Comme bien des gens je rêve de redevenir « terrassier » mercredi prochain. J’ignore si je retrouverai les gestes et les habitudes du monde d’avant tellement j’ai l’impression d’avoir perdu mes repères. Les places vont être rares sur le parvis où s’installent le chantier du Bistrot des Copains. Bien évidemment comme pour toutes les activités de plein air la météo aura un rôle essentiel.

En ce jour de retour aux sources, l’eau ne serait pas forcément la bienvenue et elle risque de faire rire…jaune bien des suceurs de glaçons. Il faut espérer que les prévisionnistes auront à cœur de la ne pas gâcher la fête. D’ailleurs pour conjurer ce mauvais sort potentiel que réserverait aux assoiffés de retrouvailles conviviales le ciel certains ont déjà retenu leur place. Certes tout le monde sait fort bien que Nicolas pratiquera la multiplication des tables mais il vaut mieux compte tenu du nombre de demandes s’assurer que le club des six aura ses aises. Les rendez-vous se prendront dès ce samedi matin avec application sur « Bistrolib’ »

La loi du marché hebdomadaire est telle qu’il faudra faire campagne pour devenir l’heureux élu d’un fauteuil de choix. Les habitués pourront se prévaloir de leur fidélité à venir régulièrement boire la tasse pour prétendre à ce privilège. Il risque cependant d’avoir des déçus si les nuages les plus laids ne troublent pas seulement la quiétude d’un thé ou d’un café. Il ne restera plus qu’à déployer les parapluies pour démontrer une motivation susceptible de valoir une attention particulière quand le temps sera meilleur.

Les organisés ont déjà désigné celui qui ira le plus tôt possible s’installer en éclaireur. Les chevaliers de la table ronde (ou pas d’ailleurs) arriveront ultérieurement pour prendre possession de leur lieu fétiche si le gardien des lieux a réussi à résister aux assaillantes ou assaillants désireux de briguer un siège. Nul doute que bon nombre de candidates et de candidats vers un petit n… (1) supposé populaire viendront vanter les mérites du déconfinement mais sans garantie de trouver les clés de leur avenir dans la cafédomancie.

Les deux actes essentiels des terrassiers de la première heure tourneront autour de l’occupation et de la résistance ! D’abord s’installer sur un territoire que certains espérerons à rosé quand d’autres le verront mis en bière. Une sorte de défi dans le contexte des restrictions imposées par les mesures d’ouverture partielle. Ensuite résister passera paradoxalement par la tentation de céder le plus souvent possible à la… pression de telle manière que l’on détourne les ambitions de nouveaux venus. Le patron ayant horreur du verre vide, surveillera les squatteurs pour permettre au plus grand nombre d’accéder au bonheur de partager les retrouvailles avec la confrérie des terrassiers impénitents qui jouera à l’extérieur. 

Les vrais frustrés seront les conteurs de comptoirs ceux qui viennent, chaque mercredi, épancher leurs analyses de la situation locale, nationale voire internationale à l’intérieur du Bistrot. Pour eux ce jour-là concentre leur meilleur public, celui qui souvent vient récupérer les « nouvelles » qui lui permettront tout au long de la matinée de tenir les premiers rôles. Impossible pour ces piliers de l’information de continuer à tenir leur ministère à l’intérieur. Ils devront avoir un comportement policé en prenant avec leur verre ballon un bol d’air que l’on annonce frais. 

Le sourire triomphant des vaccinés de la première heure se repérera aisément car ils risquent baisser le masque et la garde comme s’ils étaient délivrés de toute contrainte. Les premières gorgées auront une saveur particulière mais il faudra certainement des « piqûres » de rappel pour que la libération soit totale. Un moment comme celui-ci se célèbre avant peut-être se commémorer dans les années futures.

Le 19 mai ne se fêtera plus à demi mais il entrera dans l’histoire comme le jour de la restauration, celui où le confinement aura été terrassé et où l’on aura pu se mettre à table sans trop de risques d’être sanctionné. Les bistrots et notamment celui des Copains reprennent vie (sans rus) et c’est une vraie victoire pour le lien social que les « terrassiers » entretiennent sans trop le savoir. En attendant respectez les gestes barrières et vaccinez-vous autant que vous le pouvez !

(1) à vous de compléter au cas où…