Les soutiens en politique sont de plus en plus souvent aussi solides que les planches vermoulues d’un grenier d’une maison abandonnée. Il faut bien les observer avant de les poser sur une liste car à tout moment les espoirs peuvent s’effondrer. Et même si vous avez les preuves de leur solidité rien ne vous assure de leur réalité. L’expérience permet de savoir que rien n’est assuré en la matière. 

Il y a quelques années il était de bon ton de dresser de longues listes de militant.e.s de manière systématique pour constituer une masse de références destinées à démontrer une force collective. Cette stratégie s’étiole car l’engagement ouvert, franc, direct devient rare. En effet s’afficher « politiquement » derrière un.e candidat.e c’est devenu dangereux car la tendance reste à la discrétion sur ses idées. Les comités de soutien clairsemés n’ont pas grand intérêt s’ils ne sont pas constitués de personnalités fortes non issues des partis.

Un comédien, un chanteur, un présentateur de télé, une star de la télé-réalité, un footballeur ou un sportif de haut niveau ont un impact largement supérieur à celui de n’importe quel élu. La chute libre de la confiance dans les membres de la démocratie représentative se traduit par une déserrance de la participation au débat public. Quand les réunions de campagne électorale permettaient des rassemblements révélateurs de l’intérêt porté à un scruti, on se retrouve devant le minimum vital.

La première catégorie des « soutiens » est constituée par les fidèles, c’est à dire celles et ceux qui par sympathie plus que par conviction accompagnent une démarche électorale. Tenter de les regrouper c’est prendre le risque d’une désillusion si des chaises restent vides et que les propos tombent dans une salle qui sonne creux. Quelques dizaines de personnes connues et reconnues pour leur apport constant à l’action politique au sens noble permettent d’affirmer que le rendez-vous a été une réussite. Le militantisme disparaît et l’envie de partager des valeurs ou des convictions n’existe plus vraiment. Dans bien des pays aux fenêtres des maisons ou dans les jardins on affiche sans crainte son appartenance politique et son soutien ! 

Sous les préaux des écoles publiques les affrontements verbaux passionnaient les camps en présence. Mon grand-père Abel, solide membre de la gauche radicale d’avant la dernière guerre mondiale allait apporter ce qu’il appelait « la contradiction » aux ennemis du progrès dans une période dangereuse où faire le coup de poing n’avait rien d’exceptionnel. J’ai en mémoire des soirées de ce type dont une en salle du conseil de la Mairie de Créon. C’était ma première réunion politique puisque je n’ai eu le droit de vote qu’en février 1968.

lors du premier tour des législatives de cet année là il y a exactement 53 ans presque jour pour jour j’avais décidé de soutenir Henri Souque candidat du PSU avec Laure Lataste comme suppléante (1). Inutile de préciser que dans le contexte d’alors il y avait bien peu de monde sur les bancs de bois alignés dans la salle de réunion. Une douzaine de personnes dont… les fameux contradicteurs qui venaient des rangs de la Gauche. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver parmi eux mon professeur de français du collège que j’avais quitté cinq ans auparavant. Fervent communiste il venait régler son compte à un cadre des impôts que pour ma part j’avais la volonté de défendre.

Il me fallut me faire violence pour contrer celui que je respectais pour son aisance dans le verbe et la force de ses affirmations. Je me souviens parfaitement d’une phrase de mes propos : « la CGT et le PC vous êtes montés dans le train en marche et vous avez immédiatement tapé sur les conducteurs que vous avez jeté par-dessus bord ». Une audace qui l’estomaqua… et le désarçonna quelques minutes. J’en fus fier. Ce fut ma première expérience d’une rencontre autour de la vie politique. Il y en eu ensuite beaucoup d’autres encore plus tendues comme lors des municipales de 1977 ou de campagnes musclées conduites par un certain François Korber.

Désormais tout le monde se cache et au moindre propos un tant soit peu ironique ou critique on est vite taxé de « sectarisme », de «misogynie », de « violence » ou de « diffamation » même lorsque ce qui est énoncé relève de la plus élémentaire des libertés. On envoie ses messages sur les réseaux sociaux en utilisant de prête-noms ou des pseudos se voulant protecteurs. C’est plus facile ! 

Le débat est réservé aux gens qui s’autoproclament leaders sur les chaînes de télévision, aux radios mais surtout pas aux citoyen;ne.s. Vous vous souvenez des gants de boxe rouges proposés par Paul Amar à Le Pen et Tapie le 1° juin 1994… et le début de la politique spectacle. Ils lui coûtèrent sa carrière… Localement il faut se taire et accepter que n’importe quoi soit affirmé et que les soutiens quand vous le dénoncez baissent les yeux. Nous sommes dans la société que tout ce qui est affirmé avec aplomb, culot, outrecuidance devient vérité intangible !

(1) il obtint 3,52 % des voix