Enfin un match entre Allemands et Français qui n’a pas eu une fin non conforme à nos espoirs. Tout le monde avait en effet en mémoire, au coup de sifflet final, ces confrontations antérieures avec nos voisins d’Outre-Rhin se terminant toujours par un résultat défavorable à leurs adversaires en bleu. Impossible d’oublier cette soirée sévillane du 8 juillet 1982. Tout avait tourné mal et il avait fallu des années pour oublier une terrible désillusion. Et lorsque tout le monde pensait que nous avions « digéré » cette soirée il y eut le 25 juin 1986 au Mexique où tout s’effondra à nouveau. Certes depuis il y a eu de multiples séances de rattrapage mais jamais elles n’ont gommé pour une génération les images de ces rencontres où un vrai sentiment d’injustice se dégageait. Ah ! L’efficacité allemande ! 

Pour l’entrée de l’équipe de France dans une compétition officielle il plana donc une menace permanente et une ambiance particulièrement ambiguë mélant espoirs et craintes, rêves et réalités, créativité et efficacité. Chaque fois que justement les supporteurs pensaient que le pire allait être évité, quelques centimètres les a privés de leurs certitudes potentielles. En confondant parfois les atouts de leur vitesse avec les inconvénients de la précipitation les Bleus ont jeté le trouble et entretenu une peur d’un nouvel échec. Rien n’a jamais été gagné et jamai, hier soir, le sentiment que tout pouvait être perdu ne nous a quittés, nous les tenants de l’Histoire qui bafouille.

Comme « saint » Paul (Pogba) omniprésent déclinait « l’évangile » en prêchant l’exemple dans un milieu hostile, nous pouvions croire dans nos dieux français du ballon rond. Il fut et de loin l’annonciateur bienfaisant d’une victoire possible mais jamais certaine. Il domina de la tête (souvent) et des épaules (qu’il a très larges) ses adversaires qui ne parvinrent jamais à accélérer ou à vraiment s’imposer. Avec un voltigeur aux pieds agiles, prénommé Ngolo, l’entre-jeu de la France offrit de multiples balles décisives aux tenants des avants-postes. Le duo de base de la victoire a porté la France de la diversité au pouvoir.

La discipline, l’application furentt certes les valeurs essentielles de cette victoire mais la créativité l’emporta souvent et désarçonna la fameuse rigueur allemande. Il manqua simplement ce réalisme qui transforme l’or des alchimistes du jeu en plomb pour le tableau d’affichage. Nul ne saurait pourtant reprocher aux Bleus d’avoir eu l’attitude que l’on appréciait chez leurs adversaires. Peu importe la manière et le fait qu’un succès puisse être dû à une maladresse du camp adverse n’altère en rien la valeur du succès. 

Solidaires dans les moments difficiles, consolidés par la diversité de leurs talents et efficaces grâce à leur volonté  collective de tenir leur rang, ces chevaliers de la balle ronde ont renoué avec un état d’esprit faisant honneur au football. Sur ce match ils ont démontré que la réussite d’une équipe repose essentiellement sur l’état d’esprit de ceux qui la composent et pas nécessairement sur les palmarés indidividuels. C’est la leçon essentielle de cette opposition d’un soir ! Durera-t-elle ? C’est probablement là que réside le doute… Pourvu que les têtes n’enflent pas trop vite et que les ego restent aux vestiaires encore quelques matchs !

Il n’y pas eu de « trous » dans le groupe avec une volonté manifeste de chacun de respecter ses attributions et son rôle et de jouer l’individuel au service du collectif. Comme récompense les Bleus auraient mérité de lever, par un ou deux buts supplémentaires, l’ambiguïté d’une victoire due non pas à leur prestation accomplie, mais à une maladresse opportune de l’un de leurs opposants. Dommage car ces petits nuages risquent d’estomper le fait qu’une nouvelle fois une sélection nationale en bleu a tenu les promesses qu’elle portait.

Un nouvel épisode de la rivalité footballistique franco-allemande a été bouclé. Il a effacé  les images du temps passé que seuls les « grognards » du ballon rond ont en mémoire réelle. La charge de Gosens sur le Benjamin de l’équipe de France a pourtant singulièrement rappelé celle de Schumacher sur Battiston et a donc remis quelque ressentiment sur le dessus de la pile des souvenirs. Ils seront vite oubliés car cette fois la victoire a été au rendez-vous mais il faut se demander à quoi sert l’arbitrage vidéo de soutien quand on n’en use que pour des situations tenant à quelques centimètres. Quid du penalty potentiel sur M’Bappé ? Quid de le choc sur Pavard ? Encore une fois le rugby a un temps d’avance dans ce domaine! 

Inutile pourtant de s’en émouvoir puisque, au Bistrot des Copains, dans une chakeur sévillane nous avons eu la satisfaction de retrouver des raisons d’espérer ! Putain que ça fait du bien !