Il faudra encore quelques années pour que soient diffusées les causes de la pandémie qui transforme le monde en vaste funérarium. Tout sera fait pour dissimuler au grand public les racines de la diffusion de ce virus car il y a des raisons d’État qui empêcheront des enquêtes approfondies pouvant discréditer ceux qui les dirigent. Les tentatives de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour percer le mystère de l’apparition de la Covid-19 en Chine ont été révélatrices de cette impossibilité à établir d’éventuelles responsabilités.

La « pangolinade » ayant fait long feu le vison a été pointé du doigt. Un rapport de l’OMS et trois mois de discussions scientifiques plus tard, on dispose désormais d’une riche moisson de faits et d’avis d’experts confortant l’hypothèse d’une contamination due aux mustélidés, même si la preuve irréfutable reste à administrer. Sans controverse possible, l’industrie de la fourrure apparaît particulièrement en Chine comme une entreprise risquée. Pourtant, les autorités sanitaires ont tout fait pour regarder ailleurs. Les « complotistes » se lèchent les babines devant le menu royal que leur offre cette incertitude.

Il reste maintenant à établir un bilan des mesures prises par les autorités politiques lors de la montée en puissance de ce qui est devenu une pandémie planétaire. Là encore une équipe indépendante de cette OMS que vilipendaient Trump, les Chinois et quelques autres ont lancé le premier pavé dans la mare où barbotent les dirigeants des pays concernés. Créée par le directeur général en application d’une résolution adoptée en mai 2020 par les États membres de l’organisation, un groupe indépendant, constitué de 13 experts, a passé les huit derniers mois à examiner la propagation de la pandémie et les mesures prises par l’agence sanitaire et par les États pour y faire face.

Depuis le début de la crise, l’OMS a été vivement critiquée pour ses réponses à la crise, tardant par exemple notamment à recommander le port du masque. Cette position a été utilisée par quelques gouvernements dont le nôtre pour retarder la mise en place de la protection faciale qui depuis est devenue obligatoire. Les USA ont aussi contesté le laxisme de l’organisation vis à vis de la Chine où est « né » le fameux Coronavirus.

Or les experts « indépendants » ne se sont pas privés de stigmatiser, eux-aussi, l’action des « politiques » sur la manière dont ils ont réagi à ce phénomène qui va bouleverser la planète. Leurs analyses font un effet boomerang dangereux pour ceux qui ont porté des accusations sur l’OMS. Ils attaquent bille en tête : « nous pouvons dire qu’il y a eu clairement des retards en Chine, mais il y a eu des retards partout », a commenté l’ancienne Première ministre de la Nouvelle-Zélande qui co-préside le groupe d’experts.

« Trop de temps s’est écoulé », constate la commission, entre la notification d’un foyer épidémique de pneumonie d’origine inconnue dans la deuxième quinzaine de décembre 2019 et la déclaration, le 30 janvier par l’OMS, d’une urgence de santé publique de portée internationale, le plus haut niveau d’alarme. Pour les experts, cette déclaration aurait pu être faite dès la première réunion du comité d’urgence de l’OMS le 22 janvier.

Première erreur vite contrebalancée par un constat : « l’inaction de tant de pays » puisque ce n’est que le 11 mars, que le qualificatif « pandémique » ayant été officiel pour la situation générale. Pour les experts situation, février 2020 a été un « mois perdu » durant lequel bon nombre de pays auraient pu prendre des mesures pour enrayer la propagation du virus. En définitive, « retards, hésitations et dénis » (est-ce réellement fini au Brésil?)  ont permis à l’épidémie, puis à la pandémie de prospérer ! Il serait intéressant de lier ce constat final du rapport avec l’historique des mesures prises par les « politiques » de chaque pays. « Il est clair que la combinaison de mauvais choix stratégiques, d’un manque de volonté de s’attaquer aux inégalités et d’un système manquant de coordination a créé un cocktail toxique qui a permis à la pandémie de se transformer en une crise humaine catastrophique ». On ne saurait être plus transparents.

On en arrive comme après chaque catastrophe sanitaire (vache folle, sang contaminé, canicule…) à la fameuse phrase prononcée par Georgina Dufoix alors Ministre sur TF1, le 4 novembre 1991 : « Je me sens profondément responsable ; pour autant, je ne me sens pas coupable, parce que vraiment, à l’époque, on a pris des décisions dans un certain contexte, qui étaient pour nous des décisions qui nous paraissaient justes. » a été synthétisée par une formule devenue célèbre « responsable mais pas coupable ». La situation est-elle fondamentalement différente ?