ne modérationucCe mercredi 19 mais restera dans l’Histoire comme celui de la Libération du peuple du bock et de la tasse opprimé depuis des mois par le Coronavirus. Il faut prévoir des centaine des personnes massées sur les trottoirs acclamant l’armée des garçons de café allant ouvrir les terrasses désormais installées en « zone libre ». La France du petit coup de blanc que l’on se glisse derrière la cravate va retrouver ses aises. Allons enfants de la brasserie le jour de boire est arrivé ! Debout les damnés de la pandémie vous pouvez sortir de l’ombre pour aller au contact de votre premier verre.

D’après les prévisionnistes les plus futés il faudra se lever de bonne heure pour bénéficier du privilège retrouvé de s’installer devant un café. Les parasols transformés en parapluies préserveront les plus matinales ou matinaux des avanies météorologiques. A Cherbourg comme ailleurs on échangera volontiers, dès l’aube, un petit coin de parapluie contre un coin de paradis partagé avec les lève-tôt ! Les habitudes oubliées reviendront à l’esprit sans nécessairement une madeleine pusiqu’un croissant plus commun suffira. 

Dans leur rêves, les patrons de bistrots, ont tous espéré des files d’attente sous un soleil de plomb pour que la consommation soit la meilleure possible. Ils devront peut-être mettre de l’eau dans le vin qu’ils auront tiré de leur cave, car les clients risquent bien de manquer si le ciel se laisse aller à chialer d’émotion. N’empêche que nul ne démentira le principe voulant que peu importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse de la liberté. Certes il manquera les brèves de comptoirs, et on aura du mal à savoir ce que les « sélectionneurs » des champs pensent du retour en bleu de Benzema… mais n’empêche que le plaisir des retrouvailles sera décuplé ! 

Lorsque les sociologues reviendront sur la période de privation que le monde vient de vivre, ils noteront probablement que l’ouverture des bars, des bistrots, des restaurants aura constitué le symbole essentiel du retour à la normale. Les chaînes de désinformation organisée seront en direct dès la fin du couvre-feu nocturne d’une terrasse, dans l’attente du premier client qui se pointera en première ligne. Toute la journée les reporters se succéderont pour ce moment capital dans la vie sociale d’un pays dont personne n’a oublié qu’il fut « en guerre ».

Ce mercredi exceptionnel aura des allures de fête nationale… avec la réouverture des salles de cinémas malheureusement privées de la vente des pop-corn. Personne n’a eu l’idée de ressortir pour la circonstance « la grande évasion », « l’aile ou la cuisse » ou « Ratatouille » pour les enfants. Compte-tenu des annonces des gâte-sauce météo ce sont les salles obscures qui risquent bel et bien d’être les plus fréquentées. Le confort douillet d’un fauteuil aura une toute autre attirance que la chaise mouillée d’une terrasse prenant l’eau. Et en plus il y aura du rêve avec des dialogues, des gestes, des scènes défiant toutes les règles en vigueur. Une sorte de transgression par procuration. 

La ruée dans les musées sera-t-elle au rendez-vous ? Les conservateurs l’espèrent puisque leurs collections du temps passé ont été soigneusement remises en scène. La Joconde retrouvera le sourire et les squelettes des dinosaures des muséums continueront à faire de vieux os mais en retrouvant les regards éberlués dépassant du masque réglementaire des enfants. Les salles ne bruisseront pas davantage que durant leur période de disette puisque le silence restera de rigueur et que la foule sera prohibée. Qui aurait imaginé des Françaises et des Français ravis de la réouverture de lieux où ils ne vont d’habitude que très peu ? Le monde d’après ? 

Dans le journée vous qui passez une part de votre temps sur cette chronique n’oubliez pas d’aller dans la rue, sur un balcon, dans l’espace public, entre dix-neuf heures et vingt et une heures,  prendre votre bol d’air… il vous consolera de ne pas avoir eu de place sur une terrasse ou de ne pas avoir pu aller dans un lieu culturel. Dégustez le à petites « gorgées »… savourez le bien avant de l’inspiration cul sec sans . Respirez profondément et vous trouverez que l’atmosphère a retrouvé une belle gueule, celle de cette liberté qui ne s’use que lorsque l’on s’en sert pas.