtant il a encaissé le choc sans trop de dégâts. Le reprise sécurisée par des taux de contamination devenu extrêmement faible voire nul a vite estompé cette parenthèse de plusieurs semaines voire plusieurs mois. Les gouvernements en place ont acquis une popularité supérieure et se tirent avec les honneurs de cette période. Par contre si on regarde tous les « on va faire avec…) il faut constater que la dérive vers les extrémistes se poursuit chaque jour un peu plus.

Ce qui vient de se produire en Espagne et notamment dans la région de Madrid préfigure les scrutins régionaux en France et dans d’autres pays. Avec 44,7 % des voix et 65 élus, la gestion de la crise sanitaire et économique par la présidente du gouvernement de la région autonome de Madrid a été largement soutenue par le vote des Madrilènes. Les observateurs notent que Madame Isabel Diaz Ayuso, candidate de la Droite extrême, a bâti son écrasant succès sur un seul mot « Liberté ».

Elle a tiré bénéfice des faibles restrictions qu’elles avaient imposées aux Madrilènes durant la pandémie de Covid-19, et notamment le maintien des bars et restaurants ouverts. « J’espère que les taverniers ont passé une belle journée », a-t-elle clamé en dédiant sa victoire aux… restaurateurs. Elle a plus que doublé son nombre de sièges et a laminé ses adversaires. Les électrices et les électeurs ont oublié les morts, les gens en réanimation, les pénuries diverses et les taux de contamination…

En ce qui concerne l’économie toute ne va pas pour le pire dans certains milieux. Sur les trois premiers mois de 2021, le vaccin à ARN messager de Pfizer et BioNTech a ainsi rapporté la bagatelle de 2,9 milliards d’euros aux deux laboratoires. C’est déjà largement supérieur à ce que gagne Pfizer en un an grâce à la vente de certains de ses meilleurs médicaments. Le labo qui a déjà expédié plus de 430 millions de doses dans le monde, continue d’amasser les contrats auprès des États pour en fournir de nouveaux vaccins réclamés quand les autres labos patinent.

L’américain a en plus envisagé une troisième dose et une pilule qui soignera le Covid-19 ! Les prévisions de ses ventes de vaccins ont été revues à la hausse. Au lieu des 15 milliards de dollars anticipés pour l’ensemble de l’année, le groupe estime qu’elles atteindront plutôt…26 milliards de dollars. Biden en prendra une part avec ses mesures sur la nouvelle contribution qu’il a institué pour financer la lutte contre la maladie… La stratégie là-aussi semble ben différente d’un pays à l’autre. Réfléchissez-y avant de voter !

(1) Etude publiée dans The Lancet du 29 avril