La démographie et ses perspectives devrait préoccuper les décideurs tant il peut devenir préoccupant dans la décennie qui vient. La baisse constante de la natalité en France débouchera en effet dans un proche avenir sur un déséquilibre des strates pouvant mettre en péril tout ce qu’il reste de l’édifice de la solidarité. Il fallait que François Bayrou s’en préoccupe lui qui est père de… six enfants et grands-père ayant le privilège de pouvoir poser sur ses genoux pas moins de… 21 petits-enfants. Il a donc en tant que Haut-Commissaire au Plan proposé un pacte national pour la démographie.

Le constat est en effet inquiétant puisque après six années consécutives de diminution des naissances, le solde naturel (les naissances moins les décès) atteint à la fin 2019 à 141 000, soit le plus bas niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et il ne progressera pas loin s’en faut en 2020 année de la crise sanitaire. Cette situation ne permet donc pas le renouvellement des générations indispensable pour préserver le fameux modèle social français qui, s’il est mal en point, offre encore bien des avantages.

Dans le rapport de ses services Bayrou souligne qu’en France, l’indice de fécondité se tasse – de 2,02 enfants par femme en 2010 à 1,83 en 2019 – et le nombre de naissances baisse année après année : 753  000 en 2019 contre 818  000 en 2014. Il manque entre 40  000 à 50  000 naissances par an ce qui risque de provoquer des difficultés dans deux ou trois décennies.

Les statistiques de l’année Covid-19 vont accentuer ce phénomène alors que bien des analyses prévoyaient que le confinement favoriserait le choix des couples à augmenter ou ouvrir leur progéniture. L’angoisse sur tous les aspects de l’avenir a produit l’effet inverse. Ce sera le plus faible niveau du nombre des naissances e donc un « trou d’air » démographique imprévu. La peur de son propre avenir ou de celui de ses enfants, les craintes sur le pouvoir d’achat, les incertitudes liées à la crise sanitaire, le niveau d’endettement, les ruptures familiales de plus en plus nombreuses constituent les causes essentielles de cette chute prévisible de la natalité.

On prévoit déjà que la courbe des naissances récentes fera fondre en premier lieu les effectifs des plus petites classes. Les classes maternelles perdront à la prochaine rentrée dans le pays… 66.500 élèves (-2,7%), contre 22.500 dans l’élémentaire (-0,5%). Un paradoxe monte en puissance : alors que l’instruction est devenue obligatoire dès l’âge de trois ans il y a un an, les taux de scolarisation des enfants âgés de trois et quatre ans diminuent. Tandis que celui des enfants de deux ans s’écroule : -13.9% ! On peut considérer qu’à effectif égal de nombreuses fermetures de classes sont à envisager dans les trois prochaines années !

Alors le Haut Commissaire ose une solution : s’appuyer sur l’immigration ! Il prend comme exemple l’Allemagne. qui, au milieu des années 2010, s’étant retrouvé en déficit démographique, a décidé d’accueillir près d’un million d’immigrés en provenance des Balkans. Il rappelle que cette politique a été largement soutenue par le patronat allemand, en manque de main-d’œuvre dans des secteurs essentiels. Rappelons qu’en 2019, 6,7 millions d’immigrés vivaient en France, soit 9,9% de la population totale, parmi lesquels 37% (2,5 millions) ont acquis la nationalité française. Or ce sont eux qui pour le moment maintiennent le bateau social France à flots.

Les immigrés créent de la richesse et donc de l’emploi, car ils sont aussi consommateurs, cotisants et contribuables (TVA et autres impôts). La réunification de familles en France accroît les dépenses de consommation dans notre pays. On constate ainsi que les migrations ont accru le PIB par personne, abaissé le taux de chômage et amélioré les finances publiques en moyenne dans 19 pays de l’OCDE, dont la France, étudiés entre 1980 et 2015 (donc y compris après la crise de 2007-2008  ), car elles ont accru la part des actifs payant des cotisations et impôts dont celles et ceux qui veulent les chasser profitent sans le comprendre.

Bien évidemment pour François Bayrou  « il faut une politique familiale qui permette aux gens d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent », rappelant que la dégradation de la natalité en France a été « concomitante des mesures fiscales touchant notamment le quotient familial » (sic), sans préciser qui en porte la responsabilité. Pour lui il faut aussi améliorer l’accueil de la petite enfance, la politique du logement qui est actuellement essentielle. Un beau programme pour…les collectivités territoriales ! Il faut qu’il envoie son rapport de… 45 pages à Bercy !