Nous entrons dans la période où le mot essentiel devient « météo ». Toute le monde sait bien que comme l’horoscope sur le journal personne ne la regarde mais… tout le monde cherche à la connaître. Il y a des spécialistes qui prétendent que c’est même l’émission télévisée préférée, en cumul de toutes les chaînes, des Françaises et des Français. Nous tendons l’oreille quand à la radio le bulletin prévisionnel du temps qu’il devrait faire est dévoilé et nous regardons avec une attention particulière des dames en pied commenter avec des gestes approximatifs une carte virtuelle où se déplacent des nuages plus ou moins menaçants.

Pour de multiples raisons l’importance des prévisions va aller grandissante. Et s’ajoutera aux viticulteurs, aux agriculteurs, aux organisateurs de fêtes et aux restaurateurs les candidat.e.s aux élections départementales. Leurs motivations seront totalement opposées. Si les premiers espèrent un soleil radieux les autres souhaitent qu’un ciel au minimum voilé soit avec eux. Quand les météorologistes déclineront en fin de cette semaine leurs certitudes climatiques ils porteront une lourde responsabilité démocratique.

Les scrutins régionaux et départementaux ont bien besoin d’être arrosés avant même que l’on en connaisse le résultat. La participation ne tient en effet qu’au niveau de l’ensoleillement du week-end. Si la tentation est trop forte et s’ajoute à un niveau d’indifférence croissant l’abstention atteindra des records. Les sempiternelles lamentations des exégètes électoraux reviendront sur les plateaux où on confond engagement politicien et commentaires argumentés.

Selon les augures, les personnes âgées, les actifs et les diplômés seront au rendez-vous des urnes quand bien d’autres catégories sociales qui ont tant à espérer du conseil départemental (solidarité humaine) et du conseil régional (économie) resteront aux abris. Il fut une époque où on prêtait à ces « déserteurs » des bureaux de vote l’intention d’aller à la pêche. Ce n’est en définitive plus du tout d’actualité puisque quand des dizaines de millions de citoyen.ne.s renoncent à une doit acquis de haute lutte dans le passé la France ne compte que 1,5 millions de pêcheurs ! Il y a longtemps que l’argument a perdu de son sens.

Le beau temps ne sera donc pas l’éventuel responsable de la catastrophe démocratique qui se profile et les causes sont malheureusement beaucoup plus profondes. Un avis de tempête se profile sans que personne ne s’affole. Il n’y aura aucun communiqué d’alerte au cas où les prévisions que l’on appelle en politique les sondages seraient remis en cause. Les hautes pressions prévues sur certaines régions tant au sud qu’au nord dénotent un climat peu rassurant ! Elles témoignent d’un dérèglement profond du système démocratique.

Au fur et à mesure que la dernière semaine de campagne avant le premier tour va progresser, les bulletins météo et les bulletins de vote seront étrangement liés. L’utilisation des derniers va dépendre du contenu des premiers. Pour le moment il pleuvra sur la Gironde de vendredi à dimanche inclus ce qui va désespérer les uns et peut-être rassurer les autres. Quand on en arrive à tabler sur les aléas du ciel pour des élections essentielles pour son quotidien, il y atout lieu de s’inquiéter sur la suite.

Si pour les régionales quel que soit la participation l’exécutif aura une majorité puisque le scrutin de liste avec la moitié des sièges plus un accordés à celle qui arrivera en tête au second tour il en va différemment des départementales. Les modalités du scrutin nominal par canton rend la situation beaucoup plus incertaine selon le niveau de l’abstention.

En effet pour être élu au premier tour, un binôme aus départementale doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés et un nombre de suffrages au moins égal à 25 % des électeurs inscrits. Même s’il a plus de 50 % des suffrages exprimés et moins d’un quart des inscrits un binôme ne sera pas proclamé élu ! Or le niveau de participation annoncé ne permet pas d’espérer franchir ce cap !

Si aucun binôme n’est élu au premier tour, seuls peuvent se présenter au second tour les binômes qui ont obtenu un nombre de suffrages au moins égal à 12,5 % des électeurs inscrits, sans possibilité pour les binômes de fusionner. Si aucun binôme ne remplit ces conditions, seuls les deux binômes qui ont obtenu le plus de suffrages sont autorisés à se présenter au second tour. C’est donc une course éliminatoire… et dans le contexte actuel chaque voix comptera dès le premier tour ! Une zone dépressionnaire située sur la gauche de la carte électorale se profile.