La presse écrite en France ne se porte pas très bien et souvent ne tient que grâce aux aides institutionnelles diverses. Rachetés pour constituer une part de conglomérats médiatiques diversifiés les journaux basculent les uns après les autres vers le numérique qui il y a seulement quelques années constituaient une force d’appoint. Les ventes en kiosque baissent et le « papier » ne rapporte plus d’autant que l’activité économique a singulièrement diminué les rentrées publicitaires.

La crise a « accéléré quasi certainement le passage à un futur 100% numérique » explique un rapport d’il y a quelques semaines. Ainsi pour la première fois de toute son existence le fameux New York Times a vu, au deuxième trimestre, ses recettes en ligne dépasser celles du papier. Amorcé depuis longtemps, le déclin de la presse papier s’accélère à travers le monde depuis la crise du Covid-19: Les audiences numériques ont explosé mais leurs ventes d’exemplaires papier se sont effondrées ou ont dû être suspendues.

Au Royaume-Uni, les grandes marques de presse ont gagné sur leur édition en ligne 6,6 millions de lecteurs au premier trimestre ce qui constitue un record. Mais la plupart des journaux n’ont pas retrouvé leurs niveaux antérieurs de ventes papier. « C’est la plus grande menace pour l’industrie mondiale de l’information depuis la crise économique de 2008 », a prévenu le magazine spécialisé Press Gazette qui a, soit-dit en passant, abandonné le papier depuis 2013.

Rappelons qu’en France le gratuit de 20 Minutes en France a suspendu sa parution et que les autres ne vivant que sur la publicité sont en grande difficulté ou totalement absents. Dans un article sur La Tribune.fr un imprimeur avance des arguments que je trouve intéressants : « L’impression coûte cher, mais c’est un mal pour un bien (…) Il est important pour les lecteurs, comme pour les annonceurs, d’avoir ce repère en point de vente ». Il cite des titres comme France-Soir et Métro, qui ont abandonné le papier en France, et dont « plus personne ne se rappelle ».

En ce qui concerne la France, il me semble que la presse écrite ne subsiste que par les subventions accordées pat l’État, le Canard Enchaîné mis à part. Un événement vient de démontrer que cette situation met en cause le travail et l’indépendance des rédactions dans un contexte aussi contraint. Total a annulé une campagne publicitaire qu’il avait prévu de diffuser dans Le Monde, après la publication par le journal d’une enquête accusant le groupe pétrolier d’avoir partagé ses revenus du gaz avec les militaires birmans. Le quotidien national a en effet publié un « papier » révélant « qu’un montage financier autour d’un gazoduc exploité par Total en Birmanie aurait permis de diriger, depuis des années, des centaines de millions de dollars tirées des ventes de gaz directement vers les militaires de Birmanie, au détriment de l’Etat ».

Une réalité qui n’a probablement pas plu aux responsables de l’un des plus grands groupes français mais dont le poids est très réduit dans le budget de Le Monde. Mais ce n’est pas le cas pour bien d’autres journaux. J’ai moi-même connu ce type de réaction du monde économique dont on ne dit jamais combien il pèse fortement sur la valeur de l’information.

J’avais proposé un article dont je me souviens autour de l’annonce de la fermeture et la démolition des « tours » du site de Palmer dans la ZUP de Cenon en 1982. Immédiatement le CILG qui gérait ces immeubles déjà en fort mauvais état avait téléphoné au Directeur de l’hebdomadaire pas très gaillard sur le plan financier pour supprimer sa page de publicité. Je découvris alors que si le « journaliste » garde son indépendance celle du support dans lequel il écrit est beaucoup plus limitée.

Le poids des annonceurs dans la survie de l’écrit devient prépondérant or le contexte actuel n’est pas porteur. Il a fallu des interventions massives de l’Etan pour que certains journaux En fait la perfusion depuis un an masque une situation très difficile. L’enjeu annoncé est de consolider l’avenir de la presse confrontée à la crise plus structurelle de son modèle. C’est pourquoi le Ministère a souhaité mettre en place un ambitieux plan de filière, doté de 377 M€ sur les deux années à venir. 

Ce plan de relance vise à accompagner les transitions écologique et numérique du secteur, mais aussi à réaffirmer l’attachement de l’Etat à une presse libre, indépendante et pluraliste, enjeu vital pour notre démocratie. On veut bien le croire… mais la liberté, l’indépendance et le pluralisme dépendent surtout de l’attachement des lectrices et des lecteurs à ces principes.