Le bas de laine des Françaises et des Français est bien garni. La pandémie les a rendus prudents et ils ont continué à épargner ce qui en dit long sur leurs angoisses ou leurs frustrations. Ne pouvant pas participer au secteur des services ou des commerces les moins « essentiels » ils ont laissé chaque mois sur leurs comptes des sommes conséquentes. Ainsi la collecte nette du livret A s’était élevée à 5,47 milliards d’euros en avril 2020 et à 2,71 milliards en avril 2019. Le double avec une tendance qui s’est maintenue sur la période antérieure au déconfinement actuel et qui se poursuit.

Cette attitude explique en partie l’optimisme de Bercy qui table dès que le Covid19 sur des dépenses accrues par déblocage de ces sommes considérables. On peut en douter car la confiance tardera à revenir. Le gouvernement a absolument besoin que cette hypothèse se vérifie puisque toute sa stratégie repose sur des rentrées massives de taxes. Tout le système fiscal mis en place depuis le début du quinquennat repose sur une diminution « populiste » des impôts directs (taxe d’habitation par exemple et tranches d’impôts sur le revenu) pour tabler sur un rapport accru des taxes à la consommation. Ces exonérations ont été… épargnées et pas consommées.

Or les livrets d’épargne classique bloquent des fonds sans aucun rapport pour l’État. En seulement 4 mois, en 2021, le livret A a ainsi réalisé une collecte de14,93 milliards d’euros très exactement. Au même stade, en 2020, la collecte cumulée du Livret A (sur les 4 premiers mois de l’année) n’était que de 13,47 milliards d’euros. Sur l’ensemble de l’année 2020, les sommes versées ont atteint un niveau record, malgré un taux d’intérêt historiquement faible de 0,5% par an, du fait de son statut de placement… refuge : 26,39 milliards d’euros en tout sur l’année 2020.

Si celle-ci est revenue à un niveau plus proche de son rythme habituel, la collecte d’avril reste cependant importante : ces dernières années, seules les années 2013 et 2020 ont connu un chiffre supérieur à 2,95 milliards. À fin avril, 466,7 milliards d’euros étaient placés au total sur les livrets à 0,5 % d’intérêts, soit une hausse d’environ 9% sur un an ! Cette situation devrait changer dans les prochaines semaines si la pandémie se calme. A cet égard la journée de ce samedi 22 mai risque d’être révélatrice du retour des achats.

Près d’un Français sur deux (47%) estiment que leur budget disponible à la consommation restera inchangé pour 2021. Les Français craignent davantage à une baisse de leur budget (34%) qu’à une hausse (19%) ce qui n’augure pas d’une demande en progression. Il n’est pas du tout certain que l’épargne accumulée soit utilisée pour des achats importants. Une tendance se fait également jour : 57% des Français accordent davantage d’importance au prix selon la dernière étude de l’Observatoire E.Leclerc des nouvelles consommations. On note aussi que 60% des Français seraient disposés à essayer une nouvelle marque si celle-ci proposait des promotions plus intéressantes. La fidélité de consommation n’existe plus.

On assiste à un retour aux économies de toutes sortes et à une recherche pour celles et ceux qui le peuvent à la « qualité » ce qui en conduit un sur deux à être « conscient » de ses dépenses et à souhaiter continuer à consommer de façon plus modérée. L’accélération numérique, le recours à tous les systèmes d’achat, la planification et la sensibilité aux prix font partie des grandes tendances qui définissent le consommateur en 2021. Son expérience en ligne prend de l’ampleur, devenant le principal canal pour rechercher des informations et planifier ses achats…

Il est certain que la crise aura modifié (durablement?) les habitudes et que l’on ne trouvera pas nécessairement le monde de la sur-consommation antérieur. Du moins on peut l’espérer. Le revers de cette tendance c’est que les rêves de Bercy risquent bien de s’évanouir. Avec une dette, certes peu chère qui augmente et que l’on a « juré » de rembourser quoi qu’il en coûte et des rentrées le gouvernement a de quoi s’inquiéter sauf s’il pratique la méthode Coué.

Tout repose sur la confiance. Or en avril, selon l’Insee, le moral des ménages est resté stable malgré la reprise de l’épidémie et les nouvelles restrictions : l’indicateur synthétique s’est maintenu à 94, en dessous de sa moyenne de long terme (100) mais au-delà des niveaux atteints au plus fort de la crise sanitaire (89 en novembre dernier). Sur le long terme, l’exécutif compte sur l’épargne des Français pour soutenir la croissance et l’activité des entreprises. Mais la confiance est, sur ce point, clé, pour persuader les ménages d’ouvrir leur portefeuille. Et ça c’est plus compliqué que tout le reste !