Quand les saltimbanques s’installent en politique

Deux événements ont marqué le week-end de Pentecôte et donc mobilisé le peu de Françaises et de Français qui tentent encore de s’intéresser aux fondements de la vie politique tant décriée et tellement mal en point. Tous deux ont servi de support à cette confrontation par médias interposés dont raffole l’opinion dominante qui rêve de sujets simples et symboliques. On leur donne donc en pâture ce dont ils raffolent.

Samedi tard dans la nuit la France perdait de justesse le titre de l’Eurovison pourtant promis par les augures spécialisés dans ce genre de manifestation « culturelle ».Notre beau pays est parvenu à tirer son épingle du jeu puisque parait-il avec son titre « Voilà », la chanteuse Barbara Pravi a fait forte impression. Elle se hisse à la seconde place derrière un groupe de rock déjanté. Le meilleur résultat depuis belle lurette.

En quittant leur canapé et leur télévision les adeptes de ces multiples compétions entre chanteurs ont eu un vrai sentiment d’injustice tellement ils espéraient enfin une bonne nouvelle pour effacer la tristesse ambiante. Ils étaient loin de se douter que derrière les votes se dissimulait une intense bataille diplomatique. L’ édition 2021 entre conflits politiques, plagiat ou encore chansons jugées provocatrices, a en effet été particulièrement riche en controverses. 

L’Arménie, la Hongrie, la Biélorussie, la Russie, Malte, la Macédoine du Nord, Chypre, et enfin l’Ukraine… huit pays sont concernés. Un chiffre conséquent, plus élevé que celui du concours 2019 notamment (dernière édition en date), où des polémiques avaient surgi en Ukraine, en Italie ou encore en France. On a réglé ses comptes par concours de chansons interposé. Une manière de rassurer surtout l’opinion nationale de chaque absent.

Les relations très tendues avec l’Azerbaïdjan et le récent conflit du Haut-Karabagh a conduit l’Arménie à rester à la maison. Jugeant le concours trop orienté vers l’homosexualité les Hongrois n’y participent plus ! La Biélorussie  la Biélorussie ayant proposé une chanson jugée trop politique a été priée de rester à la maison… par les organisateurs. A Chypre, à Malte, en Russie, en Macédoine du Nord ce sont les textes ou les clips autour des chansons qui ont provoqué des polémiques ! Des conflits en tous genres traversent une manifestation sans autre intérêt que de donner aux peuples une forme de nationalisme apparemment « soft » mais inquiétant.

Pour ajouter une touche encore plus désastreuse, une rumeur reprise dès dimanche matin a tenté de discréditer le succès des Italiens. Le chanteur aurait été drogué! Il a fallu donc que les organisateurs se fendent d’un communiqué officiel pour innocenter le leader du groupe Måneskin, après un test de dépistage de drogue qui s’est avéré négatif. La diffusion d’une vidéo, dans laquelle on le voyait « imiter » la prise de cocaïne en direct, pendant la compétition musicale, avait déclenché une vive polémique. Un sujet capital qui aurait pu faire basculer la « grande »Europe dans une période de tensions beaucoup plus forte que celles liées à la pandémie.

En France les communiqués succèdent aux communiqués et les prises de position ne souffrent pas la moindre légèreté. Deux « vedette du web » dont la très grande majorité d’entre nous ignorent le talent ont en effet mobilisé l’opinion grâce à une vidéo tournée avec le Président de la République. Plus de dix millions de vues en vingt-quatre heures. Les deux youtubeurs stars McFly et Carlito,ont offert un joli coup de pub à celui qui les a défiés dans un concours d’anecdotes après qu’il leur ait promis de les recevoir à cet effet à l’Élysée.

Là encore extrapolations politiques avec éditoriaux dans les grands médias, jugements de valeur et interprétations en tous genres. Une communication d’enfer a permis à cette opération « donnant-donnant » pour s’installer dans une certaine jeunesse réputée totalement éloignée de la vie politique. Compte tenu du fait qu’il n’y a aucun contenu, aucun repère dans cette vidéo il n’y aura aucune réaction négative.

Certes il y a eu le détournement d’un avion de ligne vers Minsk contrairement à toutes les règles internationales et selon un procédé pouvant faire date… mais c’est pas essentiel et il n’y aura pas autant de présence médiatique. Le « politique » perd pied et se discrédite lui-même. Demain il faudra convaincre d’aller voter… les saltimbanques ont l’avenir pour eux ! 

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5 réponses à Quand les saltimbanques s’installent en politique

  1. Philippe Labansat dit :

    Racoleuse, mercantile, abrutissante, vulgaire, stupide, caricaturale, trompeuse, démagogique, on ne sait plus quel qualificatif colle le mieux avec le petit écran.
    Je ne donnerai pas de nom d’émissions pour ne pas leur faire de la publicité.
    Hormis quelques documentaires animaliers ou de voyages, quelques très beaux films où téléfilms qui détonnent au milieu de cette fange, pas grand chose qui justifie d’allumer la télé. L’augmentation des chaînes ne fait que diluer ce qui est regardable.
    Souvent, nous vient la sensation d’une volonté délibérée d’avilir acteurs et téléspectateurs du petit écran. Tout le monde se souvient du « temps de cerveau disponible ».
    Au milieu de tout cela, seules quelques émissions comme celle de Jamy, le dessous des cartes ou, maintenant Lumni, Culture Box, nous rappellent que la télé peut aussi être un outil d’apprentissage, de culture, d’éducation populaire bref, de véritable enrichissement…

  2. J.J. dit :

    Pour ne pas être en reste avec un petit prédécesseur, le président s’est vautré dans la chienlit, comme aurait un autre, plus illustre et plus grand…
    Eurovision ! Le succès qu’a eu sur cette minable prestation à grand spectacle en dit long sur le (ca)niveau culturel d’un grande partie du public.
    Il est vrai que lorsque l’on qualifie d’événement culturel la pantalonnade de samedi soir, il est légitime de se poser des questions sur une définition de la « culture, ou le nivelage par le bas.
    Où est t-il le temps où l’Italie avait gagné cette compétition avec  » No n’o l’eta »(1966, je crois) où ce genre de prestation ne briguait pas l’étiquette culturelle mais, mais plus modestement et gentiment le titre de variété, ce qui n’avait rien de péjoratif.

     » le détournement d’un avion de ligne vers Minsk contrairement à toutes les règles internationales »
    Quant on a obligé l’avion du président Evo Morales a atterrir en France pour arrêter éventuellement le journaliste Edward Snowden, au mépris des lois internationales, quand on a arrêté le journaliste julien Assange dans l’ambassade de l’Équateur, lorsque le général De Gaulle a fait détourner l’avion de Ben Bella, etc…, on n’a pas entendu japper si fort les « puissances internationales ». Étonnant non ?

    Le « dessous des cartes « , émission du regretté Jean Christophe Victor (fils de Paul Émile) est certainement très intéressante, mais à juger d’un œil critique, car souvent on y entend « la voix de son maître », en l’occurrence celle de l’outre atlantique, comme souvent sur Arte, qui se livre parfois à une propagande atlantiste débridée, en se faisant une spécialité de la diffusion de bobards (en globish fake news).

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Il y a longtemps que l’Eurovision ne me fait pas vibrer et, qu’en conséquence, je zappe l’émission.
    À la lecture des commentaires de Philippe et de J.J, je réalise que c’est moi qui ai gagné !
    En revanche, la suite du commentaire de J.J est plus glaçante, même si, comme il le souligne judicieusement… elle n’est pas nouvelle !
    Mon expérience de la vie me fait dire que… la fin de l’Europe est proche (sortie des Anglais, provocations des Russes et de la Biélorussie par prise d’otage… Les mauvais jours ne sont pas prêts de finir !

  4. GRENE CHRISTIAN dit :

    Eurovision, YouTube et je ne sais quoi encore, me laissent sans voix. Pendant ce temps-là, les voix vont de droite à gauche (extrêmes) et se feront entendre dans les caisses de résonance que sont les urnes. Pour 2022, l’Eurovision nous prépare le Cancer du Nouvel An avec Mélenchon à la baguette et Marine Le Pen, la grande castratrice, pour jouer les divas. Ph.L. et J-.J., je suis sur la même longueur d’ondes que vous. Hélas! Jean-Marie, tu as raison de prendre la plume, mais il faudrait qu’on soit plus nombreux à prendre ta roue… LIBRES.

  5. Philippe Conchou dit :

    Ouï à l’instant à la radio que 95 des 100 meilleures audiences de 2020 sont des fictions françaises…
    On sert donc au public ce qu’il a envie de voir, et c’est avant tout du commerce…

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