Le feu couve sous les cendres des déchets ménagers en Gironde mais aussi en France en raison des paradoxes d’une situation qui se détériore au fil des années. Il se trouve que de 2008 à 2011 le Président du conseil départemental m’avait confié la responsabilité (en tant que Président de la commission environnement) de l’animation du « plan départemental » sur ce sujet. Je prenais la succession de Guy Trupin avec le soutien compétent en la matière d’Alain Renard.

Instance de concertation, de proposition et de coordination la structure chargée de mettre en œuvre ce document voté à l’unanimité regroupait élus locaux, associations concernées, entreprises, conseillers généraux, services de l’État. Ce ne fut jamais de tout repos mais à de multiples reprises sur des sujets essentiels des positions communes se sont dégagées. Alimentée par des initiatives prises par des syndicats intercommunaux la réflexion avait conduit le Conseil général d’alors de s’orienter vers la constitution d’un grand syndicat mixte départemental pour construire une stratégie efficace. Un travail de persuasion, de conviction, d’explication, territoire par territoire fut mis en place afin de fédérer pour tenter le tri sélectif, les exutoires, la baisse des coûts et plus encore pour éviter de dépendre de fait des tarifs imposés par deux lieux : incinération à Bègles et enfouissement à Lapouyade.

En fait comme dans beaucoup de secteurs essentiels, la puissance publique « roulait en Deux Chevaux » faute de solidarité et de vision autre que financière de la part des collectivités concernées quand les puissantes entreprises du secteur avançaient en Ferrari. Le poids de la Cub ajoutait aux difficultés du passage aux actes après des années de réflexion. Le département tenait alors parfaitement son rôle de fédérateur et de défenseur des territoires et des usagers d’un service essentiel.

Après des mois de rencontres, le projet a échoué car deux syndicats ruraux satisfaits du sort que l’on offrait l’incinération ont refusé de s’unifier pour construire une politique commune et des projets communs. Même si des rapprochements ont eu lieu il a manqué ces dernières années la touche collective qui aurait permis d’éviter une disparité forte et malvenue sur un sujet pourtant commun à tous les habitants n’a jamais été mise en œuvre.

Le vrai problème c’est que je lis de grandes déclarations péremptoires de candidat.e.s aux élections départementales qui prônent une intervention de la collectivité territoriale où ils.elles aspirent à siéger dans le domaine très complexe des déchets. Or ce qui est stupéfiant c’est que ces donneur.euse;s de leçons oublient que… le département n’a plus la compétence en la matière de.. déchets depuis six ans ! 

La loi Nouvelle organisation territoriale de la république (NOTRe) publiée au Journal Officiel le 8 août 2015 a confié aux régions « la charge de l’élaboration des plan régionaux de prévention et gestion des déchets. Elles auront en outre le pouvoir en matière d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires. » J’ai été hostile à la loi Notré et je maintiens qu’elle a constitué une erreur en détruisant la proximité et de fait l’efficacité de certaines politiques. Les difficultés subsistent et s’amplifient !

La dépendance du milieu économique pour le traitement et l’achat des matières recyclées a fini par mettre à mal les équilibres financiers des syndicats. Le rendez-vous avec un service public fort capable de négocier a été manqué… et maintenant il ne faut pas croire ou espérer qu’il peut resurgir dans le contexte actuel. La vraie proposition est là mais l’initiative ne peut plus appartenir au Département.  Certains syndicats ont une politique extrêmement positive (le SMICVAL par exemple) mais ils éprouvent de graves difficultés pour persuader la population que toutes les initiatives constructives, positives en matière de tri qu’ils prennent ont une valeur essentielle. De multiples initiatives voient le jour et une économie circulaire se met en place, le cap zéro déchets existe et ce sont les collectivités territoriale qui l’assument. 

Seul service du quotidien qui ne nécessite pas un acte citoyen d’adhésion (abonnement) celui de la collecte et de traitement des déchets nécessitera une approche collective nouvelle transcendant les lobbies qui sont omniprésents. Encore une fois la citoyenneté constitue la base de toute action constructive dans ce domaine… comme dans d’autres. Or nous sommes au cœur du principe de consommation ce qui nécessitera une profonde modification des comportements.